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DREAM THEATER
13 octobre 2005
  
JOURNALISTE :
Lord Henry
  
INTERVIEW AVEC :
James LaBrie
Chanteur
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Les Immortels ont tranché: Dream Theater est votre groupe préféré. Le combo sanctifié n°1 du Battle of da Bands nous a accordé un petit moment dans les loges de l'Aéronef à Lille, peu avant le concert du 13 Octobre (cliquez ici pour lire le report). A à peine deux heures du show, nous y croisons un John Petrucci hilare pendu au téléphone, un John Myung visiblement tendu (agacé?), et un Jordan Rudess tout sourire, n'hésitant pas à engager la conversation. Le patron Portnoy, lui, est introuvable. Mais c'est James LaBrie qui nous accorde l'entretien qui suit; un entretien au cours duquel le chanteur du groupe émérite s'est montré très décontracté et confiant quant au potentiel de leur dernier album, Octavarium. Notre homme s'étant montré en retard par rapport à l'horaire prévu, l'interview a dû être légèrement écourtée sur la demande du tour-manager. En voici tout de même le compte-rendu. (Un grand merci à Lordlatem d'avoir bataillé ferme pour me dégotter ce rencard)

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Lord Henry : Octavarium renoue avec la diversité musicale qui caractérisait Dream Theater avant la parution de Train Of Thought. Ce dernier en paraît d'autant plus particulier, et difficile à classer dans votre discographie. En ce qui te concerne, comment as-tu vécu la période Train Of Thought?

James LaBrie (chant) : Je pense que Train Of Thought est un très bon album, et que nous l'avons sorti au bon moment. Cela faisait un bon bout de temps que nous parlions de sortir un album très heavy, plus radical qu'Awake. Six Degrees Of Inner Turbulence s'est lui-même révélé particulièrement véloce, avec des titres comme "The Glass Prison" et "The Test That Stumped Them All". Il nous était donc naturel de concevoir un album comme Train Of Thought juste après, qui n'a finalement fait que conserver l'esprit de ces chansons de Six Degrees, tout en l'appliquant à un disque dans toute sa longueur. C'était logique pour nous. Mais je ne considère pas Train Of Thought comme un album rectiligne: pour moi, il est pour moitié très heavy, pour moitié très progressif. Si tu prends le temps de pénétrer l'esprit du disque, tu t'aperçois qu'il est en fin de compte très complexe, empli d'aspects techniques. Peut-être même plus que les autres...

Lord Henry : Et vocalement, la teneur "extrême" de l'album a-t-elle changé quelque chose pour toi, dans ton approche des lignes de chant?

James LaBrie : Il est sûr que j'utilise globalement sur Train Of Thought une voix plus rauque, plus âpre. Il m'a fallu forcer certains traits, et en changer d'autres, pour soutenir et correspondre au mieux à la direction que nous avions décidé d'explorer. Comme le reste, cela est venu naturellement.

Lord Henry : J'ai le sentiment que ton chant est beaucoup plus libéré sur votre dernier album, et que tu y expérimentes de nouvelles choses très bénéfiques à la musique du groupe. Est-ce que cette diversité musicale, que nous évoquions au début, te met plus en confiance? Te sens-tu plus à l'aise avec le matériel récent?

James LaBrie : Les chansons elles-mêmes, sur Octavarium, demandaient cet effort. Lorsque nous nous sommes réunis, John Petrucci, Mike (Portnoy) et moi-même, pour bosser sur les mélodies vocales, nous avons longuement refléchi sur les caractéristiques à accentuer pour donner leur personnalité aux morceaux. En comparaison avec Train Of Thought, effectivement, le résultat se rapproche beaucoup plus de ma voix "naturelle": plus claire, plus dynamique. Sur Octavarium, je chante tantôt très bas, tantôt très haut, parfois d'une façon très douce, ou au contraire très dure. Les titres, tels qu'ils ont été conçus, m'ont permis de me diversifier moi-même vocalement. Ce qui est très enrichissant.

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Lord Henry : Quels extraits de l'album Octavarium aimes-tu interpréter sur scène?

James LaBrie : J'adore chanter le morceau-titre "Octavarium". Je trouve que c'est une magnifique pièce de musique. J'aime beaucoup également "Never Enough" et "Panic Attack", qui sont particulièrement entraînants... A peu près tout, en fait (rires)! Oui, comme je l'ai déjà dit, cet album me permet de délivrer une performance dynamique, j'y ai tout le loisir de m'exprimer car il est très varié. Et puis la scène procure toujours une énergie supplémentaire, différente chaque soir.

Lord Henry : Quels sont tes vocalistes préférés, tes influences?

James LaBrie : Oh, il y en a pas mal! Mon chanteur préféré de tous les temps est Freddie Mercury. Steve Perry a été aussi d'une grande influence pour moi, de même que Lou Gramm, aux débuts de Foreigner. J'aime beaucoup Jeff Buckley: il me rappellait Freddie Mercury, c'est sans doute pour ça. Il avait une superbe voix. Parmi les chanteurs contemporains, je dirais Matthew de Muse, ainsi que les chanteurs de Grudge et de Ours. En metal, comme pour beaucoup, Ronnie James Dio et Rob Halford ont été déterminants pour moi. Dans les premiers albums d'Aerosmith, Steven Tyler était génial. Comme tous les gens que j'ai cité, il a beaucoup de personnalité. J'en oublie beaucoup... Il y en a tellement.

Lord Henry : En tournée, certains chanteurs s'efforcent d'utiliser leur voix le moins possible, même pas pour parler en interviews, afin de la conserver au maximum pour les concerts. Ce n'est visiblement pas ton cas. Quelles sont tes habitudes pour maintenir ta voix en bonne santé?

James LaBrie : Quand nous arrivons sur le lieu du concert, je m'entraîne dès l'après-midi; je fais des vocalises, par sessions de vingt/vingt-cinq minutes, afin d'élargir progressivement mes capacités. Je fais beaucoup d'exercice physique, même quand nous ne tournons pas, car il faut être en de bonnes conditions physiques pour chanter correctement et assurer des concerts de trois heures. Généralement, je m'arrange toujours pour avoir des bananes dans ma loge, car les bananes sont pleines de potassium. C'est très bon pour la voix. Ainsi que du jus d'orange et beaucoup, beaucoup d'eau. (NDLH: la loge est effectivement pleine de packs) Je me confectionne de petits breuvages à base d'eau chaude et de miel. C'est mon petit secret! Et j'emmène toujours des tablettes de Zync avec moi. Mais donner des interviews ne me dérange pas. Là, le show commence dans deux heures à peu près; je vais attendre un peu après cette interview et m'enfermer dans ma loge pour faire des vocalises à nouveau, voilà tout. Ensuite, quand le concert est terminé, je prends toujours un peu de temps pour un petit "cool-down", où pendant vingt minutes je m'efforce de ramener ma voix à sa position "normale". Ce sont des exercices contraignants, mais je ne peux pas m'en passer. Les tournées sont longues et nos concerts ne durent jamais moins de deux heures trente, je me dois donc d'être correctement préparé. Mais cela ne m'empêche pas d'avoir mes mauvais jours! La voix est un instrument organique, donc la performance des chanteurs est toujours tributaire des circonstances extérieures. Plus que les autres musiciens, nous sommes sujets à la grippe, au froid, aux infections diverses...

Lord Henry : Au cours de ta carrière, tu as eu l'opportunité de travailler avec trois claviéristes différents. Peux-tu nous dire quels changements ont occasionné, après l'expérience avec Kevin Moore, les arrivées successives de Derek Sherinian et de Jordan Rudess?

James LaBrie : Je dirais qu'il existe quelques similarités entre les jeux respectifs de Kevin et de Jordan, car ils ont ce point commun d'avoir un background classique. Leurs personnalités sont bien différentes, cela dit. Kevin était sans doute plus introspectif, alors que Jordan a un jeu très coloré. Derek, lui, vient du jazz et du rock 'n' roll... Il est capable de jouer n'importe quoi, dans n'importe quel style, car il est très talentueux, mais son approche de l'instrument s'apparente plus à celle d'un guitariste. Cela s'entend très clairement dans ses leads. Quoiqu'il en soit, ce sont tous les trois des instrumentistes uniques, avec leur propre style bien trempé. La façon dont ils se présentent, chacun à leur manière, dans leurs interprétations, dans leurs compositions, ou en tant que solistes, a déteint sur le groupe à chaque période. Si tu veux mon opinion personnelle, je pense que Jordan possède un jeu qui s'intègre exceptionnellement bien à notre musique. Depuis qu'il nous a rejoints, en 1999, le groupe a atteint un niveau supérieur. Et nous continuons à progresser. Jordan est un atout immense.

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Lord Henry : A l'occasion de l'enregistrement d'Octavarium, pour la première fois, un orchestre apparaît sur quelques chansons. Avez-vous prévu, un jour, de vous produire sur scène avec un orchestre?

James LaBrie : Nous en avons parlé, oui. Nous nous sommes dits que ce serait quelque chose de très sympa à essayer. Quand? Je n'en ai pas la moindre idée, mais je pense que ça finira par se faire. Sûrement pour une occasion très spéciale, un show que nous filmerions.

Lord Henry : Tu écris régulièrement des textes pour Dream Theater, mais la plupart du temps ce sont John et Mike qui écrivent tout. Quelles sont les chansons dont tu te sens le plus proche, celles qui ont le plus de sens pour toi?

James LaBrie : C'est difficile de les nommer de cette façon. D'une certaine façon, elles m'interpellent toutes. De toute manière, pour chaque chanson que nous enregistrons, avant de me poser derrière le micro, je m'attache à en capter l'atmosphère, et le message qu'elle cherche à délivrer. De façon à ce que je puisse "devenir" le personnage, ou la voix adéquate. Si l'on s'en tient à notre dernier album, je crois que Mike a réellement frappé fort avec "The Root Of All Evil". C'est une chanson qui décrit les troubles de conscience d'un homme en prise avec des susbtances telles que la drogue ou l'alcool. Quant à John, j'ai particulièrement apprécié son boulot sur "Panic Attack". Sur chacun de nos albums, il y a quelques chansons qui ont un message vraiment fort. "In The Name Of God", ou "The Great Debate" pour John, "The Glass Prison" pour Mike... Elles ont toutes leur place.

Lord Henry : Souhaiterais-tu t'investir davantage dans l'écriture?

James LaBrie : Je ne suis pas le seul à écrire pour Dream Theater, mais j'ai l'occasion de m'exprimer avec mes albums solo. J'y écris à peu près tout. Avec Mike et les deux John, la répartition des textes est tout ce qu'il y a de plus démocratique : nous nous réunissons, puis chacun désigne quelles chansons il souhaite travailler et développer. Généralement, nous parvenons à trouver un accord ,et chacun finit par écrire autant qu'il le veut. Je me retrouve souvent avec une ou deux chansons par album, et cela me satisfait totalement. Je ne suis pas limité.

Lord Henry : Tu parles de ta carrière solo; tous les membres de Dream Theater ont, eux aussi, des projets ou des groupes parallèles. Crois-tu que la musique de votre groupe principal en subit une influence?

James LaBrie : Je pense que tous nos projets nous font évoluer en tant que musiciens, chacun d'entre nous. Quand tu travailles avec d'autres personnes, tu acquières nécessairement de l'expérience, tu apprends sans cesse. Tous les musiciens fonctionnent différemment, et il est souvent enrichissant de travailler "à la manière" d'untel ou untel... Ensuite, tu es capable de concrétiser ce que tu as retiré en studio avec ton groupe régulier. Toutes les expériences musicales, quelles qu'elles soient, sont bénéfiques car elles nous permettent d'explorer des voies alternatives visant à l'amélioration et à l'évolution de notre style. Et elles nous permettent de nous exprimer différemment, dans d'autres styles musicaux, ce qui donne aux auditeurs un aperçu plus juste de nos personnalités. Je crois donc qu'indirectement, la musique de Dream Theater profite de nos side-projects. Ils sont, au même titre que Dream Theater, un moyen pour nous d'évoluer. Pour moi, c'est positif.

Lord Henry : La vie de musicien n'est pas de tout repos. N'as-tu jamais songé à quitter Dream Theater?

James LaBrie : Il ne s'agit pas que de moi, mais le groupe a bel et bien failli se séparer. C'était pendant la période qui a suivi la sortie de Falling Into Infinity, une période très noire pour chacun d'entre nous. Nous étions en conflit les uns avec les autres, nous avions des problèmes personnels, familiaux, des soucis avec le management du groupe, ainsi qu'avec le label, qui essayait de nous pousser vers une direction que nous n'approuvions pas. Nous n'étions pas entendus, pas soutenus. Dans ces cas-là, l'énergie négative est palpable, et je peux t'assurer que nous étions à deux doigts de tout laisser tomber. C'était vraiment lourd à supporter, car chacun avait ses problèmes. Mais nous nous en sommes sortis, et plus motivés que jamais. Aujourd'hui, la situation est optimale.

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