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Disillusion est une des grandes révélations metal de l'année dernière, avec leur premier album, "Back To Times Of Splendor" (cliquez pour lire la chronique), léché et maîtrisé jusqu'au bout des ongles: rien de moins qu'un des meilleurs albums de l'année 2004! Revenons donc sur l'histoire Disillusion, au cours d'un entretien en compagnie d'un Vurtox (chant, guitare) très affable, qui nous explique en profondeur la conception de cet album et la vision musicale d'un groupe toujours à la recherche d'innovations et d'originalité. Enjoy, tout simplement...
Beren : Pourrais-tu nous conter en quelques mots l'histoire de Disillusion? Comment le groupe a-t-il été formé?
Vurtox (chant+guitare) : Le line-up actuel de Disillusion a été formé fin 1999-début 2000. Tous les trois, nous travaillions avant, au sein de différents projets, bien sûr. Mais nous étions vraiment un peu fatigués du manque de progression et du manque de motivation dont ces groupes faisaient preuve. Pour ma part, j'étais le membre fondateur de Disillusion en 1994 et tout ce que j'ai pu faire entre 1994 et 2000, c'était avec Disillusion. Donc, on peut dire que Rajk Barthel (guitare) et Jens Maluschka (batterie) m'ont rejoint par la suite. Mais apparemment, c'était plus que « se joindre » au groupe. Dès les premières répétitions, nous savions que nous allions créer quelque chose, sans savoir trop quoi, mais le temps allait faire son affaire (rires)!
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Beren : Là, vous venez de rentrer d'une tournée européenne de dix-sept dates avec Amon Amarth et Impious: comment vous sentez-vous maintenant que vous avez défendu l'album sur les routes? Le public a-t-il été réceptif?
Vurtox : Pour tout dire, ce n'était pas facile du tout, de "défendre l'album" comme tu le dis justement (NdBeren: les concerts des Allemands ont été vivement critiqués par la presse en général. Mais ces shows, très courts, amputés des arrangements studio, ne rendent pas forcément justice à l'essence même de l'album). Il ne faut pas beaucoup d'expérience musicale pour comprendre que « Back To Times Of Splendor » représente un putain de boulot pour l'adapter sur scène dans son ensemble. Sur la tournée, nous avions un bassiste de session, qui a fait un très bon job, mais bien entendu, un bassiste ne peut pas s'occuper de tous les arrangements que l'album studio comporte. Sur scène, c'est toujours une adaptation des morceaux que l'on entend. De plus, être sur scène, conjointement avec Amon Amarth et Impious, qui ont des publics bien différents, ne représentait pas vraiment le « profil » de tournée parfait pour nous: nous devions donc nous battre chaque soir pour capter l'attention. A la fin, je pense que nous avons fait la majeure partie du boulot et les réactions ont été très bonnes. Ca valait donc le coup de faire cette tournée. Nous avons appris beaucoup, de ce qui était notre première vraie tournée à travers l'Europe. C'était vraiment quelque chose de très différent d'être sur scène chaque soir.
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Beren : Quels sont tes meilleurs -et tes pires- souvenirs de cette tournée?
Vurtox : Meilleur souvenir: à Paris, je pense, quand il avait presque cinquante personnes qui connaissaient par coeur nos morceaux. Pire souvenir: nous n'avions que trente-cinq minutes pour jouer chaque soir. Pourtant, nous pensions que jouer les deux longs morceaux de « Back To Times Of Splendor » était le meilleur moyen de nous présenter au public. Donc, nous ne pouvions jouer que troismorceaux.
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Beren : « Back To Times Of Splendor » est maintenant sorti depuis Avril 2004. Allez-vous continuer à tourner avec cet album en poche, ou vous avez déjà des idées pour le prochain album?
Vurtox : Rien n'est écrit pour l'instant, mais nous allons enfin prendre le break que nous attendions depuis pas mal de temps. Ce break va servir à écrire de nouvelles compositions, ou tout du moins, trouver de nouvelles idées et les mettre en forme. Nous avons joué « Back To Times Of Splendor » pendant dix mois environ et, en ce qui nous concerne, cela devrait être assez. Nous devons progresser, les expériences que nous en avons tirées doivent nous servir; en tant que groupe, nous avons vraiment très peu de temps pour penser à cela et pour tout planifier. Chacun a ses propres idées et nous devons les associer.
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Beren : Pour en revenir à « Back To Times Of Splendor », comment l'idée d'écrire un tel album vous est venue à l'esprit? Surtout en ce qui concerne les deux longs morceaux que sont « Back To Times Of Splendor » et « The Sleep Of Restless Hours » qui sont fascinants.
Vurtox : Merci pour le "fascinant"! Je sais, les gens nous demandent cela souvent, et je dois toujours répondre que ce n'était pas prévu au départ d'écrire de si longues chansons. Elles ont évolué. Mais peut-être que ce n'est pas entièrement vrai, puisque nous avions déjà un long morceau qui ne figurait pas sur l'album. Il durait environ douze minutes et c'était un genre d'étude. A ce moment-là, nous pensions qu'écrire de longs morceaux, c'était mieux que d'écrire des tubes radio! (rires). Durant la phase de pré production, tous les morceaux étaient courts, « Back To Times Of Splendor », le morceau titre, ne durait que neuf minutes, pareil pour « The Sleep Of Restless Hours ». Le problème avec le disque complet était que nous n'avions pas le temps de réaliser une vraie pré-production avec le chant, les claviers et tous les instruments additionnels.
Donc, quand nous avons enregistré les morceaux, ils n'étaient tout simplement pas terminés, en ce sens qu'ils ne fonctionnaient pas. Mais nous avions déjà enregistré les sessions de batterie. Après avoir arrangé la batterie aux nouvelles structures et enregistré tous les instruments, j'ai eu le sentiment, que les idées des morceaux venaient enfin: mais elles n'étaient possibles qu'en prolongeant la durée des morceaux de cinq bonnes minutes et en ajoutant/modifiant les parties du reste de l'album, pour qu'il aille enfin dans le sens que nous voulions. Comme je l'ai dit, il n' y a pas eu de pré-production. Nous aurions dû le savoir: pour les autres enregistrements, il y a eu une pre prod' intensive et pour notre premier album, nous n'en avons pas fait. C'est stupide (rires)!
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Beren : Ca doit être assez difficile de jouer un tel album sur scène. Comment avez vous résolu un tel « problème »?
Vurtox : Nous avons « concentré » les morceaux (ou adapté, si tu veux). Ce qui était important était joué, le reste étant des extras ou des choses qui n'étaient pas possibles de jouer en live, du moins dans cette configuration-là (NdBeren: le groupe a joué récemment à Leipzig en formation « étendue », passant de trois membres à sept musiciens au total, dont un claviériste). Mais crois-moi, nous sommes super contents d'avoir réussi à jouer « Back To Times Of Splendor » en live: c'était un putain de défi qu'on s'est posé nous-mêmes finalement (rires)!
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Beren : Combien de temps a duré l'écriture de l'album?
Vurtox : Eh bien, elle a commencé en Avril 2002, je crois, lorsque j'étais en convalescence à l'hôpital. J'ai réalisé une pré-production pour « The Porter », un single sorti en Août 2002. A côté de ça, j'ai écrit « A Day By The Lake » ou un morceau qui allait lui ressembler plus ou moins. L'été et automne suivants ont été très productifs, de telle sorte qu'en Mai 2003, nous étions fin prêts pour l'enregistrement; ça a donc pris huit mois pour écrire les bases de l'album. Mais, comme je l'ai dit précédemment, les choses ont énormément changé, une fois dans le studio. L'album a été fini en janvier 2004. Je crois qu'au total, ça doit bien faire dix-huit mois!
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Beren : On a l'impression, durant l'album, que les six morceaux qui le composent, sont en fait six parties d'un même et très long morceau. Est-ce qu'il y a une sorte de « concept » caché dessous, l'avez-vous écrit de cette manière volontairement ou c'est venu comme cela instinctivement?
Vurtox : J'ai décidé d'écrire les paroles très tôt pour les morceaux qui étaient terminés. J'ai écrit les paroles pour « And The Mirror Cracked », qui était la toute première chanson que nous avions finie d'écrire, en novembre 2002, je crois. En ayant celles-ci sous la main, nous avions un point de départ concernant la forme et le fond de l'album. Cet album est clairement comme un voyage mental, le second pas dessinant sa route par rapport au premier. Pour répondre à ta question, c'était un processus à la fois naturel et volontaire.
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Beren : En ce sens, peut-on qualifier votre musique de "progressive"? En fait, c'est assez compliqué de définir votre style et c'est un point très positif, je pense, parce qu'il est vraiment très original! Vous avez presque crée un nouveau style de metal avec cet album.
Vurtox : C'est du metal, ça c'est sûr, peut-être même tout ce que le metal peut être; mais je ne sais pas si c'est un nouveau style. Peut-être juste une nouvelle combinaison d'idées. Nous voyons notre musique de plusieurs points de vue très différents, d'un point de vue metal, d'un point de vue pop ou jazzy, d'un point de vue qui se concentre sur le contenu du disque. Nous utilisons vraiment tout ce qui nous vient à l'esprit et que nous pouvons mettre en musique. Peut-être que nous faisons notre truc sans arrière-pensées, quoi que cela demande comme effort ou matériel!
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Beren : Peux-tu nous en dire un peu plus sur la signification du titre de l'album et des morceaux? Ils sont un peu énigmatiques.
Vurtox : Mmmhhh, énigmatique... Peut-être que c'était voulu (rires)! Il y a des parties de paroles qui paraissent claires, à première vue et qui développent la structure du morceau avec beaucoup de détails, je pense. Mais bien entendu, il y a des phrases qui relèvent plus d'un état d'esprit, d'une peinture, d'une description, d'un voyage psychologique à travers la détresse, l'espoir, la peur et la luxure. Le personnage principal de l'album revient en arrière, à une période de sa vie où les choses étaient magnifiques pour lui, et cette période est malheureusement finie. Au fur et à mesure de la progression de l'album, il apprend que tout cela appartient au passé, désormais et qu'en vivant ancré dans le passé, il n'est plus conscient du présent. Le voile du passé s'éteint doucement d'une chanson à l'autre.
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Beren : Quel est ton morceau favori, pioché dans la discographie du groupe et dans « Back To Times Of Splendor »?
Vurtox : Sans hésiter, "The Sleep Of Restless Hours", parce que ce morceau combine toutes les idées que nous avons eu pour l'album; non pas, parce que c'est la plus longue pièce de l'album, mais parce que c'est la plus intense, à mon sens.
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Beren : Et quelles sont tes influences en général pour écrire des chansons?
Vurtox : Voilà une liste de groupes qui m'ont beaucoup frappé ces quinze dernières années: Pearl Jam, Soundgarden, Nirvana, Pantera, Testament, Machine Head, In Flames, Napalm Death, Opeth, Soilwork, Arch Enemy, Pain Of Salvation, Katatonia, Nile, Emperor, Tool, Primordial, A Perfect Circle; des tonnes de musique classique, Frank Zappa, Aphex Twin, les bandes originales d'Howard Shore et toutes ces chansons de trois minutes trente, qui vous rentrent dans le crâne pour ne plus en sortir!
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Beren : Comment sont écrits les morceaux dans le groupe? Est-ce d'un commun accord?
Vurtox : Ce n'est pas vraiment un processus commun, bien que nous allons tout faire pour changer cela. La plupart des trucs, c'est moi qui les écris.
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Beren : Quel regard portes-tu sur les premiers EP de Disillusion (« The Porter » et « Three Neuron Kings »), maintenant que « Back To Times Of Splendor » est sorti? Qu'est-ce que tu penses qui a évolué dans la musique du groupe?
Vurtox : « Back To Times Of Splendor » est issu de ces deux précédentes sorties. Nous avons essayé beaucoup de choses et de styles sur « Three Neuron Kings » et « The Porter », et les morceaux que nous n'avons jamais terminés nous ont beaucoup aidé pour l'écriture de « Back To Times Of Splendor ». Aussi, il était clair pour nous que, en 2000, nous devions déjà sortir une ou deux démos avant de pouvoir s'attaquer à l'écriture d'un album complet. Ces deux EP ont été un très bon entraînement, à vrai dire. Les morceaux, sur ces EP, duraient au maximum six minutes et ils sont bien plus faciles à définir, chose qui a permis de nous coller l'étiquette « death metal mélodique ». Mais apparemment, cela ne convient plus (rires).
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Beren : Et pour conclure, que représente le "sommeil des heures sans repos" (« The Sleep Of Restless Hours »)?
Vurtox : ...celui qui ne connaît aucun répit. Un sommeil qui ne peut décemment durer.
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(interview réalisée le
18 janvier 2005 par Beren)