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Mettons-nous
tout de suite d'accord: il n'est ici plus question de distortions,
de riffs de guitare ou de double-pédale: avec Dead Can Dance, on
quitte le monde du metal pour celui du duo le plus respecté de
cette scène si particulière de l'heavenly music: Lisa Gerrard et
Brendan Perry, qui ont accouché en 1987, avec Within The Realm Of A
Dying Sun, d'un album incroyable, sans véritable équivalent. Avec
ce troisième album, Dead Can Dance joue encore (pour la dernière
fois) avec les codes gothiques pour un résultat très étrange et
stupéfiant. Les albums suivants, Aion et The Serpent's Egg en tête,
mettront cette fois en avant des élements world (tribalité,
musique de la Renaissance, musique religieuse) et quitteront définitivement
le style si particulier dépeint sur Within The Realm Of A Dying
Sun.
Sur Within The Realm Of The Dying Sun, l'équation est très simple:
tout n'est que retenue, ambiances minimalistes et contrastes entre
les magnifiques voix de Gerrard et Perry. Les cordes et les cuivres
sont légion, elles forment d'ailleurs l'ensemble de
l'instrumentation de cet album, tandis que la basse est plongée
sous la masse orchestrale et la batterie, totalement absente. Résulte
de ce mélange très difficile à apprivoiser (et très difficile à
décrire) une musique souvent plus grandiloquente qu'elle n'y paraît
au premier abord ("Xavier", le morceau le plus réussi de
cet opus, jouit d'un feeling épique incommensurable, lors d'un
refrain dantesque) et la révélation de Lisa Gerrard, personnalité
à la voix fantastique et complètement irréelle. Elle n'est rien
de moins que la plus belle voix au monde: pure, cristalline, unique,
sans aucun défaut. Parfaite. Elle se révèle d'ailleurs enfin à
nous lors d'une sublime incantation à pleurer ("Dawn Of The Iconoclast"
et ses cuivres inquisiteurs) et fait de fugaces, mais inoubliables
apparitions pour soulever vers les hautes sphères le travail de
Brendan Perry, déjà en tous points solennel et indescriptible.
La musique de Dead Can Dance possède une âme, c'est certain. Rien
n'est à jeter sur ces fantastiques trente-huit minutes qui touchent
souvent au sublime et à l'intemporel, au sens premier tel qu'on
l'entend ("Xavier", "Summoning Of The Muse" et
ses cloches divines, et surtout "Cantara", où Gerrard et
Perry déclament leurs litanies sous fond d'une musique lourde de
signification). La musique de ce chef d'oeuvre sombre, très sombre
(prenez-en de la graine!), sans être une seule fois pompeux et
ennuyeux progresse au fur et à mesure de l'avancée du disque, pour
finir en apothéose sur les arrangements de "Summoning Of The Muse",
un des sommets de la carrière de ce groupe à l'aura indéfinissable.
Dead Can Dance et sa musique gracieuse, presque élégiaque,
invitent au recueillement intérieur, à la méditation et à
l'introspection. La véritable finalité de la musique (celle d'émouvoir)
est ici démontrée dans son acception la plus évidente. Néanmoins,
il ne faut pas s'attendre à une musique facile d'accès. Within The
Realm Of A Dying Sun, sorti sur 4AD dans l'anonymat le plus total à
l'époque, possède maintenant une immense valeur ajoutée, compte
tenu de la reconnaissance artistique dont jouit le duo désormais et
des immenses fondements posés par ce disque.
En plus d'être l'incarnation la plus juste de l'entité qu'est Dead
Can Dance, ce monument de la musique gothique, jamais copié (qui
oserait toucher à ce chef d'oeuvre?) donc jamais égalé, est en
effet dérangeant, dérangé, d'une noirceur abyssale, très loin d'être
à la portée de tout le monde. Within The Realm Of Dying Sun se
doit d'être écouté seul, au casque, mais en contrepartie,
attendez-vous à quelques menus et sincères frissons. Plaisir
garanti, pour qui se sent assez prêt pour se frotter à Dead Can
Dance et à sa musique mêlant les extrêmes, l'humain et le divin
et surtout, échappée d'une autre dimension.
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