HTML> Interview Chimaira (Matt DeVries) 02/2007 >
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Chimaira
Février 2007
  
JOURNALISTE :
Cosmic Camel Clash
  
INTERVIEW AVEC :
Matt DeVries
Guitariste
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Même si Resurrection(cliquez ici pour lire la chronique) est loin d'avoir plu à tout le monde, Matt DeVries reste une crème de musicien. Honnête, direct, franc et ne pratiquant pas la langue de bois, le guitariste aura passé un long moment à répondre en détail à mes questions avides. Portrait d'un type à l'image de son groupe : humain.

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Cosmic Camel Clash : Bonjour Matt. Avant de commencer j'aimerais revenir sur l'album Chimaira, qui est sorti avant Resurrection. Quelle a été la réaction du public et l'album s'est-il bien vendu?

Matt DeVries (guitare) : Ça ne s'est pas trop mal passé, mais il n'a pas autant marché que ce à quoi nous nous attendions durant les périodes de composition et d'enregistrement. C’a été un vrai problème, et nous pensons que l'album n'a pas été assez travaillé par Roadrunner, surtout aux États-Unis. Les kids se plaignaient de ne pas trouver l'album dans les bacs et nous pensons que ça a beaucoup joué. Nous sommes fiers de cet album, nous y avons beaucoup investi personnellement et nous étions frustrés. Notre tournée pour cet album a été plus courte que celle d'avant parce que nous avions envie de lâcher l'affaire, mais au final nous avons rompu notre contrat avec Roadrunner et tout va mieux maintenant. Nous sommes vraiment fiers de Chimaira et si nous remontions le temps je pense que nous referions le même album. C'était un peu différent car nous avions un nouveau batteur, mais nous en sommes encore très contents aujourd'hui.

Cosmic Camel Clash : Blâmes-tu directement Roadrunner pour le manque d'exposition médiatique de l'album?

Matt DeVries : Oui. Je ne veux pas les pointer du doigt car nous avions toujours été très satisfaits de leur travail jusqu'alors, mais nous n'avons pas compris leur attitude sur cet album. Nous sommes un groupe « bankable » mais ils n'ont assuré un vrai travail qu'en Europe où l'album a été très bien promu. C'est aux États-Unis qu'il y avait problème. C'était frustrant, car on voyait bien qu'il suffisait de pousser plus l'album pour qu'il se vende plus. C'est un sujet un peu sensible car nous étions très contents de leur taf dans certains pays et très mécontents dans d'autres. Il valait mieux reprendre un nouveau départ.

Cosmic Camel Clash : Resurrection arrive dans les bacs, et vous avez encore changé de batteur depuis l'album précédent! Quel est le problème entre Chimaira et les batteurs?

Matt DeVries : (rires) Nous sommes les Spinäl Tap modernes! Bon, cette fois-ci c'est notre ancien batteur qui revient et nous sommes très enthousiastes à ce sujet. Andols (Herrick, batterie) était parti il y a deux ans et nous en avions tous été attristés. On avance, on trouve d'autres personnes... même si je n'aime pas les changements de line-up, que ce soit en tant que musicien ou en tant que fan. Nous avons essayé deux autres batteurs mais ça ne fonctionnait pas, nous avions des conflits de personnalité. Pas que ce soient de mauvais batteurs : tous les deux étaient de fantastiques techniciens et Kevin (ndCCC : Talley, batteur sur l'album éponyme) a enregistré un très bon album avec nous. Mais quand on forme un groupe aussi soudé que le nôtre où tout le monde est né à Cleveland et a grandi ensemble, c'est plus difficile d'intégrer un élément extérieur. C'est dur aussi pour le nouveau musicien de se retrouver dans un tour-bus avec ces gars qui sont tous déjà amis entre eux et se connaissent depuis des années. Nous avons eu des problèmes d'entente qui ne se sont pas résolus. Quand le temps est venu de nous séparer de Kevin, nous avons eu la chance que notre ancien batteur veuille revenir : il avait réalisé entre-temps ce qu'il avait quitté et était super enthousiaste à l'idée de rejouer de la batterie.

Cosmic Camel Clash : Quand on regarde le DVD The Dehumanizing Process, la véritable raison derrière le départ de Richard Evensand (batterie) est un peu mystérieuse : tout semble aller pour le mieux quand soudainement un écran noir annonce « Richard n'a pas été retenu à cause de problèmes de visa et de personnalité »...

Matt DeVries : Oui, il n'arrivait pas à obtenir un visa pour travailler aux États-Unis, mais la raison principale derrière tout ça était l'impossibilité de s'entendre humainement. Peut-être que la barrière de la langue a joué, je ne sais pas, mais ça n'a pas du tout accroché entre nous et il n'était pas heureux. Donc il était meilleur pour tout le monde de se séparer.

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Cosmic Camel Clash : Venons-en au dernier album, et la première question est évidente : pourquoi ce titre, Resurrection? Je ne me rappelle pas que vous soyez morts...

Matt DeVries : Exact. C'est plus une idée de nouveau départ, de renaissance. Nous n'avons pas fait de break car nous sommes le genre de groupe qui aime enchaîner albums et tournées... quand Mark (Hunter, chant) est arrivé avec ce titre et ce concept nous nous sommes dit « ça a du sens » : notre batteur est revenu, nous avons un nouveau label, un nouveau producteur, un nouveau responsable du mix... quand nous avons écrit l'album nous étions sans contrat, même si on nous faisait des offres sans arrêt. Nous n'avons rien voulu précipiter pour profiter du fait d'être à nouveau un simple groupe, de pouvoir retrouver le feeling que tu as quand tu commences à jouer et jammer avec tes potes. Nous voulions juste nous faire plaisir, sans penser au business... et c'est ce que nous avons vraiment fait. D'où cette idée de nouveau départ et ce titre qui y colle parfaitement.

Cosmic Camel Clash : La musique sur Resurrection semble plus accessible que celle des albums précédents par moments, et par d'autres plus complexe...

Matt DeVries : Je pense que cet album est une bonne combinaison des deux albums précédents. Il est peut-être plus dans la veine de The Impossibility Of Reason car les chansons sont assez courtes et il y a plus de groove. Il me semble plus direct que l'album éponyme, mais en même temps il y a cette idée de montagnes russes pour éviter à l'auditeur de s'ennuyer. Rien n'a été défini en amont en tous cas, nous ne nous sommes pas assis dans une pièce en nous disant "Ok, nous allons faire ça", c'est juste comme ça que l'album nous est venu.

Cosmic Camel Clash : On y détecte par moment un petit côté punk, non?

Matt DeVries : Un peu, un peu de hardcore aussi, de ce genre de groove. Nous n'écoutons pas vraiment de punk, les genres qui nous plaisent et qui s'en rapprochent le plus sont le hardcore et le thrash. Le dernier album avait été principalement composé par Rob (Arnold, guitare) seul, mais sur le dernier il s'agit d'un travail collectif entre lui, Mark et moi, avec les trois autres membres qui ajoutent leur patte au passage. Ce disque comporte donc beaucoup plus d'influences, et c'est peut-être pour ça qu'il est différent au final : il y a de nous six dedans, et même si nous sommes tous des métalleux nous avons des backgrounds différents.

Cosmic Camel Clash : Y a-t-il un style de musique qu'un membre de Chimaira adore et qui semblerait totalement incongru aux fans, style la polka?

Matt DeVries : (rires) Bonne question... pas la polka, non! Bon, Chris (Spicuzza, claviers+samples) et Mark sont d'immenses fans de Nine Inch Nails et ils essayent de temps en temps d'intégrer ces éléments indus et d'electronica... mais je ne pense pas que ça traumatise les fans d'en retrouver dans Chimaira. Pensons en termes de plaisirs coupables... (rires) je me moque de Rob car c'est un gros fan de Christina Aguilera, il en écoute à fond quand il fume backstage. Je ne pense pas du tout que ce soit une inspiration par contre! Je me rappelle être rentré dans les loges pour le trouver en train de fumer avec du Aguilera à très fort volume, avoir secoué la tête, dit « oh my god » et avoir refermé la porte (rires). Maintenant tout le monde va savoir!

Cosmic Camel Clash : Les variations rythmiques d'une chanson à l'autre sont très nettes sur Resurrection. Penses-tu qu'être trop linéaire musicalement réduirait ce que vous pouvez exprimer émotionnellement?

Matt DeVries : Oui, je le pense. Nous ne le définissons pas comme ça, mais il est clair que la monotonie nous gonfle. Nous aimons penser notre cd comme un album éclectique avec cette dynamique de montagnes russes que j'ai déjà évoquée plus haut. C'est plus cool comme ça, et ça nous permet de plus nous exprimer comme ça : je préfère quand chaque chanson raconte une histoire, plutôt que bêtement faire un album de métal direct mais pas autant chargé d'émotion que Resurrection.

Cosmic Camel Clash : Chimaira a été à un moment le leader de fait d'une nouvelle scène américaine -la scène metalcore- avec un nombre étourdissant de groupes qui ont tenté d'exploiter le filon comme pour Korn et le néo en son temps. Et comme Korn, vous vous êtes détachés de ce courant musical ensuite. Je sais que pour Korn la démarche était en partie intentionnelle car ils en avaient marre, est-ce la même chose pour vous?

Matt DeVries : Je n'avais jamais regardé les choses sous cet angle, mais c'est une bonne manière de les voir. Sur ce cd, nous avons particulièrement appliqué la méthode « on fait ce qu'on veut et on vous emmerde », mais c'est quelque chose que nous avons toujours fait de toutes façons : ce que nous écrivons vient du cœur et on verra bien ce qui sort. Le processus que tu décris a plus à voir avec la maturité, nous n'avons pas consciemment essayé de nous détacher de la scène. Je pense que c'est juste ce qui se produit quand on grandit ensemble en tant que groupe et qu'on est ensemble depuis si longtemps. Nous aurions pu faire une Korn et vouloir nous détacher de la scène, ou faire une Metallica et écrire de la merde... au final je pense que nous avons juste mûri.

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Cosmic Camel Clash : En tant que musicien et en tant que fan en général, penses-tu qu'il y ait une vraie différence entre suivre la mode et aller contre les tendances? Après tout dans les deux cas on base son comportement sur la tendance, on n'est pas libre...

Matt DeVries : Oui, j'imagine qu'on peut le voir comme ça. Tant que tu fais ce que tu veux vraiment, et même si tu écris une chanson qui pour un fan semble ne pas te correspondre, tant que ce que tu écris vient du cœur et que tu l'aimes... J'ai évoqué Metallica et c'est ce qu'ils veulent faire, aucune des chansons de St. Anger n'a été écrite pour l'argent. Si c'était l'argent qui m'intéressait, je ne serais pas musicien de métal, il s'agit de faire de la musique violente et en fait si on prend en compte les différents, euh... si tu veux faire... euh... je sais plus ce que je veux dire (rires). Bon, j'espère que tu as trouvé là-dedans la réponse à ta question (rires).

Cosmic Camel Clash : Chimaira a traversé beaucoup de problèmes, mais reste aujourd'hui un des combos américains les plus établis. Penses-tu qu'il vous reste beaucoup à accomplir, par rapport à ce que vous avez déjà accompli?

Matt DeVries : Oui, bien sûr. En tant que groupe nous savons que nous ne pouvons pas nous plaindre : tout se passe super bien pour nous et nous avons conscience de ça. Mais notre idée est de définir sans cesse de nouveaux objectifs au fur et à mesure que nous atteignons ceux que nous nous étions fixés auparavant. Ce n'est pas forcément pour devenir plus gros... quoique de meilleures ventes signifient que nous touchons plus de gens, donc ça fait partie des objectifs. Il nous arrive de d'en parler, mais la plupart du temps c'est un processus naturel et nous ne nous rassemblons pas autour d'une table pour définir nos nouveaux objectifs.

Cosmic Camel Clash : Penses-tu avoir également atteints tes objectifs en tant que guitariste?

Matt DeVries : On peut toujours s'améliorer en répétant et en s'entraînant. On essaye juste de nouveaux trucs pour chaque nouvel album. Personnellement je pense que les guitares ont franchi un palier, que ce soit au niveau de la technique pure ou de l'approche de l'instrument. Mais il y aura toujours de la marge pour progresser.

Cosmic Camel Clash : Chimaira est-il un groupe avec des impératifs stylistiques? Allez-vous rejeter un riff ou un passage proposé par un membre parce que « ça ne sonne pas comme du Chimaira »?

Matt DeVries : Non, justement pas. Sur les deux derniers albums nous avons au contraire essayé de rester le plus ouvert possible. Si tu écoutes une chanson comme "The Reason To Live", l'intro risque de te surprendre. Rob a amené ce passage, et nous avons réagi sur le mode « Wow! Ca ne sonne pas comme nous mais ça sonne bien, on garde! ». Il n'y a pas de limites prédéfinies.

Cosmic Camel Clash : Vous avez tourné avec Dark Tranquility pour promouvoir Chimaira... pensez-vous que le parallèle systématique fait entre le métalcore US et le melodeath scandinave soit toujours d'actualité?

Matt DeVries : Oui, mais aux États-Unis ce genre ne s'appelle pas metalcore, nous utilisons cette étiquette pour le mélange metal-hardcore. Mais je vois beaucoup de groupes américains qui utilisent cette approche à la Scandinave. J'adore les deux scènes, le truc c'est qu'il y a des groupes américains qui deviennent gros aux USA en empruntant des éléments aux groupes scandinaves alors que les groupes scandinaves eux-mêmes n'ont pas autant de succès. Ca existe encore, même si c'est beaucoup moins développé qu'avant.

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