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Jeudi 13
Octobre, L'Aéronef, Lille. Après un show "classique"
donné à Paris la semaine précédente, et un autre beaucoup plus
excentrique à Amsterdam, au cours duquel l'intégralité d'un album
de Pink Floyd fut jouée, il était bien ardu de deviner à quelle
sauce les virtuoses du metal progressif allaient nous manger ce
soir-là. L'Aéronef, pas totalement au complet - mais déjà bien
assez chaud comme cela - ne se doutait donc pas, aux premières
notes de l'introduction tirées de la B.O. du film Orange Mécanique,
que Dream Theater allait jouer, pour son deuxième concert français
de la tournée Octavarium, la carte du heavy pur et dur. Une belle
claque dans leur face aux Lillois.
Première
surprise: un écran géant derrière la scène, qui lorsqu'il n'attirait pas l'attention du public sur les doigts de fée des
sieurs Petrucci, Myung et Rudess, diffusait de petits films mis en
scène pour illustrer le concept de la tournée. Car cela fait déjà
vingt ans que Dream Theater existe; et c'est en fin de compte une rétrospective
bien sentie de leur riche carrière à laquelle nous avons eu droit.
Aucun album n'a été oublié, et les premiers fans en furent aux
anges. Bien entendu, c'est le petit dernier Octavarium qui fut
particulièrement gâté, et même si c'est loin d'être le plus
solide effort des Américains, pas moins de cinq extraits en furent
joués. Ce sont ainsi "The Root Of All Evil" et
"Panic Attack" qui ouvrirent le show, les pièces les plus
"dures" de l'album, confirmant l'impression laissée au
Parc des Princes en première partie de Maiden: la scène leur est
bénéfique, en dépit du fait que ce n'est pas à ce niveau que
l'on attend Dream Theater. Qu'importe, l'assistance salue bien bas
ces morceaux, avant un flash-back de vingt ans en arrière et que ne
retentisse le riff de "Another Won" (Majesty). Jusqu'à
l'entracte, le Dream Theater première période joua quelques-uns de
ses titres les plus pêchus, déclanchant même quelques pogos sur "Pull Me Under" bien sûr, surprenant avec un
"Caught In A Web" en lieu et place duquel beaucoup
s'attendaient aux plus communs "Lie" et "The
Mirror". Un accueil plus que chaleureux fut également réservé
aux représentants de Scenes From A Memory, "Through My
Words" et "Fatal Tragedy". L'occasion de réaliser
combien de classiques le groupe a fourni.
Le son, dans
le petit espace de l'Aéronef, s'est progressivement amélioré au
cours du show, laissant au fur et à mesure plus d'espace à James
LaBrie et moins à Mike Portnoy. Un poil trop sourd malgré tout
dans la fosse, il nous a permis de constater que le vocaliste tend
finalement à se débarrasser de ces petites approximations qui ont
terni sa réputation. Le bonhomme tient désormais plus que
correctement les notes hautes, évite les hors-sujets complets -
comme sur le Live Scenes From New-York par exemple - et se permet même
de rajouter quelques prouesses de ci de là. Une bonne - deuxième -
surprise. Troisième surprise, moins bonne celle-là, l'attitude de
John Petrucci sur scène, qui tient de tout sauf du guitar-hero.
Flanqué d'un look jeune rebelz ,à propos duquel je gage qu'on n'a
pas fini de le vanner, sa présence en live devant son public équivaut
à celle d'une autruche devant un dentiste (un exemple parmi
d'autres), et même si sans avoir l'air de galérer, il tricote
comme pas permis, sa nonchalance et son manque évident d'entrain ne
peuvent que décevoir. Heureusement que sa caboche et ses pognes
rattrappent le coup, en balançant des plans aussi rapides que
compliqués. A corriger tout de même.
Revenons à
la musique avec deux implacables extraits du lourd Train Of Thought
: "As I Am" et ses faux airs de Metallica, et surtout
"Endless Sacrifice", la monumentale montée en puissance
heavy après une ballade trompe-l'oeil, mirent littéralement le feu
à la fosse. Je n'en dirai pas autant de "These Walls" ni
de "Sacrificed Sons", deux nouveaux extraits du nouveau
disque "à problème" après Falling Into Infinity, qui
n'ont pas vraiment leur place en concert. Ni ailleurs peut-être,
tout du moins pour "These Walls". "Octavarium"
en revanche, vaut le détour. Cette longue pièce n'égale
vraisemblablement pas les "A Change Of Seasons" ou les
"A Mind Behind Itself" d'antan, principalement à cause
d'un interminable et ennuyeux "morceau de bravoure" de
Jordan Ruddess au continuum, en introduction; néanmoins la deuxième
moitié du morceau, diablement intense, possède les qualités
requises pour devenir un véritable point d'orgue du show. Le
crescendo final, dramatique, renforcé visuellement par des images
de synthèse sur l'écran géant, menant aux "Trapped inside
this octavarium" hurlés, a quelque chose d'énorme, une
dimension théâtrale que la musique de Dream Theater n'avait jamais
réellement approché jusqu'alors. A cet égard, le groupe n'a pas
à rougir. Fin d'un show en apothéose.
Ne vous y
trompez pas, si le niveau global des musiciens - ça n'est plus une
surprise - est anormalement élevé, c'est bien devant le monstrueux
kit du non moins monstrueux Mike Portnoy que la plupart des regards
convergeaient pendant le concert. Pas un faux pas, une cogne de démon,
une attitude de rock-star admirable, batteurs en herbe, vous pouvez
bouffer vos baguettes. Comme si cela ne suffisait pas, le rappel que
tous espéraient secrètement déboule sous une nappe de claviers
bien familière: "Metropolis Part I", joué en intégralité,
finit d'achever les lillois dans la sueur et l'ahurissement provoqué
par la partie instrumentale de ce fantastique moment de musique. Bon
sang, on ne s'en lasse pas. Dream Theater n'est pas exempt de tout
reproche : sons énervants de Ruddess, attitude scénique j'm en
foutiste de Petrucci, discrétion -visuelle, pas musicale... - de
Myung, mais ce groupe, quoiqu'on en dise, c'est tout de même cinq
gros morceaux. Dont un héros.
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