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CARNIVAL IN COAL
Septembre 2006
  
JOURNALISTE :
Cosmic Camel Clash
  
INTERVIEW AVEC :
Arno Strobl
Chanteur
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Interviewer les membres de Carnival In Coal, on ne s'en lasse pas. Et quand c'est à l'occasion de l'évènement principal de l'histoire du groupe, à savoir son passage au live après plus de dix ans de carrière sans avoir foulé une scène, c'est encore mieux. Croisé la veille de son concert du Hellfest, le chanteur Arno Strobl a accepté d'improviser cette interview dans laquelle il évoque le processus ayant mené audit concert, et revient sur les évènements ayant suivi la sortie de l'album Collection Prestige, avec son humour et sa gentillesse naturels. Si seulement ils étaient tous comme ça…

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Cosmic Camel Clash : La dernière fois que je t'ai eu en interview, Axel (Wursthorn, instruments) et toi faisiez la promotion de l'album Collection Prestige et vous étiez excités comme des puces. Quels ont été les retours sur cet album, et a-t-il marché aussi bien que vous l'espériez?

Arno Strobl (chant) : C'est un peu délicat, car à l'époque nous étions assez contents d'avoir signé avec le gros label anglais Earache, mais depuis notre mariage a été assez vite consommé. Nous ne sommes plus chez eux aujourd'hui, ce qui fait qu'il est très difficile de savoir comment a été accueilli l'album et s'il a fonctionné ou pas car nous n'avons pas les chiffres de vente. Par contre les retours presse ont été excellents, et nous sommes toujours aussi contents de l'album avec du recul. Nous sommes donc toujours aussi enthousiastes, surtout que maintenant nous nous sommes mis à faire du live, ce qui est une grande première pour nous. En ce moment nous sommes donc remontés à bloc.

Cosmic Camel Clash : Revenons donc sur cette "affaire Earache" : que s'est-il passé, et quel est le statut de Carnival In Coal aujourd'hui?

Arno Strobl : Nous étions sur un sous-label d'Earache qui s'appelait Elitist, qui était tenu par un certain Lee Barrett, et qui n'existe plus aujourd'hui. Nous avions de très bon contacts avec Lee, mais nous sentions bien que de son côté la relation avec les bosses d'Earache n'était pas au beau fixe… Un jour il a pété un plomb et nous a dit qu'il arrêtait Elitist parce que les mecs d'Earache ne suivaient plus et ne faisaient pas la promo des disques, mais qu'a priori le label allait nous garder parce que l'album avait pas mal marché. Et c'est en me baladant sur le site d'Earache que je me suis rendu compte que Carnival In Coal était listé dans la section "past artists", les groupes qui ne faisaient plus partie du label, au milieu de Napalm Death, Morbid Angel, etc… Ca fait toujours plaisir! Ceci dit quand on regarde cette liste on se rend compte qu'il y a des noms plus prestigieux dans les "past artists" que dans les artistes actuels (rires)! Personne ne nous avait averti que nous n'étions plus sous contrat avec eux : nous étions sans label et nous ne le savions même pas, ce qui est assez gênant. C'est peut-être de l'humour anglais, je ne sais pas… Nous avons eu très vite une autre proposition, mais nous avions donné notre parole pour Equilibre, qui est donc un label français avec lequel nous avons pas mal d'accointances vu que leur label-manager est notre manager depuis toujours. Ca reste dans la famille! Earache c'était chouette car ça a mis un gros coup de projecteur sur Carnival In Coal, mais aujourd'hui nous sommes sur un label de confiance. Tout va pour le mieux, nous ne sommes pas à la rue!

Cosmic Camel Clash : La grosse activité du groupe, c'est ce soudain passage à la scène… Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de faire du live?

Arno Strobl : Au depart, Carnival In Coal était un projet purement studio car nous sortions de six années de galères avec nos groupes précédents, avec les plans habituels de cafés-concerts, de bars, etc… Et nous en avions tout simplement marre de ne pas décoller plus haut que ce niveau-là que je décris dans le morceau Satanic Disaster. Nous n'avions plus envie de ce genre de plans, et la musique de Carnival In Coal nous paraissait difficilement adaptable à la scène. De plus les gens avec qui nous jouions à l'époque n'avaient ni le niveau musical ni la culture musicale pour jouer du Carnival In Coal : par exemple notre batteur de l'époque jouait en simple grosse caisse… Nous avions donc laissé tomber l'idée, mais comme le groupe a eu un petit succès auquel nous ne nous attendions pas du tout il y a eu de plus en plus de demande au fur et à mesure des années de gens qui voulaient nous voir sur scène. Au début nous avons pensé "non, ce n'est même pas la peine" puis nous avons commencé à réfléchir à l'idée, et nous avons rencontré des gens qui, eux, avaient le niveau pour jouer notre musique en concert. Et au final, nous nous sommes dit "allez, allons-y" dans une période qui correspondait plus ou moins au dix ans du groupe. C'est vraiment un truc qui est venu à cause de la demande. Et du jour où nous avons annoncé que nous allions faire de la scène, les demandes ont vraiment afflué de partout, et même d'endroits assez inattendus vu qu'on part au mois d'août faire un festival en République Tchèque avec Napalm Death, Morbid Angel et Dimmu Borgir… Ce sont eux qui nous ont invités, nous n'avons rien demandé à personne. Ca fait vraiment super plaisir : nous n'avons démarché aucune des dates que nous avons cette année, c'est à chaque fois sur invitation. C'est plutôt flatteur, et je me rends compte que même si ce n'était pas calculé nous avons créé un besoin en ne faisant pas de scène pendant dix ans… Commercialement ça aurait pu être un super truc à faire si nous l'avions fait exprès (rires).

Cosmic Camel Clash : Votre line-up live est principalement composé de membres de Wormfood, groupe qui a enregistré aux studios Walnut Groove d'Axel. Comment se fait-il que ce nom semble indissociable de Carnival In Coal?

Arno Strobl : C'est un peu délicat, et ce n'est pas voulu du tout. Wormfood a commencé à peu près en même temps que Carnival In Coal, et nous avons été amenés à les connaître un peu plus tard car ils ont voulu travailler avec Axel. Musicalement nous avons pas mal de choses en commun dont ce côté un peu décalé, et surtout nous avons ce même humour le plus noir et le plus froid du monde. Humainement il y a vraiment eu un truc qui s'est passé : nous avons découvert des gens qui auraient pu être nos meilleurs potes depuis toujours, et assez naturellement quand il a fallu passer à la scène nous avons pioché dans le line-up du groupe les musiciens dont nous avions besoin. Ca donne donc Manu (chanteur-guitariste de Wormfood) à la guitare, Alexis à la batterie et Kimmy au claviers. A ça s'est ajouté Fred Leclercq (ndCCC : ex-Heavenly) qui est guitariste-chanteur de Maladaptive et bassiste de DragonForce, ce qui fait qu'il ne peut pas jouer avec nous ces temps-ci car DragonForce lui prend beaucoup de temps : en ce moment il est sur la Ozzfest, le choix est vite fait (rires)! Enfin il y a Romain Caron qui est guitariste-chanteur et qui joue dans un groupe de postcore, John MacHigh. Le line-up live au complet comporte donc sept personnes, et en ce moment nous sommes six. Pour le sujet de l'association systématique Wormfood/Carnival In Coal, je pense que c'est parce qu'humainement nous traînons beaucoup ensemble, qu'Axel est producteur artistique du groupe… C'est toujours un peu comme ça malheureusement quand le nom d'un groupe est connu grâce à un autre, mais je pense que ça ne durera pas car Wormfood fait une musique qui lui est propre et c'est vraiment un groupe qui a mille et une qualités qui font que l'étiquette "petit frère de Carnival In Coal" va très vite sauter. Musicalement, les deux groupes n'ont pas grand-chose à voir de toutes façons : une fois qu'on a écouté Wormfood on fait très vite la différence, même si on a appris l'existence du groupe via Carnival In Coal.

Cosmic Camel Clash : Sachant qu'Axel est multi-instrumentiste, pourquoi a-t-il choisi de jouer de la basse sur scène plutôt que d'un autre instrument?

Arno Strobl : C'est vraiment l'instrument le plus confortable pour lui, et c'est aussi celui qui lui tient le plus à cœur. Il n'est plus vraiment branché métal, et ses parties de basse un peu funk dans Carnival In Coal lui sont très précieuses, donc il avait envie de jouer lui-même sur scène. C'est aussi un instrument avec lequel il est très à l'aise, peut-être même plus qu'avec la guitare dont il jouait dans son groupe précédent en jonglant avec les effets. Maintenant qu'il joue de la basse sur scène il peut sauter partout, de la même manière que les claviers ne le branchaient pas trop car il ne voulait pas être assigné derrière un truc sans pouvoir en bouger. Il y a aussi le fait qu'il était plus facile pour nous de trouver des guitaristes à intégrer au line-up live qu'un bassiste qui nous satisfasse pleinement.

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Cosmic Camel Clash : Comment en es-tu venu à cette technique vocale un peu cinglée qui te caractérise?

Arno Strobl : Ca m'est un peu tombé dessus comme ça : à la base je ne suis pas chanteur, je suis un très mauvais batteur. Je suis passionné de batterie et mon rêve est vraiment de devenir un bon batteur un jour, ce qui n'est pas demain la veille vu mon niveau. Mais c'est ma grande passion, c'est ce que j'écoute en premier dans un groupe avec le chant. N'étant pas assez bon pour être batteur dans un groupe je me suis tourné vers le chant, car quand nous avons commencé à écrire des chansons avec Axel il y a longtemps lui ne savait pas chanter et ça le gonflait d'écrire des textes, donc je m'en suis chargé. Et le truc est venu en chantant, à force de pratique. Au début ce n'était vraiment pas brillant : si tu retrouves les premières démos d'House Of Wax le chant sonne comme du Bérurier Noir ou du Ludwig Von 88, donc tu vois qu'on a fait du chemin depuis! Ca s'est aussi fait à force de découvrir des chanteurs qui m'ont scotché, des gens comme Mike Patton… Ensuite il y a eu toute la vague death-metal des années 90 qui m'a vraiment foutu sur le cul, donc j'ai essayé de me trouver une voix un peu "grooar". Puis est venu le black-metal, genre dont je suis un gros fan, et j'ai cherché à trouver des sonorités plus stridentes et aiguës. A chaque fois je tâtonne jusqu'à ce que ça ait la gueule qui me convient, ce qui me permet d'enchaîner tous les types de chant sur scène.

Cosmic Camel Clash : Justement, en général tu fais une prise par type de chant sur album. Tu t'en sors sur scène, où il faut tout mélanger?

Arno Strobl : Ecoute, pour l'instant ça va. Il y a des choses plus confortables, c'est sûr, mais ça va (rires). En fait ça me repose plus la voix de chanter en black-metal qu'en clair, où il faut une voix plus "musclée". J'arrive à gérer le truc, un peu à mon grand étonnement d'ailleurs. Bon, tout n'est pas parfait : nous donnons notre quatrième concert demain et il reste des trucs à roder, pleins de trucs à améliorer, mais ça tient déjà la route comme ça.

Cosmic Camel Clash : Parlons des thématiques de Carnival In Coal : sur Vivalavida tu étais très branché humour cul, scato et autres blagues à la con, etc, puis tu t'es diversifié d'album en album. As-tu donc perdu cette inspiration, cette flamme scatologique qui t'animait à la base?

Arno Strobl : Non, je ne l'ai pas perdu, j'ai toujours ça en moi (rires). Mais je n'avais pas envie de passer quatre albums à parler de pipi-caca. Il y a quand même des trucs un peu plus malsains sur Vivalavida, ça insistait bien sur le côté déviance sexuelle. Il faut assumer des textes comme XXX Dog Petting ou Urine Facewash : un seau d'urine dans la gueule c'est marrant, mais il y a tout le côté avilissant qu'il y a derrière et le texte est bien glauque. Carnival In Coal évoluant aussi musicalement et s'ouvrant sur d'autres choses, c'était aussi l'occasion d'essayer d'autres approches : quand on a un titre un peu plus calme et posé comme DOA sur Collection Prestige, c'est peut-être aussi l'occasion d'aborder des choses plus sombres et personnelles, moins "joke". J'ai longtemps essayé de me limiter à du second degré dans Carnival In Coal, et je crois qu'aujourd'hui ça n'a plus vraiment lieu d'être. Le groupe étant devenu ce qu'il est les gens ne s'attendent plus à nous trouver à un endroit précis, il savent qu'on peut être là mais aussi ailleurs. Donc maintenant je ne vais plus me limiter à des textes juste drôles, parodiques ou satiriques.

Cosmic Camel Clash : Est-ce que tu dois passer par une phase où tu cherches de quoi tu vas parler ou est-ce que les thèmes ont plus tendance à s'imposer à toi?

Arno Strobl : Un peu des deux, il n'y a pas vraiment de règles. Parfois tu passes une soirée avec tes potes et tu délires, en te disant "imagine ce qui se passerait si…" et ça peut être le point de départ d'une chanson. L'exemple-type de cette démarche est Oh La La avec l'histoire de cette pauvre fille gothique qui se retrouve coincée dans une soirée créole : l'idée était rigolote alors on en a fait une chanson (rires). J'ai pas mal eu l'angoisse de la page blanche durant le long délai séparant les albums Fear Not Carnival In Coal et Collection Prestige par contre, j'ai eu une grosse panne d'inspiration car je traversais plein de trucs personnels qui m'empêchaient de revenir à tout ça. Je dirais que le seul point commun de toutes les chansons de Carnival In Coal est que le titre est venu avant le texte. Je trouve une expression et je me dis "ça, c'est un titre de morceau" sans savoir forcément de quoi je vais parler.

Cosmic Camel Clash : Attends, comment peut-on trouver un titre comme "Yeah, Oystaz!" comme point de départ?

Arno Strobl : Oh, ça c'est simple : tu ne te souviens pas de cette magnifique pub pour les huîtres qui passait sur les écrans français durant les années 80? On voyait une mère de famille apporter un plateau d'huîtres à table et un petit gamin criait "Ouaiiiis, des huîtres!"… et voilà d'où c'est parti.

Cosmic Camel Clash : Donc l'histoire racontée dans le morceau est de la pure fiction?

Arno Strobl : Oui, enfin il y a des éléments réels : la maison du bonheur où on va écouter du black chez des potes en buvant des bières existe, mais sinon oui, c'est une fiction. Nous n'avons jamais trashé de restaurant parce qu'il n'y avait plus d'huîtres, nous avons trop de respect pour la bouffe pour abîmer un resto!

Cosmic Camel Clash : L'autre actualité (moins récente) de Carnival In Coal c'est la réédition de Vivalavida avec un nouvel artwork et la démo Sranik incluse dans le packaging…

Arno Strobl : Avant meme que nous nous retrouvions virés d'Earache nous avions pensé à ressortir tous nos albums précédents chez Equilibre parce qu'ils n'étaient plus disponibles. Comme Vivalavida (qui n'était plus du tout disponible dans le commerce) était sorti avec une pochette qui n'était pas celle prévue à l'origine, nous nous étions dits que c'était l'occasion de refaire le packaging. Nous avons d'abord ressort Vivalavida avec un nouvel artwork fait par Otto, qui avait déjà fait celui de Collection Prestige…

Cosmic Camel Clash : Tu es un type vraiment rigolo dans tes textes et en interview… Est-ce que tu compenses le fait que tu es un mec triste le reste du temps, ou es-tu réellement un boute-en-train insupportable au quotidien?

Arno Strobl : Pourquoi insupportable (rires)? Bon, c'est vrai qu'on devient vite insupportable quand on est drôle absolument tout le temps. Non, je suis très loin d'être drôle tout le temps dans la vraie vie. A ce niveau-là Carnival In Coal représente assez ce qu'on peut être au quotidien dans le groupe, y compris les gens qui jouent avec nous en live aujourd'hui : nous avons tous un côté super drôle, rire de tout tout en étant très froid et très cynique, mais aussi un gros côté… (silence) je ne veux pas dire "dépressif" parce qu'il ne faut pas exagérer non plus, mais il est clair que nous ne sommes pas gais vingt-quatre heures sur vingt-quatre. D'ailleurs les gens qui sont tout le temps joyeux finissent souvent à l'asile, ce n'est pas un très bon signe. Je ne suis pas quelqu'un de très drôle avec moi-même, mais dans les relations avec les autres j'essaye de l'être parce que ça passe toujours beaucoup mieux.

Cosmic Camel Clash : Avez-vous attaqué le nouvel album de Carnival In Coal ou est-ce que le live vous prend tout votre temps?

Arno Strobl : Ca nous prend effectivement pas mal de temps et d'énergie, mais nous avons commence à bosser sur le cinquième album, qui sortira probablement au printemps 2007. Pour le moment je ne peux pas vraiment te dire ce que tu vas trouver dessus car je n'ai pas la moindre idée moi-même. Ah si, il y a ce nouveau morceau qui commence par "POOOON", c'est-à-dire un accord, tu peux mettre ça! Non, il est encore trop tôt pour te donner ne serait-ce que le titre de l'album, mais il sortira chez Equilibre en 2007 et nous espérons faire une réelle tournée derrière partout en France. Pas en tête d'affiche car ça me paraîtrait un peu prématuré et présomptueux, mais j'aimerais bien qu'on arrive à trouver une première partie intéressante qui nous permette de tourner pour de vrai.

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