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Pour ce dernier
concert de leur tournée européenne, les DevilDriver finissent sur
un point d'orgue: ils jouent ce soir à Paris à guichets fermés,
ce dont ils sont très fiers. La file d'attente devant la porte est
en effet assez longue et on compte un certain nombre de malheureux
qui tentent de trouver une place au petit bonheur. Bel exemple de
succès pour un Dez Fafara dont on se préparait déjà à parler au
passé après le split de Coal Chamber et qui s'est installé
aujourd'hui dans le paysage métal de fort belle manière.
La
première partie de ce soir se nomme The Agony Scene, et officie
dans un metalcore à tendance bien brutal. Les blast-beasts s'enchaînent
aux mosh-parts tandis que le chanteur costaud hurle dans une tonalité
hyper aigue assez surprenante: on est entre le hardcore et le
black-metal et il faut un certain temps pour s'y faire. Une fois
cette donnée intégrée, on ne peut que constater l'efficacité
brute de la formation: je n'ai jamais vu un public réagir comme ça
à une première partie "inconnue". Les abords de la scène
sont une zone de pogo sauvage, et la foule (jeune et pas forcément
typée "métalleux") se déchaîne sans faire semblant.
Chaque titre est ovationné, et même si la fin du concert laisse se
dévoiler une certaine ressemblance entre les titres, nul doute que
The Agony Scene aura marqué les esprits… Surtout que les
musiciens sont humbles et n'ont de cesse de remercier le groupe de tête
d'affiche avec une sincérité visible. Un bon moment.
Ayant
assisté au soundcheck de DevilDriver un peu plus tôt dans l'après-midi,
je suis un peu inquiet car le son des guitares était vraiment
approximatif. Une fois terminée l'intro mélodique sur bande
d'"End Of The Line" -premier et très bon titre du dernier
album-, le groupe envoie la sauce et mes craintes s'avèrent
malheureusement justifiées. Les guitares créent un mur de bruit
dans lequel on est bien en peine de reconnaître les notes jouées...
Mais la foule n'en a cure, et la fosse devient une véritable zone
de guerre. Le public de DevilDriver est venu là pour mettre le feu,
et le pogo atteint une intensité et une violence que j'ai rarement
vues dans un concert de metal (Slipknot et Machine Head inclus). La
configuration de la salle aide pas mal, car la Boule Noire est toute
en longueur et sa faible largeur compacte littéralement les
personnes en présence... Slammeurs et stage-divers -qui sont tolérés
sur scène tant qu'ils n'y restent pas trois plombes- se déversent
donc sur nos têtes en un flot ininterrompu. C'est un peu l'essence
du metal, ça durera tout le concert, et c'est bon.
Les
fans furieux connaissent les chansons par cœur, et au vu de leur
qualité ça se comprend. Le groupe adopte une stratégie de
blitzkrieg et abat toutes ses cartes les unes après les autres: les
énormes "Nothing's Wrong" et "I Could Care
Less" du premier album débarquent très vite et assassinent
littéralement l'auditoire ravi. Le son des guitares s'est un peu amélioré,
et l'attitude des musiciens qui s'éclatent visiblement autour d'un
Dez qui beugle fort bien et se révèle un authentique frontman met
le feu sacré à tout le monde. La première moitié du concert est
vraiment un moment d'anthologie: il faut voir les kids hurler
"Hold Back The Day" ou péter un plomb en reconnaissant le
début de "Sin And Sacrifice", le bonheur commun est aussi
palpable que l'humidité dans l'air (il fait une chaleur à crever).
Par contre, et c'était le risque d'une telle stratégie, la deuxième
moitié perd en impact… En effet, une fois tous ses tubes joués,
DevilDriver reste très balèze mais retombe dans une catégorie
plus classique. L'énergie et l'efficacité brutes sont toujours là,
mais l'impression d'entendre des hymnes métal n'y est plus.
Plus
ennuyeux, le groupe quitte la scène après à peine une heure de
concert… Il reviendra pour un rappel monstrueux, le très néo
"I Dreamed I Died" du premier album qui prend une toute
autre dimension en live. J'attends fébrilement "Die (And Die
Now)", un des meilleurs titres black du groupe et voilà que
les lumières se rallument! Quoi? Un seul rappel? Un regard à ma
montre me confirme mes craintes: il est 21H30. Première partie
comprise, l'évènement n'aura duré que deux heures au total! C'est
une réelle déception, car pour un dernier concert de tournée et
devant un public aussi déchaîné que ce soir le groupe aurait
vraiment pu faire un effort. Même si les kids interrogés dehors
sont unanimes ("C'était énorme!"), je repars de ce
concert avec de très bons moments gravés dans ma mémoire mais
l'impression d'avoir vu une formation qui ce soir a raté de peu le
statut d'excellent groupe qui était pourtant à portée de leurs
mains. En tout cas, avec seulement deux albums au compteur,
DevilDriver peut se targuer d'un niveau live impressionnant et d'une
fanbase complètement psychotique. A revoir…
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