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Avec
ce nouvel album des Belges de dEUS, il convient de refaire les
présentations. En effet, nous n'avions plus entendu un nouvel opus de
leur part depuis six ans et la sortie The Ideal Crash. Depuis, le
line-up a été bouleversé à tel point que sur Pocket Revolution
les trois cinquièmes du groupe ne figuraient pas sur le précédent
disque. Stefane Misseghers, à la batterie, nous vient avec l'expérience acquise
chez Soulwax alors que Mauro Pawlowski était le chanteur du groupe
Evil Superstars et qu'Alan Gavaert a travaillé par le passé avec
Chris Withley et Arno. Des backgrounds éclectiques qui viennent
épauler les anciens Tom Barman et Klass Janzoons, plus que jamais
piliers de dEUS.
Le son a quelque peu changé mais la patte du quintette est intacte.
Pocket Revolution est rempli d'un rock indépendant progressiste qui
n'hésite pas à aller farfouiller dans d'autres styles pour se
rafraîchir les idées. On peut ainsi furtivement autant penser à
du King Crimson qu'à du Radiohead ou du Archive en écoutant cet
album si on oubliait ce qu'avait déjà fait dEUS dans sa jeunesse.
Les précédentes productions prennaient déjà un grand plaisir à
mélanger les genres (brouiller les pistes?) ce qui, avec le OK
Computer de Radiohead, allait influencer une horde de groupes de
rock indépendant des années 2000.
En 2005, le temps a sans
doute rattrapé dEUS qui paye sa longue absence. Pocket Revolution
n'est donc pas aussi visionnaire que les albums précédents mais
demeure une excellente leçon de rock original. Tout au long des
douze chansons, le groupe alterne avec bonheur les plaisirs, les
styles et les gâteries. Entre le calme avant gardiste d'Include Me
Out, le rock indépendant de Stop-Start Nature, le psychédélisme
de Bad Timing, le rock "far west" de If You Don't Get What
You Want ou la touche pop prononcée de 7 Days, 7 Weeks on a du mal
à croire que tous ces titres proviennent du même groupe. Et
pourtant, chacun apporte sa pierre à l'édifice que constitue
Pocket Revolution.
Alors comme toujours quand un disque part
dans beaucoup de directions différentes, il y a quelques baisses de
régime sur cette rondelle. What We Talk About (When We Talk About
Love) en est clairement une malgré son croisement Peter Gabriel-Air
très alléchant sur le papier. L'interprétation est elle nettement
moins attrayante et laisse place à de la soupe électro-pop qui ne
ferait même pas un bon single. La chanson-titre est également une
grosse déception avec son refrain mollasson sorti des années
septante. On constate alors les difficultés qu'éprouve dEUS à
étirer ses chansons sans les rendre ennuyeuses; Sun Ra le
confirmera également. Heureusement des
morceaux énergiques comme Nightshopping ou If You Don't Get What
You Want ne sont jamais très loin.
Pourtant s'il ne fallait retenir que
deux morceaux de Pocket Revolution, ce serait ses plus doux: Include
Me Out et Nothing Really Ends. Le premier ressemble à une version
plus optimiste des chansons écrites sur A Whisper And A Sigh de Syd
Matters alors que le second est une succulente berceuse nostalgique
de la trempe de celle qui vous subjugue pendant toute leur durée et
qui auraient tout à fait sa place dans un film pour illustrer le
souvenir perdu d'une émotion vierge. Impossible de rester de marbre
devant une formation qui est capable de jouer une telle chanson tout
en sachant se livrer la pleine puissance sans jamais effleurer le
ridicule. Retour réussi.
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