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Même s'il est tentant
de dire qu'Epica était "attendu au tournant" avec leur
nouvel opus, cette expression consacrée n'est pas vraiment adaptée
à Consign To Oblivion, pour cause d'absence dudit tournant. Dans la
continuité de ce qu'il nous a concocté sur The Phantom Agony (et,
dans une moindre mesure, les premiers albums d'After Forever) Mark
Jansen, tête pensante et principal compositeur du groupe, nous
propose ici son métal effrontément épique à vocal féminin. Mark
revendique même dans la brochure promo l'adjectif de
"pompeux" ("bombastic"), trouvant qu'il sied
parfaitement à sa musique. Et du "pompeux subtil" à la
"parodie pathétique", il n'y a qu'un tout petit pas
qu'Epica ne franchit heureusement pas.
Pourtant Hunab K'u, le court titre ouvrant ce
deuxième opus des Hollandais fait un petit peu peur de ce point de
vue-là: les orchestrations grandiloquentes et l'ambiance très
"bande originale de péplum" nous rapprochent
dangereusement des plus gros ratages du genre (Three Ships Of Berik
de Therion, au hasard). Mais pour ce titre comme pour le reste de
l'album, la mise est sauvée par le sens bien développé de la
nuance dont fait preuve le groupe. On se rend compte que
"pompeux" n'est pas un qualificatif réducteur, et que les
ambiances dithyrambiques teintées de mélancolie sont capables de
vous prendre aux tripes dès les premières écoutes.
Malgré ce que pourraient prétendre les détracteurs,
le groupe ne s'articule pas uniquement autour de la jeune
mezzo-soprano Simone Simons, même si cette chanteuse charismatique
sous tous les rapports est indéniablement l'un des atouts majeurs
d'Epica. Sa voix n'est au final qu'un des rouages, et malgré son
entrée en matière moyennement convaincante sur Dance Of Fate, le
titre tient plutôt bien la route grâce aux autres éléments en présence.
Parmi les autres composants Consign to Oblivion, la guitare brille
par sa quasi-absence, mixée très en retrait sauf dans les rares
passages proches du metal extrême (quand Mark pousse la gueulante
sur Force Of The Shore ou Consign To Oblivion), et les riffs que
l'on distingue péniblement au travers des orchestrations sont généralement
loin d'être époustouflants. Signalons au passage une apparition
fort réussie de Roy Khan de Kamelot sur Trois Vierges, le titre le
plus calme de l'album, une simili-ballade où les deux voix se
marient à merveille.
Contrairement à l'album précédent, Mark ne
s'est pas fendu de textes traitant directement de problèmes de société
(d'une manière assez posée quand même, on n'est pas non plus chez
The Exploited ou Agnostic Front), mais a choisi la civilisation des
Mayas (une culture à laquelle il voue une très grande admiration)
comme ligne directrice pour une partie de ses textes. Simone se
charge du reste des paroles, avec des textes traitant plus de
sentiments, de problèmes personnels et de déchirements intérieurs.
Ce que le groupe nous propose sur Consign
To
Oblivion n'est certes pas réellement nouveau, mais Epica préfère
clairement utiliser une recette éprouvée plutôt que de se lancer
dans l'expérimentation à outrance. Pas de réelles surprises donc
sur cet album, juste un mélange personnel qui rappellera tour à
tour certains groupes phares du "métal à chanteuse"
comme Within Temptation, Tristania, Nightwish et bien entendu After
Forever, l'ancien groupe de Mark. Pour la plus grande joie des
amateurs du genre en quête de groupe à l'identité forte et à la
composition subtile.
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