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Assurément,
on peut dire que ce bougre de Mark Jansen n'a pas froid aux yeux et
possède de la suite dans les idées, jugez plutôt: d'abord il
plaque son groupe, After Forever, pour reprendre tout à zéro avec
le projet Sahara Dust (qui deviendra plus tard Epica). Ensuite, il
privait la couverture du deuxième album du groupe, Consign To
Oblivion, d'un argument vendeur de taille: le jolis minois de la
chanteuse Simone Simons, substitué par un symbole maya à l'esthétique
douteuse. Sur cette nouvelle livraison il renonce également, sur la
majorité des compositions, à la voix de la charmante rousse qui a
tant fait pour le succès du groupe, ainsi qu'au son de guitare électrique,
de basse, de batterie. En gros, à tout ce qui a pu faire l'identité
musicale d'Epica ou presque.
Précisons tout de suite que le leader d'Epica
n'a heureusement pas été victime d'un "coup de tête" à
la Timo Tolkki en virant du jour au lendemain la moitié du combo.
The Score – An Epic Journey semble quand même être une parenthèse
plutôt qu'un revirement radical dans la carrière du groupe, et
constitue une manifestation logique d'une des passions musicales de
Mark: les bandes originales de films. Oui, parce que c'est bien beau
de palabrer, mais il faudrait peut-être expliquer un tant soit peu
ce qui est à l'origine de ce disque et surtout ce qu'il contient.
Ainsi, selon le propre aveu de Mark, l'œuvre d'Epica a toujours été
influencée par les B.O., et il suffit d'écouter les titres
d'introduction des deux précédents albums pour s'en rendre compte.
Et cette année, il a eu l'occasion de concrétiser son rêve en écrivant
la musique du film hollandais Joyride, musique qui constitue en fait
l'ossature du présent opus, complétée par les thèmes qui n'ont
pas été retenus pour le film…
Et c'est là que votre humble serviteur est un
peu embêté, tout en espérant que vous lui pardonnerez les deux
paragraphes de digression éhontée qui précèdent. En effet,
comment chroniquer et critiquer une bande originale alors qu'on n'a
pas vu une seule image dudit film, et quand de surcroît on ne
comprend rien à rien au septième art et à la musique qui
l'accompagne, cet album ne m'ayant échu qu'à cause de la chronique
du précédent album et de mon amour immodéré pour le metal-à-chanteuse?
Ah, on me souffle sur la brochure promo que The Score "attise
l'imagination tout en arrivant à être un voyage épique sans
aucune image pour l'accompagner". Mouais. Si certains titres
comme Caught In A Web, Under The Aegis, Valley Of Sins ou Inevitable
Embrace sont effectivement capables de faire frétiller votre
imagination par des orchestrations classiques ou des sons de synthés
plus modernes fort réussies, et surtout des structures et des
arrangements assez inattendus, une petite moitié de l'album fait
plus figure de remplissage.
Ce n'est pas la reprise du leitmotiv (par
ailleurs fort réussi) ou un semblant de souffle épique qui
sauveront des intermèdes comme Mystica, Empty Gaze ou Epitome.
Quelqu'un d'habitué à la musique d'Epica ne sera toutefois pas
trop dépaysé, car malgré un "emballage" très différent,
on retrouve ici toute la palette d'ambiances proposée auparavant
par le groupe: fureur épique, angoisse mystique, saupoudrés d'un
brin de lyrisme et de mélancolie. La qualité des arrangements est,
elle, toujours au rendez-vous, notamment grâce au savoir-faire de
Mark en la matière (il l'avait démontré sur les albums précédents),
et la présence d'un "freelance" de luxe en la personne de
Miro, gravitant souvent dans l'ombre du producteur Sacha Paeth et s'étant
auparavant illustré sur les albums solos de Luca Turilli ou encore
le projet Virgo.
La seule chose qui justifie réellement la sortie
de cet album sous le nom d'Epica, ce sont les nouvelles versions de
trois titres de Consign To Oblivion. Et là, on pourra finalement
difficilement s'empêcher de penser à un processus de récupération
(compréhensible) du "label de qualité" Epica. Si la
"version solo" (comprendre: sans la participation de Roy
Khan) de Trois Vierges arrive tant bien que mal à s'intégrer dans
l'ensemble, sans toutefois présenter d'intérêt particulier, la
version single de Solitary Ground fait vraiment figure de bonus
track, alors que la version orchestrale de Quietus constitue la
seule véritable faute de goût par ses arrangements douteux. Bref,
on tient là quelque chose qui lorgne plus du côté de la curiosité
pour fans et de l'interlude que d'un album indispensable. Mais il
faut dire ce qui est, en guise de musique de fond, c'est impeccable.
Sans plus.
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