Aliocha Klodovitch :
Dans une interview, votre guitariste V. Santura affirmait que
votre précédent label, Black Attack, ne pouvait pas vous
permettre d'exploiter votre potentiel au maximum. Est-ce que vous
sentez une amélioration notable maintenant que vous êtes chez
Century Media?
Azathoth (chant) :
Oui, les choses sont différentes avec ce nouveau label, on sent
une ambiance bien plus professionnelle, il y a nettement plus de
personnel à notre disposition, là où chez Black Attack, le même
mec s'occupait de la gestion des groupes, du courrier, de la
comptabilité et du ménage le soir (rires). Ca a bien
entendu des répercussions sur la qualité de la promotion.
Aliocha Klodovitch : Votre
méthode de composition semble assez inhabituelle pour un groupe
de metal, sachant que tu écris toutes les paroles avant que le
moindre riff ne soit composé. Généralement c'est plutôt
l'inverse...
Azathoth
: Oui, mais c'est
notre manière à nous d'approcher la musique. L'écriture des
paroles permet de définir dès le départ le climat de l'album.
C'est plus facile pour les autres musiciens d'écrire de la
musique s'ils savent quelle direction prendre, et les paroles sont
dans ce cas leur point de repère. Par exemple pour cet album, je
voulais quelque chose de noir, de sombre, une ambiance d'horreur
que le groupe a su très bien restituer à mon avis.
Aliocha Klodovitch :
Toutes vos paroles sont en anglais. En tant qu'Allemand, tu n'a
jamais eu envie d'écrire des paroles dans ta langue natale?
Azathoth
: Non pas vraiment...
C'est pour moi avant tout une question d'esthétique, de sonorités.
Je n'aime pas beaucoup les groupes de metal avec des paroles en
allemand, souvent ceux qui ne se destinent qu'au public local ou
tout simplement ceux qui ne savent pas parler anglais (rires).
En fait, je trouve que c'est une langue qui ne colle pas très
bien au metal, en particulier au black, et comme je me débrouille
en anglais, autant en profiter.
Aliocha Klodovitch : Vous
sortez des albums à un rythme plutôt élevé, en gros un album
tous les dix-huit mois. Ce n'est pas difficile de trouver
l'inspiration, les idées pour de nouvelles chansons avec des délais
si courts?
Azathoth
: Si c'était si
difficile, nous n'aurions pas ce rythme (rires). Plus sérieusement,
nous composons sans aucune pression, et je crois que nous est
poussés en avant par un désir d'amélioration constante. Dès
que nous avons un peu de recul sur un album sorti, on commence à
voir les petites trucs qui manquaient, et nous nous empressons de
rectifier les choses. V. Santura et moi sommes des personnes plutôt
productives, donc ça ne pose pas trop de soucis.
Aliocha Klodovitch : À
vos débuts, quels sont les artistes qui vous ont donné envie de
vous mettre au black metal, qui ont généré le déclic? Est-ce
que je me trompe si je mentionne, entre autres, Burzum?
Azathoth
: Oui, tu as tout à
fait raison, en ce qui me concerne en tout cas. Je ne suis pas
vraiment adepte de l'idéologie que peut véhiculer la musique de
Varg, mais j'ai toujours été fasciné par sa capacité à créer
de véritables paysages musicaux, que peu ont su imiter. D'une
certaine manière, ce nouvel album est sans doute celui de notre
discographie qui se rapproche le plus, en terme d'ambiance, de la
musique de Burzum: quelque chose de très malsain, froid, mais en
même temps captivant et fascinant. On essaye d'avoir une approche
assez différente, plus agressive, mais je serai de mauvaise foi
si je disais qu'il ne m'a pas influencé. Et bien entendu d'autres
grands classiques comme Mayhem ou Immortal.
Aliocha Klodovitch : C'est
V. Santura qui est responsable de la production de votre précédent
album, mais j'ai cru comprendre que Alex Krull d'Atrocity a été
impliqué dans le processus.
Azathoth
: Pas vraiment en
fait. Une fois de plus, nous avons tout produit et mixé nous-mêmes,
et Alex devait s'occuper du mastering. Malheureusement, nous n'étions
pas vraiment satisfaits du résultat, il y avait trop de basses à
notre goût, entre autres, donc V. Santura a dû tout refaire, et
je pense que le résultat est bien meilleur. C'est dommage pour
Alex qui a voulu nous filer un coup de main, mais nous avons une
vision très précise de notre musique, et nous nous y tenons.
Aliocha Klodovitch : Je
voudrais que tu me parles d'un titre qui est un peu à part sur
l'album, Incide. Qui en a eu l'idée, quel était l'effet que vous
recherchiez?
Azathoth
: Oui, c'est un titre
assez spécial, je ne sais même pas si on peut parler de musique,
c'est plus une plage d'ambiance. Il a en fait été composé par
un de nos amis, qui est compositeur professionnel et travaille
surtout avec des orchestres, ce genre de trucs. Le but était
voulait arriver à un résultat étrange, dérangeant, une sorte
de voyage dans le monde des esprits, et j'avais pour directive de
m'imaginer mes pires cauchemars et essayer de le retranscrire en
des hurlements pas tout à fait humains...
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