Pierre Derensy : Je voulais
commencer par ton teeser pour la sortie de l’album. Je trouve
que finalement c’est normal de t’avoir refusé la diffusion de
« la fracture sociale », car si on regarde la pub, on
se rend compte qu’elle est effectivement fausse: tu n’es pas
un menteur et contrairement à un homme politique tu dois bien être
le seul à pouvoir réduire la fracture sociale en cent jours car
tout le monde t’aime?
Cali
(chant+guitare) :
(rires) Tu parles d’une connerie! Il n'y en a pas un ici,
chez Virgin, quand on a fait ça qui a pu imaginer que ça
craignait du boudin! Pour nous c’était comique. Quand nous
avons reçu ce communiqué de refus nous étions estomaqués. Là
il y a des radios qui se sont mobilisées pour le passer sans
l’image, certaines télés l’ont tout de même passé, tout le
monde en a parlé et tout le monde le cherchait sur le net pour le
voir. Donc merci super! Ca été parfait mais ils ont montré leur
connerie. Ce qui fait peur c’est de se dire que si ce petit
teeser est refusé qu’est-ce qu’on nous cache de plus
gros?
Pierre Derensy : Tu me disais que tu
voulais profiter du succès de ton premier album avant de
reprendre la route du studio et finalement beaucoup plus vite que
prévu est arrivé « Menteur »...
Cali
: La tournée ne s’arrêtait
plus. On ne voulait pas s’arrêter pour tout te dire. On a démarré,
tu t’en souviens dans des salles de vingt à vingt-cinq
personnes, avec le succès de l’album ça a grossi, ensuite sont
venus se greffer à ça les festivals d’été, aux Vieilles Charrues
il devait y avoir soixante mille personnes. Là tu prends, tu
prends tout ce qu’on t’offre tellement c’est beau et tu ne
t’arrêtes plus de prendre. On est partis au Canada avec Julien
mon pianiste pour faire une tournée de cabaret sous la neige:
c’était génial! Après cette expérience je n’en pouvais
plus: je voulais avoir du temps pour ma famille qui m’avait
soutenu,j e désirais m’arrêter un moment. Au bout de quelques
jours j’étais déjà comme un lion en cage. J’avais écrit
des chansons sur la route, j’ai continué d’écrire en janvier
pour rappeler aussitôt la maison de disques en demandant de
repartir sur un autre disque.
Pierre Derensy : Tu voulais battre le
fer pendant qu’il était chaud?
Cali
: Tu sais on commençait à me
parler de ce break, de la réussite du premier opus, j’aurais pu
gamberger mais je n’ai pas eu de pression finalement car la
pression se serait installée si je n’avais pas vendu
d’albums. Là je suis un enfant gâté. Je peux faire ce que je
veux quand je le veux. A partir du moment où tu fais un album qui
te plait, que tu es honnête avec toi même: tos ces poids, tu les
envoies balader. S'il se vend tant mieux, sinon tant pis. A partir
du moment où tu ne t’es pas trahi…
Pierre Derensy : Tu es étonné toi-même
du succès de « L’amour Parfait »?
Cali
: Nous avions tablé que si
nous en vendions sept mille ce serait très bien. Quand on est
arrivés à cinquante mille on était tous verts. Là on a réellement
passé un cap. Ensuite est arrivé le disque d’or pour être à
cinq cent mille aujourd’hui. Ce qui est important c’est de réaliser
la difficulté d’en vendre mille. Les disques de mes groupes
avant j’en vendais deux cents, huit cents maxi. Là tu dois
relativiser. « Menteur » part sur les mêmes bases.
J’en suis à soixante-dix mille. Certains voudraient que ça
aille encore plus vite. Mais j’ai tout mon temps. En rentrant en
studio j’ai surtout voulu garder le vent du boulet qui nous
agitait avec les musiciens sur la tournée, tout ça pour garder
la niaque comme si l’on sortait de scène.
Pierre Derensy : Tu m’avais dit que
pour le premier tu avais beaucoup de chansons et que tu n’en
avais gardé que quelques-unes, est-ce qu’ici pour « Menteur »
c’est identique?
Cali
: J’avais trente-quatre
chansons pour ce disque. Il y en a qu’on a enregistrées et
qu’on posera sur le net. J’adore cette idée de ne rien dire
à personne et d’offrir ça aux gens qui passent sur le web. Après
j’ai aussi d’autres idées, avec d’autres supports. Par
exemple mon titre « L’Exil » je l’ai enregistré
avec quarante-trois musiciens classiques, j’ai une furieuse
envie de le sortir un jour dans un beau coffret. Non pas pour
qu’il soit cher et que je m’en mette plein les poches mais
uniquement pour faire un bel objet, avec la collaboration d’un
écrivain du sud qui témoigne sur le sujet, des photos de cette période.
Ce sont des idées qui arrivent. J’ai aussi fait une chanson, «
L’Avortement », qui était trop violente au niveau du texte
pour la mettre sur l’album. Elle est très pop mais difficile à
placer. Je vais essayer aussi, avec toutes ces matières qui sont
cachées, de les faire passer sur scène.
Pierre Derensy : « Qui Se Soucie
De Moi » dès le départ du disque ce n’est pas un bande mou...
Cali
: Daniel Presley est venu écouter
ça chez moi. Je l’avais fait guitare-voix après un mois
intensif d’écoute de Johnny Cash. Il m’a dit tout simplement
qu’elle était belle cette chanson mais qu’il la verrait plus
dans le style de « Born To Run »: euphorique à la Springsteen.
Le soir même nous avons écouté le Boss, nous avons bu du pinard
et vraiment le lendemain elle est devenue ce que tu entends sur le
disque. Il y a deux ou trois chansons qui étaient plombées sur
lesquelles nous avons réussi à donner une âme plus forte.
Pierre Derensy : Sur le DVD
accompagnant l’album on remarque que l’enregistrement fut un
vrai plaisir mais Daniel Presley semble t’avoir poussé dans tes
retranchements beaucoup plus que pour le premier disque.
Cali
: Ouais! On est vraiment très
proche. On a encore bossé hier pour une musique de film. Sur
l’album il a d’ailleurs poussé tout le monde très loin.
C’est un mec très gentil mais très rigoureux. Ce qui peut être
déstabilisant. L’avantage de quelqu’un de très dur comme
lui, quand il te fait un compliment tu te le prends au quintuple.
Parfois je te jure qu’il m’a massacré. Le mois de juin 2005
avait duré deux ans dans ma tête. Psychologiquement il m’a
bousculé, je n’arrivais pas à finir le disque. Le jour où je
lui en ai parlé il m’a répondu que le disque était terminé.
Et là whaou l’éclaircie totale!
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Pierre Derensy : Est-ce que c’est
pour ça aussi que tes deux studios étaient des maisons où il
faisait bon vivre, pour contrebalancer les séances de travail éprouvantes?
Cali
: Je ne savais pas à quoi
m’attendre. Je n’y connais rien aux techniques
d’enregistrement. Quand on m’a demandé où je désirais
enregistrer j’ai répondu l’Irlande parce que c’est un beau
pays. On s’est retrouvé dans un manoir du XVIIème siècle. Ce
qui m’a touché c’est qu’il y a une âme qui transparaît
sur le disque. Quand j’étais gamin je me demandais toujours
pourquoi ces groupes allaient enregistrer à l’étranger. Je me
disais que c’était pour faire les malins. Mais non, quand tu
vas dans un endroit particulier la chanson est la même mais il se
passe un truc de magique indéniable. Ensuite nous sommes partis
dans un mas au dessus de Perpignan et là pareil! Je me souviens
d’une petite colline où tu voyais un paysage merveilleux.
Comment veux-tu ensuite que le disque ne soit pas fort!
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Pierre Derensy : Est-ce que la
rencontre avec Steve Wickham des Waterboys était la pierre
angulaire qui allait faire monter l’édifice?
Cali
: Il a tout changé! C’est
un magicien. Je voulais le son de Steve Wickham sans jamais
imaginer l’avoir personnellement avec moi. On lui a pourtant
fait parvenir mes chansons. Il m’a répondu en me disant que
cela lui plaisait beaucoup et qu’il était ok pour participer à
l’enregistrement. Deux jours avant de rentrer en studio, j’ai
rencontré Mick Scott et Steve pour un concert du groupe. J’étais
surpris que Steve semble presque flatté de venir jouer pour un
petit Français. Ce mec, c’est du délire. Il est arrivé à la
tombée de la nuit, très fatigué et ne devait jouer que le
lendemain. Pourtant il a voulu écouter « Fin Du Monde »
tout de suite car je ne pensais faire que celle là avec lui. Il a
commencé à me dire qu’il était ok pour jouer de la mandoline,
du banjo sur d’autres titres. Il est même venu à Perpignan
avec ses instruments. Tu sais, il est tellement au dessus du lot
que tu dois hisser tes compos à son niveau. Les chansons
existeraient sans lui mais là elles ont la plus belle robe.
Pierre Derensy : « Pauvre Garçon »
le duo de « Menteur »tu l’as offert à Daniel Darc
et tu aurais aussi voulu chopper Patti Smith?
Cali
: Cela a failli se faire. Elle
était à Londres à ce moment-là. Moi je voulais soit Daniel
soit elle, le soucis est que dans le premier texte de « Pauvre
Garçon » j’avais écris ‘Tu as cru à mon cancer, ma chérie
ne m’en veut pas’, en voyant ça elle m’a répondu
qu’elle ne voulait plus rien à voir avec le cancer qui avait
marqué sa vie. Malgré le fait que je me suis immédiatement
empressé de changer ces paroles ce duo est tombé à l’eau.
Daniel quant à lui, on s’est vu plusieurs fois aux concerts, il
s’est passé un truc entre nous. C’est quelqu’un de très
grand et de très fragile. Ce qui me touche chez lui, c’est que
tu te rends compte que la vie peut s’arrêter d’un coup, quand
tu le vois tu te dis que tout est sur le fil.
Pierre Derensy : Il y a deux Cali sur
cet album, le frondeur de « Je Ne Vivrais Pas Sans Toi »
ou « Je Te Souhaite A Mon Pire Ennemi » et le très émouvant
qui chante « Je Sais » ou « Roberta ».
Comment l’un fait il pour vivre avec l’autre?
Cali
: L’un rattrape l’autre (rires).
Dans « Je Sais » j’écris ma vie. Cela ne devait pas
être une chanson. Elle devait sonner au départ d’une manière
très pop, finalement à quelques heures de l’enregistrer j’ai
voulu coller au plus près de l’une de mes chansons fétiches
qui est « Voir Un Ami Pleurer » de Brel. Je l’ai
construite de façon identique. Le piano au début, Brel fait
rentrer une flûte traversière, moi j’ai voulu inclure un mellotron,
ensuite l’orchestre arrive un peu comme de la fumée autour de
la forteresse, enfin l’orchestre s’arrête et tout se termine
comme l’introduction c’est à dire au piano. Ce titre est
vraiment important pour moi car il est très imagé, je cache
dedans des paroles que je n’ai pas réussi à dire vraiment.
Pierre Derensy : Et cette « Roberta
» elle existe ?
Cali
: Oui! Elle habite dans
mon village. J’ai juste changé le nom. L’histoire est vraie,
quand son mari est mort, six mois après elle s’est mise avec un
jeune de trente ans. Le délire c’est qu’elle monte sur sa
mobylette avec son mec, qu’elle ne se cache pas, ils se roulent
des pelles sur la place, elle fume des pétards (rires).
Avec son sourire elle m’a dit qu’elle avait été hyper loyale
avec son mari dans sa vie et elle continue d’être loyale avec
la vie maintenant. Elle veut juste profiter des quelques années
qui lui restent sans qu’on l’emmerde. C’est l’hymne à la
vie absolue. Sur scène ce morceau fonctionne très bien.
Pierre Derensy : Mettre la chute de
« Je Te Souhaite… » c’était osé...
Cali
: Je ne voulais pas la
mettre: « Je suis le veuf d’une traînée qui n’est pas
encore morte ». Il n’y a pas de rancœur dans cette
phrase. C’est juste la description totale du désespoir. Je
pense que lorsque tu es vraiment au fond du gouffre, tu es capable
d’avoir des pensées pareilles et tu es aussi capable de les
prononcer. Ce qui me plait c’est de le mettre en début de
concert. Et c’est terrible car la première phrase que je dis
aux gens qui viennent bien souvent pour nous aimer, c’est celle
là. A un moment je démarrais mes sets par « Je Suis Une Pute ».
C’est terrible et en même temps tu accroches tout de suite ton
auditoire.
Pierre Derensy : Dans « Le
Vrai Père » tu mets beaucoup de ton histoire personnelle,
je présume que dans les autres aussi. Penses-tu parfois à tes
interlocutrices ou à celle qui est visée, qui n’a pas la
chance de pouvoir s’exprimer tout comme toi à la face du monde?
Cali
: Je suis d’accord avec toi.
Quelque part c’est faux-cul. Nous ne sommes pas sur le même
terrain. Ca m’éclaterait qu’elle puisse le faire. Qu’elle
me raconte sa version des faits. Tu sais quoi je lui proposerais!
Je me démerderais pour médiatiser sa réponse si elle est
d’accord. Quand elle est venue me voir elle m’a d’ailleurs
dis que cette chanson je n’aurais pas dû la mettre. Je ne
voulais pas lui faire du mal mais bizarrement, j’ai eu un petit
rictus car si ce titre l’a autant touché c’est que
certainement il était bien écrit. Je n’ai rien contre elle,
j’en veux surtout à la justice qui a décidé de me couper de
mon môme.
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Pierre Derensy : Justement, ton album
débute par « Qui Se Soucie de Moi » et se termine par
« Le Vrai Père » ou tu parles ouvertement de cette
souffrance de l’absence et du manque de reconnaissance paternel,
penses tu faire avancer les choses et en as tu déjà eu des échos
via ta journée « papa = maman »?
Cali
: Tu ne peux pas savoir comme
j’en veux à la justice. La manière dont elle traite les
dossiers je trouve ça inhumain. Tu galères des vies entières,
en tout cas moi j’ai mis des mois et des mois pour faire le
dossier afin d’avoir le droit de voir mon enfant. Quand je
baissais les bras (parce que c’est facile d’abandonner) j’ai
eu heureusement des gens qui m’ont aidé à me battre jusqu’au
bout. C’est trop facile de dire qu’un père démissionne.
Pourquoi il part à un moment donné: tout simplement car on lui
donne toutes les raisons de le faire! Le mec, crois-moi, il ne
part pas faire la fête avec le sourire aux lèvres. C’est
salaud d’utiliser cette expression!
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Pierre Derensy : Est-ce que cette mésaventure
t’a fait douter pour redevenir papa ?
Cali
: Oui! Mais tu sais je ne
parle pas pour moi avec ces chansons. C’est juste que c’est dégueulasse
de savoir que des juges en quelques minutes peuvent te dire que tu
ne verras pas ton môme. On est en train de monter un comité d’études
de gens qui pourraient amener un projet de loi. C’est peut être
utopique mais pourquoi la garde alternée ne serait-elle pas décrétée
d’office et ensuite seulement si problème, étudier au cas par
cas la situation. Parce que là le hic c’est que c’est forcément
l’homme qui doit se justifier. Je veux bien qu’il y a quelques
années le père était à la mine, à l’usine ou aux champs et
qu’il rentrait à 10h du soir pour repartir à 5h du matin en
laissant la mère s’occuper des gosses. Mais ce n’est plus le
cas du tout! Aujourd’hui on sait nous aussi changer les couches.
J’ai discuté avec le comité des Chiennes de Garde qui me
disaient qu’il ne fallait pas séparer une mère de son enfant;
mais merde ce n’est pas ça qu’on demande. L’égalité des
sexes faut aller jusqu’au bout du truc.
Pierre Derensy : En écoutant
« Menteur » on se rend compte de ta grande qualité de
mélodiste, je pense que personne ne t’a jamais demandé d’où
venait ta formation musicale: tu es un autodidacte ou tu as suivi
une formation pour pouvoir mélanger si finement les cordes et les
ritournelles pop?
Cali
: Rien! je suis entièrement
un autodidacte. J’encourage d’ailleurs tous les autodidactes
à ne pas perdre confiance (rires)! Je me suis souvent
traité d’imposteur moi-même. Quand je suis arrivé dans la
musique avec « Pénétration Annale » mon premier
groupe à dix-sept ans pour pousser des cris, je voyais des potes
à moi qui faisaient le conservatoire. Quand j’ai vu que
j’arrivais à trouver des engagements sans être vraiment
« un musicien » j’en avais honte! Je commençais à
jouer tandis qu’eux n’avaient aucune date. Il m’a fallu
longtemps pour prendre confiance en ma manière de faire de la
musique. J’ai eu besoin de Daniel Presley, d’autres
guitaristes pour me rendre compte que j’avais un truc à moi.
J’arrive à faire à la guitare des trucs que personne ne
pourrait faire car c’est made in Cali (rires)! Le piano
pareil. J’ai appris seulement la clé de sol et celle de fa pour
déchiffrer du Tom Waits et apprendre sur du Tom Waits. Le
principal pour moi c’est de jouer très bien mes morceaux (rires).
Je voudrais faire comprendre que ce n’est pas la musique qui est
importante c’est la passion. On peut faire un super album avec
des chaises et des mecs qui tapent sur des poubelles. Si ta
chanson tient la route, c’est là que tu trouves des musiciens
de renom comme chez moi Aude Massat ou Julien Lebart. Ce sont eux
qui habillent ma chanson.
Pierre Derensy : L’album est une
suite logique à « L’amour Parfait ». Est-ce que tu
as eu peur à un moment de tomber dans l’erreur de vouloir
absolument tout changer pour qu’on ne te taxe pas de faire éternellement
la même chose?
Cali
: Je n’ai pas voulu
contrecarrer quoi que ce soit. J’en ai d’ailleurs parlé avec
Dominique A qui n’a pas du tout le même rapport au succès que
moi. Chez lui si ça marche c’est chiant, c’est un peu se
tirer une balle dans le pied. Moi je pars du principe qu’il ne
faut pas se poser de questions. Ce que je veux c’est qu’à
l’instant T où tu enregistres l’album, celui-ci te
corresponde totalement sans chercher à flouer la photographie.
Cela doit correspondre au passage de ta vie.
Pierre Derensy : Tu as donné
quelques concerts avant de prendre la route en janvier, c’était
pour te rassurer?
Cali
: Je trouvais absurde de
sortir un album sans faire de dates. C’est très con qu’il
faille attendre quelques mois avant de monter sur scène : en
tant qu’artiste tu as déjà l’attente du disque qui doit
sortir quand toi tu as les bandes depuis longtemps, tu es fébrile
de savoir ce que les gens en pensent…
Pierre Derensy : Justement, je te
coupe mais tu tenais aussi à ce que l’album soit disponible
pour tout le monde à la date de sortie sans dérogation pour les
médias?
Cali
: Certains l’ont eu avant
mais ce que j’ai dit à la maison de disques c’est qu’ils
nous font un pataquès pour le copy-control et tu les vois
balancer des promotionnels un peu à tout le monde. Ce n’était
pas contre la copie car je m’en fous qu’on le copie mon album.
Ce qui m’aurait emmerdé c’est que le disque sorte un mois
avant sur le net. Je voulais privilégier le jour J de la sortie.
Je suis comme tout le monde, je sais que c’est important
d’attendre, à poireauter devant la porte de ton disquaire pour
enfin avoir l’objet définitif. Si tu as déjà entendu le
disque dix fois sur ton ordinateur cela perd de son charme.
Pierre Derensy : On parlait du café
dans lequel je t’ai découvert, penses tu avoir encore la
possibilité de le faire ?
Cali
: Je pense oui. Effectivement
la machine est beaucoup plus grosse, au début nous étions quatre
sur scène alors que maintenant nous partons à dix-sept sur la
route mais j’ai des techniciens importants à chaque poste, la
lumière sera plus belle, le son encore meilleur et j’espère
que le tout sera encore plus agréable pour les gens. Le spectacle
sera peut-être un peu plus huilé mais je te promets d’y mettre
autant de conneries qu’au commencement. On cassera le jouet, tu
ne dois pas t’inquiéter. Ce n’est pas parce que mon équipe
et moi avons de la chance qu’on va s’excuser de faire des
grosses sales. J’ai suffisamment donné avant aussi quand je
faisais des concerts devant zéro personne payante, que je me
promenais avec le camion dans toute la France…
Pierre Derensy : Est-ce que Maitena
Biraben pose de meilleurs questions que moi?
Cali
: Putain, attends, elle est
gentille! C’est une déconneuse grave même pendant les arrêts
pubs. Il y a des gens qui s’engueulent comme des clébars sur le
plateau du genre la bande à Ruquier et qui se sourient dès
qu’ils sont à l’antenne. J’ai été surpris par certains:
Nagui ou Guillaume Durand par exemple. Ce ne sont pas des mecs qui
dès la fin de l’émission t’envoient chier. Ils viennent te
parler de manière sympathique.
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