Cosmic Camel Clash
: La dernière fois que je t'ai eu en interview, Axel
(Wursthorn, instruments) et toi faisiez la promotion de l'album
Collection Prestige et vous étiez excités comme des puces. Quels
ont été les retours sur cet album, et a-t-il marché aussi bien
que vous l'espériez?
Arno
Strobl (chant) : C'est un peu délicat, car à l'époque nous
étions assez contents d'avoir signé avec le gros label anglais
Earache, mais depuis notre mariage a été assez vite consommé.
Nous ne sommes plus chez eux aujourd'hui, ce qui fait qu'il est très
difficile de savoir comment a été accueilli l'album et s'il a
fonctionné ou pas car nous n'avons pas les chiffres de vente. Par
contre les retours presse ont été excellents, et nous sommes
toujours aussi contents de l'album avec du recul. Nous sommes donc
toujours aussi enthousiastes, surtout que maintenant nous nous
sommes mis à faire du live, ce qui est une grande première pour
nous. En ce moment nous sommes donc remontés à bloc.
Cosmic Camel Clash
: Revenons donc sur cette "affaire Earache" :
que s'est-il passé, et quel est le statut de Carnival In Coal
aujourd'hui?
Arno
Strobl : Nous étions sur un sous-label d'Earache qui
s'appelait Elitist, qui était tenu par un certain Lee Barrett, et
qui n'existe plus aujourd'hui. Nous avions de très bon contacts
avec Lee, mais nous sentions bien que de son côté la relation
avec les bosses d'Earache n'était pas au beau fixe… Un jour il
a pété un plomb et nous a dit qu'il arrêtait Elitist parce que
les mecs d'Earache ne suivaient plus et ne faisaient pas la promo
des disques, mais qu'a priori le label allait nous garder parce
que l'album avait pas mal marché. Et c'est en me baladant sur le
site d'Earache que je me suis rendu compte que Carnival In Coal était listé
dans la section "past artists", les groupes qui ne
faisaient plus partie du label, au milieu de Napalm Death, Morbid
Angel, etc… Ca fait toujours plaisir! Ceci dit quand on regarde
cette liste on se rend compte qu'il y a des noms plus prestigieux
dans les "past artists" que dans les artistes actuels
(rires)! Personne ne nous avait averti que nous n'étions plus
sous contrat avec eux : nous étions sans label et nous ne le
savions même pas, ce qui est assez gênant. C'est peut-être de
l'humour anglais, je ne sais pas… Nous avons eu très vite une
autre proposition, mais nous avions donné notre parole pour
Equilibre, qui est donc un label français avec lequel nous avons
pas mal d'accointances vu que leur label-manager est notre manager
depuis toujours. Ca reste dans la famille! Earache c'était
chouette car ça a mis un gros coup de projecteur sur Carnival In Coal, mais
aujourd'hui nous sommes sur un label de confiance. Tout va pour le
mieux, nous ne sommes pas à la rue!
Cosmic Camel Clash
: La grosse activité du groupe, c'est ce soudain
passage à la scène… Pourquoi avoir attendu si longtemps avant
de faire du live?
Arno
Strobl : Au depart, Carnival In Coal était un projet purement studio car
nous sortions de six années de galères avec nos groupes précédents,
avec les plans habituels de cafés-concerts, de bars, etc… Et
nous en avions tout simplement marre de ne pas décoller plus haut
que ce niveau-là que je décris dans le morceau Satanic Disaster.
Nous n'avions plus envie de ce genre de plans, et la musique de Carnival In Coal
nous paraissait difficilement adaptable à la scène. De plus
les gens avec qui nous jouions à l'époque n'avaient ni le niveau
musical ni la culture musicale pour jouer du Carnival In Coal : par exemple
notre batteur de l'époque jouait en simple grosse caisse… Nous
avions donc laissé tomber l'idée, mais comme le groupe a eu un petit
succès auquel nous ne nous attendions pas du tout il y a eu de
plus en plus de demande au fur et à mesure des années de gens
qui voulaient nous voir sur scène. Au début nous avons pensé
"non, ce n'est même pas la peine" puis nous avons commencé
à réfléchir à l'idée, et nous avons rencontré des gens qui,
eux, avaient le niveau pour jouer notre musique en concert. Et au
final, nous nous sommes dit "allez, allons-y" dans une période
qui correspondait plus ou moins au dix ans du groupe. C'est
vraiment un truc qui est venu à cause de la demande. Et du jour où
nous avons annoncé que nous allions faire de la scène, les
demandes ont vraiment afflué de partout, et même d'endroits
assez inattendus vu qu'on part au mois d'août faire un festival
en République Tchèque avec Napalm Death, Morbid Angel et Dimmu
Borgir… Ce sont eux qui nous ont invités, nous n'avons rien
demandé à personne. Ca fait vraiment super plaisir : nous
n'avons démarché aucune des dates que nous avons cette année,
c'est à chaque fois sur invitation. C'est plutôt flatteur, et je
me rends compte que même si ce n'était pas calculé nous avons
créé un besoin en ne faisant pas de scène pendant dix ans… Commercialement ça aurait pu être un super truc à faire si nous
l'avions fait exprès (rires).
Cosmic Camel Clash
: Votre line-up live est principalement composé de
membres de Wormfood, groupe qui a enregistré aux studios Walnut
Groove d'Axel. Comment se fait-il que ce nom semble indissociable
de Carnival In Coal?
Arno
Strobl : C'est un peu délicat, et ce n'est pas voulu du
tout. Wormfood a commencé à peu près en même temps que Carnival In Coal,
et nous avons été amenés à les connaître un peu plus tard car
ils ont voulu travailler avec Axel. Musicalement nous avons pas
mal de choses en commun dont ce côté un peu décalé, et surtout
nous avons ce même humour le plus noir et le plus froid du monde.
Humainement il y a vraiment eu un truc qui s'est passé : nous
avons découvert des gens qui auraient pu être nos meilleurs
potes depuis toujours, et assez naturellement quand il a fallu
passer à la scène nous avons pioché dans le line-up du groupe
les musiciens dont nous avions besoin. Ca donne donc Manu
(chanteur-guitariste de Wormfood) à la guitare, Alexis à la
batterie et Kimmy au claviers. A ça s'est ajouté Fred Leclercq
(ndCCC : ex-Heavenly) qui est guitariste-chanteur de Maladaptive
et bassiste de DragonForce, ce qui fait qu'il ne peut pas jouer
avec nous ces temps-ci car DragonForce lui prend beaucoup de temps
: en ce moment il est sur la Ozzfest, le choix est vite fait
(rires)! Enfin il y a Romain Caron qui est guitariste-chanteur et
qui joue dans un groupe de postcore, John MacHigh. Le line-up live
au complet comporte donc sept personnes, et en ce moment nous
sommes six. Pour le sujet de l'association systématique Wormfood/Carnival In Coal, je pense que c'est parce qu'humainement nous traînons
beaucoup ensemble, qu'Axel est producteur artistique du groupe…
C'est toujours un peu comme ça malheureusement quand le nom d'un
groupe est connu grâce à un autre, mais je pense que ça ne
durera pas car Wormfood fait une musique qui lui est propre et
c'est vraiment un groupe qui a mille et une qualités qui font que
l'étiquette "petit frère de Carnival In Coal" va très vite
sauter. Musicalement, les deux groupes n'ont pas grand-chose à
voir de toutes façons : une fois qu'on a écouté Wormfood on
fait très vite la différence, même si on a appris l'existence
du groupe via Carnival In Coal.
Cosmic Camel Clash
: Sachant qu'Axel est multi-instrumentiste, pourquoi
a-t-il choisi de jouer de la basse sur scène plutôt que d'un
autre instrument?
Arno
Strobl : C'est vraiment l'instrument le plus confortable pour
lui, et c'est aussi celui qui lui tient le plus à cœur. Il n'est
plus vraiment branché métal, et ses parties de basse un peu funk
dans Carnival In Coal lui sont très précieuses, donc il avait envie de jouer
lui-même sur scène. C'est aussi un instrument avec lequel il est
très à l'aise, peut-être même plus qu'avec la guitare dont il
jouait dans son groupe précédent en jonglant avec les effets.
Maintenant qu'il joue de la basse sur scène il peut sauter
partout, de la même manière que les claviers ne le branchaient
pas trop car il ne voulait pas être assigné derrière un truc
sans pouvoir en bouger. Il y a aussi le fait qu'il était plus
facile pour nous de trouver des guitaristes à intégrer au
line-up live qu'un bassiste qui nous satisfasse pleinement.
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Cosmic Camel Clash
: Comment en es-tu venu à cette technique vocale un
peu cinglée qui te caractérise?
Arno
Strobl : Ca m'est un peu tombé dessus comme ça : à la base
je ne suis pas chanteur, je suis un très mauvais batteur. Je suis
passionné de batterie et mon rêve est vraiment de devenir un bon
batteur un jour, ce qui n'est pas demain la veille vu mon niveau.
Mais c'est ma grande passion, c'est ce que j'écoute en premier
dans un groupe avec le chant. N'étant pas assez bon pour être
batteur dans un groupe je me suis tourné vers le chant, car quand
nous avons commencé à écrire des chansons avec Axel il y a
longtemps lui ne savait pas chanter et ça le gonflait d'écrire
des textes, donc je m'en suis chargé. Et le truc est venu en
chantant, à force de pratique. Au début ce n'était vraiment pas
brillant : si tu retrouves les premières démos d'House Of Wax le
chant sonne comme du Bérurier Noir ou du Ludwig Von 88, donc tu
vois qu'on a fait du chemin depuis! Ca s'est aussi fait à force
de découvrir des chanteurs qui m'ont scotché, des gens comme
Mike Patton… Ensuite il y a eu toute la vague death-metal des
années 90 qui m'a vraiment foutu sur le cul, donc j'ai essayé de
me trouver une voix un peu "grooar". Puis est venu le
black-metal, genre dont je suis un gros fan, et j'ai cherché à
trouver des sonorités plus stridentes et aiguës. A chaque fois
je tâtonne jusqu'à ce que ça ait la gueule qui me convient, ce
qui me permet d'enchaîner tous les types de chant sur scène.
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Cosmic Camel Clash
: Justement, en général tu fais une prise par type de
chant sur album. Tu t'en sors sur scène, où il faut tout mélanger?
Arno
Strobl : Ecoute, pour l'instant ça va. Il y a des choses
plus confortables, c'est sûr, mais ça va (rires). En fait ça me
repose plus la voix de chanter en black-metal qu'en clair, où il
faut une voix plus "musclée". J'arrive à gérer le
truc, un peu à mon grand étonnement d'ailleurs. Bon, tout n'est
pas parfait : nous donnons notre quatrième concert demain et il
reste des trucs à roder, pleins de trucs à améliorer, mais ça
tient déjà la route comme ça.
Cosmic Camel Clash
: Parlons des thématiques de Carnival In Coal : sur
Vivalavida tu étais très branché humour cul, scato et autres
blagues à la con, etc, puis tu t'es diversifié d'album en album.
As-tu donc perdu cette inspiration, cette flamme scatologique qui
t'animait à la base?
Arno
Strobl : Non, je ne l'ai pas perdu, j'ai toujours ça en moi
(rires). Mais je n'avais pas envie de passer quatre albums à
parler de pipi-caca. Il y a quand même des trucs un peu plus
malsains sur Vivalavida, ça insistait bien sur le côté déviance
sexuelle. Il faut assumer des textes comme XXX Dog Petting ou
Urine Facewash : un seau d'urine dans la gueule c'est marrant,
mais il y a tout le côté avilissant qu'il y a derrière et le
texte est bien glauque. Carnival In Coal évoluant aussi musicalement et
s'ouvrant sur d'autres choses, c'était aussi l'occasion d'essayer
d'autres approches : quand on a un titre un peu plus calme et posé
comme DOA sur Collection Prestige, c'est peut-être aussi
l'occasion d'aborder des choses plus sombres et personnelles,
moins "joke". J'ai longtemps essayé de me limiter à du
second degré dans Carnival In Coal, et je crois qu'aujourd'hui ça n'a plus
vraiment lieu d'être. Le groupe étant devenu ce qu'il est les
gens ne s'attendent plus à nous trouver à un endroit précis, il
savent qu'on peut être là mais aussi ailleurs. Donc maintenant
je ne vais plus me limiter à des textes juste drôles, parodiques
ou satiriques.
Cosmic Camel Clash
: Est-ce que tu dois passer par une phase où tu
cherches de quoi tu vas parler ou est-ce que les thèmes ont plus
tendance à s'imposer à toi?
Arno
Strobl : Un peu des deux, il n'y a pas vraiment de règles.
Parfois tu passes une soirée avec tes potes et tu délires, en te
disant "imagine ce qui se passerait si…" et ça peut
être le point de départ d'une chanson. L'exemple-type de cette démarche
est Oh La La avec l'histoire de cette pauvre fille gothique qui se
retrouve coincée dans une soirée créole : l'idée était
rigolote alors on en a fait une chanson (rires). J'ai pas mal eu
l'angoisse de la page blanche durant le long délai séparant les
albums Fear Not Carnival In Coal et Collection Prestige par
contre, j'ai eu une grosse panne d'inspiration car je traversais
plein de trucs personnels qui m'empêchaient de revenir à tout ça.
Je dirais que le seul point commun de toutes les chansons de Carnival In Coal
est que le titre est venu avant le texte. Je trouve une expression
et je me dis "ça, c'est un titre de morceau" sans
savoir forcément de quoi je vais parler.
Cosmic Camel Clash
: Attends, comment peut-on trouver un titre comme
"Yeah, Oystaz!" comme point de départ?
Arno
Strobl : Oh, ça c'est simple : tu ne te souviens pas de
cette magnifique pub pour les huîtres qui passait sur les écrans
français durant les années 80? On voyait une mère de famille
apporter un plateau d'huîtres à table et un petit gamin criait
"Ouaiiiis, des huîtres!"… et voilà d'où c'est
parti.
Cosmic Camel Clash
: Donc l'histoire racontée dans le morceau est de la
pure fiction?
Arno
Strobl : Oui, enfin il y a des éléments réels : la maison
du bonheur où on va écouter du black chez des potes en buvant
des bières existe, mais sinon oui, c'est une fiction. Nous
n'avons jamais trashé de restaurant parce qu'il n'y avait plus
d'huîtres, nous avons trop de respect pour la bouffe pour abîmer
un resto!
Cosmic Camel Clash
: L'autre actualité (moins récente) de Carnival In
Coal c'est la réédition de Vivalavida avec un nouvel artwork et
la démo Sranik incluse dans le packaging…
Arno
Strobl : Avant meme que nous nous retrouvions virés
d'Earache nous avions pensé à ressortir tous nos albums précédents
chez Equilibre parce qu'ils n'étaient plus disponibles. Comme
Vivalavida (qui n'était plus du tout disponible dans le commerce)
était sorti avec une pochette qui n'était pas celle prévue à
l'origine, nous nous étions dits que c'était l'occasion de
refaire le packaging. Nous avons d'abord ressort Vivalavida avec
un nouvel artwork fait par Otto, qui avait déjà fait celui de
Collection Prestige…
Cosmic Camel Clash
: Tu es un type vraiment rigolo dans tes textes et en
interview… Est-ce que tu compenses le fait que tu es un mec
triste le reste du temps, ou es-tu réellement un boute-en-train
insupportable au quotidien?
Arno
Strobl : Pourquoi insupportable (rires)? Bon, c'est vrai
qu'on devient vite insupportable quand on est drôle absolument
tout le temps. Non, je suis très loin d'être drôle tout le
temps dans la vraie vie. A ce niveau-là Carnival In Coal représente assez ce
qu'on peut être au quotidien dans le groupe, y compris les gens
qui jouent avec nous en live aujourd'hui : nous avons tous un côté
super drôle, rire de tout tout en étant très froid et très
cynique, mais aussi un gros côté… (silence) je ne veux pas
dire "dépressif" parce qu'il ne faut pas exagérer non
plus, mais il est clair que nous ne sommes pas gais vingt-quatre
heures sur vingt-quatre. D'ailleurs les gens qui sont tout le
temps joyeux finissent souvent à l'asile, ce n'est pas un très
bon signe. Je ne suis pas quelqu'un de très drôle avec moi-même,
mais dans les relations avec les autres j'essaye de l'être parce
que ça passe toujours beaucoup mieux.
Cosmic Camel Clash
: Avez-vous attaqué le nouvel album de Carnival In Coal
ou
est-ce que le live vous prend tout votre temps?
Arno
Strobl : Ca nous prend effectivement pas mal de temps et d'énergie,
mais nous avons commence à bosser sur le cinquième album, qui
sortira probablement au printemps 2007. Pour le moment je ne peux
pas vraiment te dire ce que tu vas trouver dessus car je n'ai pas
la moindre idée moi-même. Ah si, il y a ce nouveau
morceau qui commence par "POOOON", c'est-à-dire un
accord, tu peux mettre ça! Non, il est encore trop tôt pour te
donner ne serait-ce que le titre de l'album, mais il sortira chez
Equilibre en 2007 et nous espérons faire une réelle tournée
derrière partout en France. Pas en tête d'affiche car ça me
paraîtrait un peu prématuré et présomptueux, mais j'aimerais
bien qu'on arrive à trouver une première partie intéressante
qui nous permette de tourner pour de vrai.
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