|
JOHNNY CASH Amercian Recordings (1994) |
LINE UP : Johnny Cash (chant+guitare) |
|
|
CHANSONS QUI TUENT : Delia's Gone Tennessee Stud Redemption |
CHRONIQUEUR : -the lord (Juin 2006) |
NOTE : 14 / 20 |
Renaître artistiquement à soixante-deux ans, ce n'est pas très courant. Pourtant c'est ce qui est arrivé à Johnny Cash, le redneck spirituel à la voix qui fleure bon la grange de l'Oklahoma. Pourtant à l'aube des années 90, de plus en plus de jeunes artistes de rock reconnaissaient le talent du Monsieur à tel point que Rick Rubin, producteur mythique de hard rock et de hip hop, décide de prendre le Man In Black sous son aile au sein de son label American. "Je vais faire de toi une star dont même Télérama dira du bien !"
Jusque-là habitué des chansons country qui intéressent autant de gens en France que le nouvel album de Laurent Voulzy chez les bo-bos de San Fransisco, Cash, sous l'implusion de Rubin, va se réinventer autour de morceaux dépouillés où la guitare acoustique et le chant rocailleux prennent les premiers rôles, le reste des instruments ne jouant que dans leur ombre. Sur American Recordings il n'y a même aucun autre instrument que la six-cordes sèche ; il faudra attendre les prochains volets de la collaboration avec Rubin pour sortir très légèrement de cette ambiance feutrée et intime.
Construits autour de nouvelles compositions de Cash, de repises (Kris Kristofferson, Nick Lowe, Leonard Cohen, Tom Waits et Loudon Wainwright) et même d'une chanson écrite exprès par Glenn Danzig (Thirteen), l'album donne un avant-goût de ce que le duo formé avec le futur producteur de System Of A Down va réaliser de purement exceptionnel durant dix ans. Sur American Recordings, tout respire la sérénité. Enregistré dans la maison de Johnny Cash ou au Viper Room devant un public qui peut se compter sur les doigts de la main, le disque n'ennuie jamais en dépit de son manque de rythme ou le minimalisme extrême.
La voix mûre de Cash obsède et focalise toute l'attention de l'auditeur qui attend les chutes des histoires comptées sur Delia's Gone ou The Man Who Couldn't Cry avec l'impatience crédule d'un enfant. Les moments spirituels (Why Me Lord?, Redemption, Oh Bury Me Not) sont exemplaires et non dénués de sens quand on connaît la vie qu'a mené ce natif de l'Arkansas. Toutefois, on tempérera son enthousiasme sur Bird On A Wire ou Down There By The Train qui traînent un peu trop en chemin. Mais surtout, quand on connaît les trois disques suivants, on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit ici du plus faible. Malgré cela, en 1995, American Recordings gagna le Grammy du Meilleur Album Folk : pour une fois faites confiance à cette institution et investissez.

