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Passer deux heures
avec un sosie d'Etienne Daho, un guitariste déguisé en une sorte de
poulet-punk et un flegmatique claviériste anglais n'a sur le papier
rien de très palpitant. En revanche, si l'on reformule et qu'on dit
explicitement que ce trio est Depeche Mode et qu'il va jouer une
soirée durant ses
meilleurs hits accolés aux nouveaux morceaux de Playing The Angel,
la donne change complètement. En pleine tournée européenne, le
groupe passe par Paris pour trois représentations sold-out
au Palais Omnisports de Paris Bercy... Que ceux qui voyaient le
groupe totalement moribond aillent se réajuster les chaussettes car Martin Gore,
Dave Gahan tout comme Andrew Fletcher sont toujours aussi vivaces et
comptent parmi les formations les plus populaires encore en
activité.
Le musicien le plus démonstratif
sur scène des trois est incontestablement Dave Gahan. Virevoltant sans cesse
avec son pied de micro, le chanteur n'a eu besoin que de quelques
morceaux pour faire tomber sa veste et révéler au public ses
muscles saillants et ses tatouages dorsaux impressionnants.
Vocalement, il aura eu besoin de plusieurs chansons pour monter en
puissance. Timoré jusqu'à Policy Of Truth, à côté de la plaque
sur Precious et parfait à partir de The Sinner In Me, il n'aura
pour seule obsession que d'haranguer les dix-sept mille personnes
présentes dans l'enceinte parisienne à coups de "oh
yeah" criards et de déhanchements compulsifs. Aucun doute,
il s'agit là de ce qui se fait de mieux en matière de performer
même si ses hauts talons et son attitude très gay friendly
pourront surprendre...
En y prenant pas garde, on pourrait
croire que Gahan se contente de faire le show machinalement sans
ressentir d'émotion particulière tant il est sûr de lui;
heureusement les gros plans des écrans géants nous permettent
d'entrevoir des regards chaleureux et respectueux envers un public
exemplaire jouant pleinement le rôle du quatrième homme sur les
classiques. Néanmoins, que ce soit avec Martin Gore ou Dave Gahan
derrière le micro, on ne peut pas dire que la force de Depeche Mode soit la
communication (ne parlons même pas de communion) avec la foule. De
ce point de vue, seul l'ultime Goodnight Lovers est satisfaisant et
voit les deux têtes pensantes du groupe s'avancer sur une
mini-plateforme dans les premiers rangs de fans délirants.
Alors évidemment
que Depeche Mode a été fantastique ce soir-là -c'est bien le
minimum pour un groupe au répertoire de cette trempe- mais on
repart chez nous en se disant que le trio a manqué l'occasion
d'assommer la concurrence en se reposant un peu trop sur sa setlist
au détriment de l'intensité générale.
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