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Peu avant 21H, les
écrans géants du Zénith se mettent à projeter la vidéo d'un
flight case d'où sortent un à un les cinq membres de Deep Purple.
23H: les écrans géants du Zénith s'éteignent juste après avoir
montré une vidéo des cinq membres de Deep Purple rentrant un à un
dans ce même flight case. Entre les deux, on aura assisté à un
spectacle de classe mondiale, un de ceux que l'on aime à se
remémorer avec nostalgie ou que l'on s'imagine raconter à nos
petits enfants -qui s'en tamponent tous mais qui tiennent à rester
polis- au repas de Noël tandis que l'on déguste une bûche glacée
enrobé de son coulis de framboise. Et même si les musiciens de Deep Purple
font physiquement penser à un coulis de framboise, leur
performance, elle, tire davantage du côté d'un gin tonic.
Passons rapidement sur les
problèmes de chant de Ian Gillan. C'est devenu une habitude depuis
des années; seule leur absence aurait constitué une surprise.
Incapable d'assurer les passages les plus heavy des grands
classiques, on a souvent l'impression d'assister à un mauvais clone
de Bruce Dickinson. Heureusement, les morceaux récents ont tous
été pensés avec ce handicap en tête si bien qu'aucun ne requiert
d'aller forcer dans les aigus. Ainsi, sans aucun morceau
fédérateur, la première partie du set
s'enfile quand même avec plaisir et force est de constater que tous ces
extraits de Rapture Of The Deep passent très bien le cap de la
scène comme le toujours aussi jouissif Ted The Machanic,
extrait de Purpendicular.
Techniquement les autres musiciens
montrent que, contrairement à leur chanteur, ils n'ont rien perdu
de leur talent avec les années. Le solo de guitare de Steve Morse,
magnifiquement pris en sandwich par Contact Lost et un ahurissant
Well Dressed Guitar, fut exemplaire même si à l'instar de John
Petrucci, le shred semble prendre un peu le pas sur l'émotion. Don Airey aux claviers et
Ian Paice à la batterie ne sont pas en reste et
prouvent qu'il est possible de faire des soli sur leurs instruments
sans ennuyer tout le public.
Pourtant, malgré cet
exceptionnel niveau technique, la star de la soirée était
l'ingénieur du son. Dès la première note de Pictures Of Home, les
milliers de fans parisiens ont pu goûter à une qualité
crystalline du son, laissant transparaître toute la finesse du jeu
et la richesse des compositions sans pour autant sacrifier un
décibel de puissance. Dans ces conditions optimales, comment ne pas
se laisser transporter par les nombreux hymnes de fin de concert que
sont Perfect Strangers, Space Truckin', Smoke On The Water, Speed
King ou Black Night? Ce fut certainement le seul concert auquel j'ai
assisté de ma vie qui relègue le confort sonore d'un home cinema
au niveau d'un radio K7 chinois de 1983.
Dommage dans ces conditions que le public (assez vieux dans l'ensemble) ait été si mou.
La foule dans les gradins est restée assise jusqu'au bout et n'a
commencé à s'éveiller -de façon très relative toutefois- qu'à
partir de Lazy. Mettons ça sur le compte d'un éblouissement total
car s'il y avait bien quelque chose à faire le soir du mardi 24
janvier à Paris c'était aller saluer cinq artistes qui ne sont
pas décidés à troquer leurs instruments contre un séjour en
maison de retraite.
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