Pierre Derensy
: dEUS a testé ses nouveaux titres, notamment à la route
du rock l’an dernier, pourquoi avoir attendu aussi longtemps
pour sortir l’album?
Tom Barman
(chant+guitare) : Particulièrement parce qu’il y a eu du
changement de personnel comme c’est la tradition chez nous (rires).
Nous avons accueilli de nouveaux membres et nous en avons perdu
certains… Nous voulions aussi que cela soit parfait, nous avions
pas mal de pression à tel point que c’est la première fois que
je la ressentais moi-même. Nous pouvions le sortir en mai ce
disque mais je souhaitais rajouter deux morceaux. Je suis content
d’avoir attendu, je lance beaucoup de trucs invraisemblables
dans cette phase mais tout en restant sérieux et voulant
absolument offrir le meilleur de nous-mêmes.
Pierre Derensy :
En 1999, après « Ideal Crash » aviez-vous besoin chacun d’un break pour continuer la
vie de groupe?
Tom Barman
: Notre guitariste de l’époque ne pouvait pas, plutôt il
ne voulait pas faire la tournée car il détestait ça. Je ne désirais
pas chercher automatiquement dans la foulée qui le remplacerait,
nous avons donc pris une année sabbatique où j’ai écrit un
court-métrage qui s’est transformé en long, cela a pris deux
ou trois ans pour le faire, ensuite j’ai tourné avec ce film un peu
partout dans le monde, pour finir par faire encore quelques
disques, l’un avec Magnus en acoustique notamment. Toutes sortes
de projets que j’ai acceptés sans avoir l’idée d’arrêter dEUS.
Ce n’était pas une question de « si » mais une question de «
quand ».
Pierre Derensy :
Lhassa qui avait elle
aussi attendu six ans avant de sortir un nouvel album disait
qu’elle n’avait pas peur du laps de temps écoulé entre ses
deux opus car les gens qui aiment la musique n’oublient pas en route
leurs amours alors que la plupart de ses proches lui prédisaient
l’oubli total. Etiez-vous aussi confiant qu’elle?
Tom Barman
: Nous n’étions paradoxalement pas préoccupés
de l’avenir du groupe… Nous n’étions pas méprisants vis à
vis de ce que l’on avait fait mais de par le DVD et nos concerts
impromptus nous avions remarqué qu’il y avait toujours une
grande base de gens qui voulaient nous entendre. Lorsque nous
sommes revenus l’année passée pour le festival des Inrocks, en
voyant le monde qui nous attendait c’était super, surtout dans
notre société où tout va très très vite. Notre popularité
n’avait pas faibli et ce fut rassurant d’une certaine manière
pour le futur.
Pierre Derensy :
Avant d’attaquer sur le
nouvel album je voulais revenir sur la sortie du best-of de vos
singles?
Tom Barman
: Ce n’est pas un best-of! Ca m’emmerde
d’ailleurs… En fait nous avons sorti un DVD en 2001 quand ce
n’était pas encore aussi populaire que maintenant et pour le
vendre mieux nous avions proposé un CD audio avec nos singles. Le
poids pour nous était sur le DVD de nos clips et comme je n’ai
pas le contrôle sur tout, pour la presse le poids est tombé sur
la collection de simples.
Pierre Derensy :
Mais n’était-ce pas le
meilleur moyen aussi de tourner une page bien remplie et d’en débuter
une vierge?
Tom Barman
: Oui, c’est vrai, en tout cas c’est comme cela
finalement que j’ai réussi à faire passer la pilule. Nous
avions des centaines de mètres de pellicules visuelles, des vidéos
officieuses du groupe depuis nos dix ans d’existence et donc c’était
une bonne raison de faire ce DVD, de tourner une page et de ne
plus jamais regarder le passé.
Pierre Derensy :
On peut dire de dEUS que
vous prenez un étrange plaisir à mélanger les genres, avec «
Pocket Revolution » cela semble encore plus flagrant. Comme s’il
fallait montrer qu’avec ce groupe tu es capable d’aller sur
tous les terrains de jeux?
Tom Barman
: Je ne sais pas si nous en sommes capables mais en
tout cas nous en avons l’envie (rires). Je suis toujours attiré
par des choses que je ne sais pas très bien faire. Ce qui fait
que parfois j’accroche le succès mais aussi des fois le résultat
est désastreux (rires). Avec dEUS si l’on travaille deux
ans sur un
album nous avons le temps de réparer ce qui paraît épouvantable.
Je pense que nous avons tous dans le groupe un goût très «
large ».
Ce qui permet d’offrir au public un spectre de musique étendu.
Surtout en concert.
Pierre Derensy :
« Bad Timing »
est une introduction à votre album qui n’aurait pas pu trouver
sa place plus loin, c’est vraiment un titre d'admission à
votre univers?
Tom Barman
: C’est le morceau qui fut écrit en dernier mais
nous souhaitions le mettre en premier. Tu entres dedans pendant
sept minutes, c’est marrant mais beaucoup de monde me fait remarquer
qu’il dure très longtemps, que ce n’est pas dans l’habitude
du groupe, mais moi je m’en fous (rires). C’est simplement un
titre que j’adore.
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Pierre Derensy :
Il y a une chanson que
j’aime plus particulièrement c’est « What We Talk About
(When We Talk About Love) » qui est pour moi un titre
qui évoque l’absolue nécessité et l’indéniable futilité
d’un chanteur?
Tom Barman
: C’est très bien vu. Tu peux mettre ça sur mon
nom et en faire une réponse (rires)! C’est effectivement le rôle
du chanteur de parler d’amour et donc d’être nécessaire pour
des choses futiles… Mais indispensables.
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Pierre Derensy :
Dans vos paroles on a
l’impression que vous vous adressez énormément aux filles,
sont-elles le moyen de faire passer des sentiments plus
facilement?
Tom Barman
: Oulala tu m’en demandes trop… Je ne sais pas
encore de quoi il parle, ni à qui il s’adresse. Laisse moi le
temps de le digérer. Il faut que ces chansons passent en moi, que
je les transmette au public et en fin de tournée je devrais
pouvoir te dire tout ce qu’il évoque
Pierre Derensy :
Avec le titre « Cold
Sun Of Circumstance » on imagine que musicalement, tous les
trips d’adolescents sur ce que peut être « la »
musique qui vous fait plaisir, sont passés en revue pour
votre plus grande joie?
Tom Barman
: On a mis les dix commandements d’une vie dite
libre sur cette chanson! Il faut bien faire un album qui soit
chouette à jouer live et qui respecte le groove un peu plus
qu’avant. Par le passé on changeait d’atmosphère dans chaque
morceau, avec celui-ci je voulais quelque chose de plus naturel,
de plus direct. C’est clairement ce que l’on a essayé de
faire.
Pierre Derensy :
Ce qui est marrant
c’est que de toute la vie de dEUS, la formation varie mais le
son reste identitaire, est-ce parce que tu es le fil rouge qui
tient la baraque debout?
Tom Barman
: Nous en rions d’ailleurs entre nous. C’est
simplement le destin du groupe de laisser partir ses membres,
d’en voir d’autres arriver ou revenir. En tout cas, ce sont
toujours des copains qui incorporent la formation. C’est une
sorte de continuité inconséquente mais réfléchie.
Pierre Derensy :
Est ce que ton passage
dans la réalisation cinématographique a profité à « Pocket
Revolution »
Tom Barman
: Non… Pas de manière aussi directe. Ca m’a
appris un ou deux trucs. Une sorte de responsabilité, un
sentiment d’être heureux de faire ce que je fais car c’est
une chance à l’heure actuelle de vivre de l’image ou du son.
C’est un plaisir luxueux en fait!
Pierre Derensy :
N’est-ce pas difficile
quand on vit en groupe de se retrouver seul devant l’écriture
d’un scénario puis derrière une caméra?
Tom Barman
: L’écriture était assez dure car je ne suis
pas quelqu’un qui aime travailler seul, avec un groupe c’est
plus agréable. Sur le plateau de tournage, là, je me retrouve en
compagnie d’une cinquantaine de personnes comme un poisson dans
l’eau.
Pierre Derensy :
De
nombreux artistes ont clairement installé dEUS comme un groupe référence,
est-ce dur ensuite pour toi de reprendre le chemin des studios?
Tom Barman
: Je suis très flatté que certaines personnes déclarent
ça mais je ne lis pas les articles, je n’entends pas les
interviews de mes confrères. C’est cool mais cela ne pèse en
aucune manière sur notre travail.
Pierre Derensy :
Vous utilisez le système
de l’e-card?
Tom Barman
: Le système de quoi?
Pierre Derensy :
Le système de l’e-card
pour faire découvrir vos nouvelles chansons à votre public via
votre site internet, avec chaque jour du 1er au 12 septembre un
nouveau titre.
Tom Barman
: Ca je le savais pas (rires)! Moi je n’ai aucun
rapport avec l’internet, il y a des gens très doués qui
collaborent avec nous et je leur laisse carte blanche car je
n’en connais rien du tout! Je suis très content car c’est un
média très intéressant et important pour nous mais je pige que
dalle au web (rires)!
Pierre Derensy :
En conclusion, dEUS
n’est-il pas le groupe qui précède une mode?
Tom Barman
: C’est très gentil! Je ne peux pas te répondre.
Je peux juste te dire que nous sommes très heureux de retourner
sur scène, de réparer les problèmes des shows annulés l’année
dernière. Je ne suis pas préoccupé par ce que l’on peut
penser de mon groupe, je souhaite juste être le meilleur au
moment de monter sur scène ou lors d’une sortie de disque.
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