Aliocha Klodovitch
: Cela fait quelques jours que l'album est
sorti, et les chroniques que l'on peut lire çà et là sur le net
ou la presse spécialisée sont plutôt positives. Qu'en est-il
des retours de la part de vos fans?
Mark Jansen (guitare+chant) : Oui, beaucoup
de personnes ont laissé des messages sur note site web, sur le
forum ou dans le livre d'or, et la majorité d'entre eux semblent
beaucoup l'apprécier, ce qui est bien entendu un grand
soulagement pour nous. D'après les premiers résultats des ventes
communiqués par la maison de disques, l'album est à la neuvième
place dans les charts. C'est une surprise très agréable, car
l'album précédent était entré dans le top 100, mais n'a jamais
dépassé la cinquantième place.
Aliocha Klodovitch
: L'album ne s'éloigne que très peu de la
recette établie sur The Phantom Agony en fin de compte. Comment
as-tu abordé la composition de cet album?
Mark Jansen
: Bien entendu, j'essaye de prendre
en compte lors de la composition les albums que j'ai déjà réalisés,
personne n'a envie de refaire deux fois le même album. Mais au
final quand j'écris, tout s'efface pour ne laisser place qu'à la
musique qui me trotte en tête à ce moment… Nous avons également
fait un vote sur notre site internet, en demandant aux fans quel
genre de chanson ou d'album ils attendaient de notre part. Il en
est ressorti que beaucoup de gens aimaient les longues chansons,
et c'est ainsi que j'ai écrit Consign to Oblivion (ndAK: le
titre d'environ dix minutes clôturant l'album). Nous ne
faisons pas de la musique uniquement pour nous, mais aussi pour
nos fans, donc nous avons essayé de respecter un certain équilibre
entre la musique que nous aimons composer et celle que les gens
veulent entendre.
Aliocha Klodovitch
: Simone, quand tu es arrivée dans Epica, tu
n'avais quasiment aucune expérience de la vie de musicien
professionnel. Trois années après est-ce que tu as réussi à te
faire à ton nouveau rôle, tes responsabilités?
Simone
Simons (chant) : Oui, je me sens complètement rôdée
maintenant, il faut dire que depuis la sortie de The Phantom
Agony, l'activité du groupe fut très intense: plus de deux cents
concerts, un DVD, maintenant ce deuxième album et
tout le travail qui va avec. J'ai énormément appris, et je pense
que nous avons surtout la chance d'avoir un label qui s'occupe très bien
de nous, donc ça aide un peu (rires).
Aliocha Klodovitch
: Les détracteurs d'Epica reprochent au
groupe un manque d'originalité… Que pourriez-vous leur répondre?
Mark Jansen
: C'est vrai qu'on nous compare
encore beaucoup à After Forever, et c'est tout à fait normal, vu
que j'étais un des membres fondateurs du groupe, et j'ai donc
logiquement emporté avec moi une partie des éléments que
j'utilisais à cette époque. Les comparaisons avec Within
Temptation sont judicieuses aussi, mais il faut se rappeler
qu'à l'époque où ce groupe démarrait, j'étais déjà aux
commandes d'After Forever. La différence est peut-être qu'ils
ont eu moins d'embûches sur leur chemin, et qu'ils ont eu la
possibilité de devenir plus populaires. Epica est un groupe
encore jeune, mais certaines chroniques que j'ai pu lire disent
que le groupe a déjà réussi à imposer son propre style, et
c'est plutôt rassurant.
Simone
Simons : Pour ma part, je n'ai jamais caché mon admiration
pour des chanteuses de metal comme Tarja de Nightwish ou Sharon de
Within Temptation. Il est certain qu'elles m'ont beaucoup
influencé dans ma manière de chanter. Maintenant, j'essaye de me
détacher peu à peu de ces influences, non pas que j'en aie
honte, mais j'ai envie d'essayer d'autres choses. J'écoute
beaucoup de musique qui n'a aucun rapport avec le metal en ce
moment, comme par exemple R.E.M. ou encore la fantastique
chanteuse qu'est Björk.
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Aliocha Klodovitch
: De ton propre aveu, tu aimes beaucoup les musiques de films,
Mark, et ça se sent dans l'introduction très
"cinématographique" de l'album. Tu as même travaillé
sur la bande originale d'un film hollandais qui s'appelle
Joyride… Y en a-t-il d'autres dans ce genre de prévus?
Mark Jansen
: Pas pour l'instant, mais j'espère
qu'à la sortie du film en septembre, des producteurs
entendront ce que j'ai fait, et seront intéressés
par ma musique. Bien sûr Epica est mon projet
prioritaire, mais j'aimerais beaucoup composer plus de
musiques de films.
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Aliocha Klodovitch
: A la sortie de The Phantom Agony, tu
affirmais que faire des tournées et composer en même temps
n'était pas un problème pour toi… As-tu déjà commencé à
écrire des chansons pour le prochain album?
Mark Jansen
: Oui! Je dois déjà avoir les bases
d'à peu près cinq nouveaux titres. Quand je suis inspiré, je ne
peux pas m'empêcher de jouer de la guitare ou du clavier pour
essayer de concrétiser mes idées. D'ailleurs cette-fois ci j'ai
tenté une approche assez différente. D'habitude je compose
toutes mes chansons aux claviers, c'est pourquoi il y a tellement
d'orchestrations et de mélodies qui se superposent. Pour
certaines chansons, j'ai composé d'abord à la guitare, et
seulement ensuite j'ai rajouté les parties de claviers. C'est un
processus de composition qui est nouveau pour moi, et il me permet
d'obtenir des choses que je n'avais jamais fait auparavant, avec
des riffs de guitare peut-être plus intéressants ou marquants
Simone
Simons
: Pour ma part, je suis incapable de faire comme
Mark. Une tournée est déjà une charge de travail énorme pour
moi, et je n'ai plus les ressources nécessaires pour composer. De
plus, je ne pose mes lignes vocales qu'une fois que la musique est
finalisée ou presque, donc j'ai heureusement encore un peu de
répit en attendant que Mark fasse son boulot (rires).
Aliocha Klodovitch
: A la sortie de The Phantom Agony, tu as
exprimé ton souhait de faire une collaboration avec Roy Khan de
Kamelot. Ce souhait s'est concrétisé avec Trois Vierges… D'où
vient cette passion pour ce groupe, qu'apprécies-tu
particulièrement chez eux?
Mark Jansen
: C'est une question assez
difficile… Je pense que ça vient en grande partie de la voix de
Roy, très chaude, débordant d'émotions, et c'est pour ça que
Kamelot fait partie des rares groupes de metal avec chant masculin
que j'apprécie. Et en plus de ça, Thomas Youngblood (ndAK: le
guitariste) est un excellent compositeur, et ses arrangements sont
très soignés. Pour moi, c'est amplement suffisant pour faire un
très bon groupe (rires).
Simone
Simons
: C'est vrai que Roy est un excellent chanteur et
j'ai beaucoup aimé travailler avec le groupe lors de la
réalisation de la vidéo de The Haunting. C'était mon premier
contact avec une équipe de tournage professionnelle, et ce fut
une fois de plus une expérience très enrichissante.
Aliocha Klodovitch
: D'autres collaborations avec le groupe en
vue? Tu n'as pas envie de faire une petite reprise d'un de leurs
titres sur le prochain album par exemple?
Mark Jansen
: Je pense qu'on a fait déjà pas
mal de trucs avec Kamelot, notamment deux chansons: une sur notre
album, et une sur le leur. Maintenant, nous sommes partis en
tournée ensemble, nous sommes devenus amis, mais nous ne voulons
pas non plus que les groupes deviennent inséparables ou pire
interdépendants dans l'esprit des gens. Donc pour la suite chacun
va continuer à faire sa musique de son côté, et nous verrons ce
que l'avenir nous réserve.
Aliocha Klodovitch
: Concernant les textes de tes chansons, sur
le précédent album tu avais abordé des thèmes assez sérieux,
politiques, avec notamment cette narration extraite d'un discours
de Tony Blair sur le 11 septembre. On ne retrouve plus cet aspect
sur le nouvel album, pourquoi?
Mark Jansen
: C'est vrai que cette fois-ci, j'ai
préféré laisser ce genre de thèmes de côté, mais pas
complètement en fait. J'ai choisi sur cet album de parler de la
culture Maya, c'est un sujet qui me passionne, et sur lequel j'ai
lu beaucoup de livres, vu beaucoup de films. Je suis fasciné par
tout le savoir que ces gens avaient sur l'univers, l'astronomie,
et aussi la manière qu'ils avaient de vivre en harmonie avec la
nature. Je pense que leur histoire contient beaucoup
d'enseignements précieux, et quand je vois à quoi ressemble le
monde aujourd'hui, je me dis qu'on devrait s'inspirer de leur
sagesse. Par exemple George W. Bush qui refuse de signer le
protocole de Kyoto alors qu'il est scientifiquement prouvé que
ces mesures sont nécessaires pour préserver notre planète et
nous sauver de l'autodestruction… Donc l'aspect politique de mes
paroles est moins direct, mais toujours présent.
Simone
Simons
: Pour ma part, je ne suis pas exactement dans le
même état d'esprit quand j'écris des paroles. Je veux faire
passer une émotion plutôt qu'un quelconque message. C'est pour
cela que mes textes parlent plus de problèmes personnels,
inspirés par les choses pas vraiment gaies qui me sont arrivées
quelques années auparavant.
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