Lord Henry
: Vous êtes sur le point, avec Jon
Schaffer, de sortir le deuxième album de Demons & Wizards. Il
semblerait que tu te sois inspiré pour ce disque de La Tour
Sombre, la saga-fleuve de Stephen King. Notre première
question est: pourquoi as-tu choisi cette histoire? Qu'est ce qui
t'attire en elle?
Hansi Kürsch (chant) : Oh c'est une
histoire merveilleuse. Il y a tellement de sentiments, tellement
de profondeur... C'est une source d'inspiration quasiment inépuisable.
Je crois que chacun peut se retrouver dans les aventures vécues
par les différents personnages de La Tour Sombre. A vrai dire, je
comptais garder ce sujet sous le coude pour un prochain album de
Blind Guardian... Mais le travail avec Jon, petit à petit, a
avancé et j'ai finalement choisi d'exploiter ces idées pour
Demons & Wizards. Quand Jon m'a fait parvenir la première démo
du titre qui allait devenir par le suite "Terror Train",
j'ai immédiatement pensé à Blaine, le train fou-furieux de
l'histoire, tant ce titre paraît rapide et agressif... Rien ne
pouvait mieux s'y prêter. Mais à côté de ça, Touched By The
Crimson King aborde d'autres sujets, qui me tiennent également à
coeur. Ce n'est pas un album conceptuel.
Lord Henry :
Tu accordes beaucoup d'attention à tes textes. A cet égard, cela
te gêne-t'il de constater qu'une certaine partie du public ne
s'intéresse absolument pas aux paroles des chansons, mais
seulement à la musique? Je pense en particulier aux pays
non-anglophones.
Hansi Kürsch
: Non, ça n'est pas un problème
majeur pour moi. Si la musique leur suffit pour apprécier notre
travail, je ne m'en plains pas. Ce qui me gêne en revanche, ce
sont les gens qui ont la critique facile, et qui tournent en dérision
les textes alors qu'ils n'en comprennent pas le sens. Pour eux, le
simple fait qu'une histoire imaginaire soit à la base de mes idées
suffit pour que mes paroles deviennent "cheesy". Nous
sommes pourtant inspirés par beaucoup de choses, et si telle ou
telle histoire me paraît adéquate pour faire passer l'idée ou
le sentiment qui m'anime, je l'utilise. Avec toujours le plus
grand respect. Mais au fond ça n'est pas la forme qui importe le
plus. Et je dois dire que je trouve cette attitude assez stupide.
Lord Henry :
Musicalement parlant, qu'est ce qui y a changé par rapport au
premier épisode?
Hansi Kürsch
: Touched By The Crimson King est
plus profond, il n'y a aucun doute là-dessus. Je dirais que le
premier Demons & Wizards avait une dominante sombre et dépressive,
car c'est l'aspect que nous avions développé prioritairement
avec Jon. Pour cet album, nous avons fonctionné différemment, et
cela se ressent sur la musique au final. C'est pourquoi il me paraît
bien plus varié et lumineux. Par ailleurs, je pense que Jon et
moi avons pas mal appris, chacun de notre côté, et nous nous
connaissons mieux. Cela insuffle au projet encore plus d'identité.
Nos deux styles sont toujours présents, mais ils sont plus
confondus.
Aliocha
Klodovitch : Tu as affirmé dans une
interview, lors de la sortie du premier album, que le groupe possédait
déjà un son particulier, inédit. Penses-tu que Demons &
WIzards, malgré son jeune âge, a un impact sur la scène metal?
Que certains jeunes groupes sont influencés?
Hansi Kürsch
: (il réflechit) Non, je ne pense
pas. Nous avons fait deux albums, qui véhiculent des atmosphères
très différentes, et pourtant je pense que l'auditeur saura
reconnaître qu'il s'agit du même groupe. Alors que la majeure
partie des groupes actuels me semble plus influencée par ce qui a
été fait avant, dans les années 1980. De plus, nous avons essayé
pour Touched By The Crimson King de faire quelque chose de différent: "Dorian", par exemple, est un titre assez surprenant,
heavy mais curieusement mélancolique... Disons qu'on est moins
dans un esprit "Iced Guardian" (rire général). Ou bien
prends "Seize The Day", "Wicked Witch"... Non,
je ne crois pas que quelqu'un ait déjà fait quelque chose de
semblable. Je maintiens donc mon opinion (rires)!
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Lord Henry :
La musique de Demons & Wizards est sensiblement différente de
ce que tu as l'habitude de proposer avec Blind Guardian. Quelle
est au juste ton ambition avec ce projet?
Hansi Kürsch
: Jouer une musique plus simple de
structure et d'approche. Avec Demons & Wizards, je restreins
volontairement mes idées, afin de me rapprocher au maximum du
style heavy-metal pur. Tandis qu'avec Blind Guardian, nous ne nous
imposons aucune limite: nous partons dans toutes les directions,
et du moment que ça colle, nous gardons. C'est une approche différente.
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Lord Henry
: Toujours lors de la sortie du premier
Demons & Wizards, tu as déclaré qu'il était possible qu'un
second album voie le jour assez rapidement, en l'espace de deux
ans... Mais c'était il y a six ans déjà (rires). Doit-on
comprendre que travailler à distance avec Jon est difficile?
Hansi Kürsch
: Non, ça n'est pas difficile. Grâce
à Fedex. Nous nous envoyons les bandes à tour de rôle, et ça
fonctionne bien. En fait, ma façon de travailler avec Jon ne diffère
pas beaucoup de ce que je fais habituellement avec André (NDLH:
Olbrich, guitariste de Blind Guardian); si ce n'est que je vois
Jon moins souvent. Et encore, parfois André se contente de
m'envoyer son boulot par courrier (rires)! Disons que nous avons
manqué de temps. J'étais pas mal occupé avec Blind Guardian
l'an dernier, avec la sortie du DVD. De son côté, Jon a tourné
avec Iced Earth, et il a besoin de beaucoup de repos à cause de
ses problèmes de dos. Il a commencé à composer pour Touched By
The Crimson King début 2003, alors que je n'ai trouvé le temps
de m'y consacrer pleinement qu'en octobre 2003. Puis il y a aussi
les délais liés à la production, à la distribution, etc. Tout
cela fait que nous avons souvent du mal à nous en tenir aux
objectifs.
Aliocha
Klodovitch : Souvent, les musiciens réalisant
des side-projects affirment que ces groupes parallèles sont
"nécessaires" à la survie de leur formation
principale, car ils peuvent y concrétiser des choses nouvelles.
Est-ce votre démarche avec Jon dans Demons & Wizards?
Hansi Kürsch
: Non, pas vraiment. Tu sais, mon
but à l'origine était simplement de travailler avec Jon, avec
qui je me suis toujours bien entendu; de voir ce que donnerait
notre collaboration. Mais Demons & Wizards n'interfère
aucunement avec mes activités dans Blind Guardian. Enfin mis à
part le fait que j'ai maintenant moins de temps! Quant à Jon je
pense pouvoir répondre pour lui, en disant non aussi: son style
de composition dans Demons & Wizards n'est pas vraiment éloigné
de ce qu'il propose dans Iced Earth. La différence est qu'il n'a
pas à se soucier des mélodies vocales. Nous prenons du bon temps
ensemble, voilà tout.
Lord Henry
: Imagine un instant que Demons &
Wizards fonctionne mieux que Blind Guardian...
Hansi Kürsch
: Oh j'en serais très heureux.
Surpris, mais heureux. Mais il n'y a aucune chance que je quitte
Blind Guardian, si c'est ce que tu veux dire. Cela fait vingt ans
que je me consacre à ce groupe, il fait partie de ma vie, et même
de ma personnalité. Et puis je travaille depuis tout ce temps
avec des personnes qui me sont chères, et dont je me sens proche: André, Marcus, et c'était également le cas avec
Thomen... (NDLH : Stauch, ex-batteur de Blind Guardian, récemment
parti)
Lord Henry
: Peux-tu nous expliquer ce qui s'est passé
avec Thomen Stauch?
Hansi Kürsch
: Je n'ai pas grand chose à
rajouter par rapport à notre annonce officielle, mais globalement
on en revient justement à l'esprit d'équipe. Thomen n'était
plus suffisamment impliqué, il avait perdu toute motivation. Il
ne se sentait plus prêt à s'investir à fond, et il s'est posé
beaucoup de questions. Nous n'avions jamais changé de line-up en
vingt ans, et pourtant nous sommes souvent entrés en conflit les
uns avec les autres. Ce qui est normal. Nous savons donc reconnaître
un problème sérieux quand nous en voyons un. Il a finalement
pris la décision de quitter le groupe, ce qui est forcément
attristant, car en plus d'avoir un jeu très personnel et
performant, il apportait énormément à Blind Guardian.
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Lord Henry
: Est-ce que le fait de travailler avec Jon
a changé ta manière d'écrire, ou bien de chanter?
Hansi Kürsch
: Non, je ne pense pas. Mon style
a évolué ces dernières années, je pense m'être amélioré, je
l'espère en tout cas, mais cela n'est pas nécessairement
imputable à Jon. Car même si je vais moins loin avec Demons
& Wizards que dans Blind Guardian, mon boulot reste le même :
je ne fais que "mettre en couleur", avec ma voix, des
peintures dont les contours sont déjà définis. C'est comme ça
que je le conçois, et c'est comme ça que je fonctionne, que ce
soit avec Jon, avec André, ou avec Marcus (NDLH : Siepen, deuxième
guitariste de Blind Guardian). Tout ça n'a pas changé.
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Aliocha
Klodovitch : Demons & Wizards, c'est
Jon et toi. N'avez-vous jamais pensé à inviter un autre musicien
ou compositeur, afin de compléter votre duo?
Hansi Kürsch
: Non, jamais. Comme je l'ai dit
précédemment, notre motivation était de voir ce qu'allait
donner le mélange de nos deux styles. Impliquer d'autres
musiciens ne signifierait plus grand chose. Demons & Wizards
n'est pas un groupe. Si je m'investis dans un groupe, j'ai besoin
d'autre chose que de simples rapports de travail, j'ai besoin de
ressentir un esprit d'équipe. Comme c'est le cas avec Blind
Guardian. Là, je collabore avec Jon, point. Même si les
musiciens qui nous accompagnent (NDLH : Jim Morris et Mark Prator)
ont fait du bon boulot.
Lord Henry :
Passons maintenant à quelques questions à propos de Blind
Guardian, si tu le veux bien. Où en sont les projets de Blind
Guardian à l'heure actuelle?
Hansi Kürsch
: Nous travaillons sur le prochain
album. Enfin pas moi actuellement vu que je suis un promo pour
Demons & Wizards (rires), mais André est en plein dessus.
Nous avons composé dix titres pour le moment. Nous devrions
entrer en studio en juin / juillet, et y rester un bon moment,
comme d'habitude. Nous avons prévu d'en sortir en décembre, mais
il n'y a rien de moins sûr! (rires) Cet album devrait paraître début
2006. Quant au projet orchestral (NDLH: consacré au Seigneur
Des Anneaux), nous devons rencontrer l'arrangeur Victor Smolski du
groupe Rage, et si tout va bien je commence à enregistrer les
vocaux à partir de janvier. Celui-là, par contre, ne sortira
vraisemblablement pas avant 2007.
Lord Henry
: Avez-vous trouvé un remplacant officiel à Thomen?
Hansi Kürsch
: Pas encore, mais ça ne saurait
tarder. Thomen avait une personnalité qui apportait beaucoup
au groupe, en tant qu'entité. Je pense qu'il existe beaucoup de
batteurs qui conviendraient musicalement pour le remplacer; mais
il va être difficile de trouver quelqu'un animé par cet esprit,
cette motivation qui a fini par faire défaut à Thomen. Nous avons auditionné pas mal de musiciens, et nous avons
en lice des musiciens talentueux. Il nous reste à nous prononcer
sur notre choix final. C'est pourquoi je pense que cet incident ne
repoussera pas la sortie du prochain album de Blind Guardian. En
revanche, je ne pourrais dire si le batteur qui jouera sur notre
prochain album sera un membre permanent ou un guest.
Lord Henry
: Peux-tu nous donner des nouvelles de Marcus (NDLH: Marcus souffre de sérieuses
fractures à la jambe suite à un accident de skate-board...)?
Hansi Kürsch
: Il se remet seulement. Ce n'était
pas une petite blessure, puisque les médecins qui l'ont opéré
ont constaté une quadruple fracture. Il va mieux depuis
l'intervention, mais il va falloir un peu de temps pour qu'il
recouvre l'usage total de sa jambe. Il doit prendre encore du
repos.
Lord Henry
: Dernière question: travailleras-tu à
nouveau avec Jon Schaffer à l'avenir?
Hansi Kürsch
: Bien sûr! Définitivement.
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