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BURST
28 septembre 2005
  
JOURNALISTE :
Cosmic Camel Clash
  
INTERVIEW AVEC :
Jesper Liveröd
Bassiste
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Je vais finir par croire que tous les bons musiciens sont des gens adorables. Burst est indubitablement une des sensations de cette fin d’année 2005, leur album Origo (cliquez pour lire la chronique) ayant récolté des chroniques dithyrambiques sur le web comme dans la presse écrite. Et pour quelqu’un dont la formation est en train de décoller, Jesper Liveröd le bassiste est incroyablement humble, accessible et surtout honnête. Voilà quelqu’un de réellement passionné par ce qu’il fait, tout content d’avoir un fan de son groupe en face de lui et qui répond à chaque question avec une évidente sincérité. Si vous n’avez pas encore posé une oreille sur Origo, voilà de quoi vous donner une petite idée du genre de groupe qui vous attend…

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Cosmic Camel Clash : Avant de commencer, j’ai une question qui sera peut-être un peu difficile… La première chanson d’Origo s’intitule « Where The Wave Broke », est-ce une référence à la disparition du chanteur de Nasum, Mieszko Talarczyk, dans le Tsunami? Tu as fait partie de Nasum…

Jesper Liveröd (basse) : Oui, j’ai rejoint Nasum quelques années après avoir fondé Burst. C’est amusant au passage que tout le monde insiste sur cette filiation, car je n’ai pas rejoint Burst en venant de Nasum, c’est le contraire… Miezko était vraiment un ami proche et sa mort m’a dévasté. J’ai mis des mois à m’en remettre, j’ai fait une dépression grave dont je commence seulement à sortir. Tous les gens qui le connaissaient te diront à quel point c’était quelqu’un de bien. Mais Where The Wave Broke ne traite pas de sa mort… Linus (Jägerstog, chant) a écrit les paroles, et il n’était pas un proche de Miezko. Cette chanson traite donc de choses qui lui sont personnelles, et n’a pas de rapport avec cet évènement.

Cosmic Camel Clash : Une des caractéristiques de la musique de Burst est le nombre impressionnant d’influences qu’elle combine. Comment ce mélange est-il fait au sein du groupe?

Jesper Liveröd : Nous avons dépassé le stade où nous nous accusions d’aimer tel ou tel truc. Burst, c’est cinq personnes réellements différentes qui font de la musique ensemble. Nous n’avons pas la même façon de parler, nous n’avons pas le même caractère, nous n’avons pas la même façon de nous habiller… Nos identités individuelles sont très marquées. Jonas (Rydberg, guitare) aime des groupes que je déteste, et j’aime beaucoup de groupes qu’il déteste probablement! Personne n’essaye de forcer une influence particulière ou une autre: je ne peux pas essayer de faire une musique qui ne me plairait qu’à moi, ça clasherait avec eux. Mais quand nous nous rassemblons nous avons un dénominateur commun, la musique de Burst.

Cosmic Camel Clash : Burst est-il donc un groupe de compromis?

Jesper Liveröd : Tout à fait, très bonne observation. Le processus d’écriture des chansons est très intense, il se passe toujours beaucoup de choses en même temps. Nous sommes une démocratie au vrai sens du terme, et cela signifie faire des compromis. Mais il ne s’agit pas de créer quelque chose qui laisse une mauvaise impression à qui que ce soit mais quelque chose qui rend tout le monde heureux dans le groupe. Et c’est vraiment très dur parfois! Nous avons tellement de discussions, d’engueulades à ce sujet mais à la fin, après avoir traversé ce processus de discussion, ce qui ressort est le meilleur pour la chanson car tout le monde a eu son mot à dire. Nous n’avons pas de leader, tout le monde doit être d’accord sur tout.

Cosmic Camel Clash : Pour compenser le fait que nos lecteurs ne vous connaissent pas pour la plupart, pourrais-tu essayer d’étiqueter ou de décrire votre musique?

Jesper Liveröd : Mmmh... Je pourrais parler en clichés, mais il est vraiment dur de faire partie d’un groupe et de le décrire. En tout cas c’est une musique qui a vraiment beaucoup de sens pour nous. Elle prend sa source dans un impact émotionnel réel et puissant. Je ne dis pas ça dans un sens niais ou pour dire que nous faisons de l’émo, ce que je veux dire c’est que nous y mettons nos tripes. On a dit de nous que nous faisions du « Pink Floyd metal », personnellement je n’en sais rien… Il y a beaucoup de dynamiques différentes dans ce que nous faisons, nous travaillons énormément sur les contrastes, avec des parties très violentes et intenses. Nous essayons de faire de la musique intéressante.

Cosmic Camel Clash : Ce qui me mène à ma question suivante, je te la lis telle quelle: vous faites une musique très émotionnelle, basée sur des contrastes (sourire). Penses-tu que changer brutalement de registre est la seule façon d’exprimer l’émotion?

Jesper Liveröd : Je ne sais pas, et toute la magie de la musique est là. On ne sait pas réellement quels sont les ingrédients-clé d’un album, on ne peut que les ressentir de manière instinctive quoique je pense que les ingrédients-clés soient l’honnêteté et l’intégrité. Si un groupe est crédible et honnête, les gens le ressentent et le respectent. Ils peuvent déceler si un groupe est une copie carbone ou s'il essaye de faire de la musique pour plaire aux gens. Je ne pense pas que la musique ait besoin d’être exagérément technique ou torturée pour être chargée d’émotion. Il y a des chansons très simples qui expriment énormément de choses.

Cosmic Camel Clash : Parlons technique, justement… Votre musique peut être assez technique (en particulier la batterie) par moments et très simple à d’autres… Est-ce un processus conscient?

Jesper Liveröd : Il y a toujours beaucoup de discussions et d’idées lancées au sein du groupe à propos de ce que la musique peu être. Mais au final nous ne créons jamais notre musique en appliquant une théorie car tout finit toujours par devenir instinctif. Quand nous nous réunissons pour répéter, les chansons ont déjà une vie propre. Nous jammons et nous voyons ce qui se passe. Nous nous connaissons depuis si longtemps maintenant, nous connaissons les styles de chacun, donc nous savons ce qui relève de nos goûts communs et où une chanson est en train d’aller. Je ne pense pas que notre musique soit exagérément technique. Nous ne passons pas notre temps à essayer de nous impressionner les uns les autres avec nos intruments, même si nous sommes tous de bons musiciens. Ce qui nous intéresse, c’est la vibration, le flow. Pour la batterie, ce n’est pas que Patrick (Hultin, batterie) veuille nous impressionner, c’est juste que les parties qu’il crée sont celles qui correspondent le mieux aux chansons.

Cosmic Camel Clash : Certaines parties sont très pop, très douces, à part le chant hurlé de psychopathe qui ancre le tout dans le métal… Pensez-vous un jour séparer votre violence de votre côté mélodique, comme Opeth a pu le faire avec les albums Damnation et Deliverance?

Jesper Liveröd : Nous ne pourrions pas sortir deux albums comme Opeth l’a fait parce qu’ils l’ont fait, et nous serions alors des copieurs! Mais il doit y avoir d’autres manières de le faire… Toutes nos chansons ont cette dynamique, ces parties violentes enchaînées aux parties calmes, et séparer les composantes ne ferait pas un album de Burst. En tout cas il y a une idée qui revient souvent entre nous, c’est de tenter de faire quelque chose de totalement différent de Burst, toujours à nous cinq. Comme si le groupe entier devenait un side-project. Je n’ai aucune idée de ce à quoi ça ressemblerait…

Cosmic Camel Clash : Vous venez de Scandinavie, région qui a bouleversé la donne dans le métal avec le « death mélodique » d’In Flames et compagnie… Et vous débarquez aujourd’hui avec un style totalement hors-normes. D’après toi, qu’est-ce qui rend la musique scandinave si à part?

Jesper Liveröd : (rires) Je n’en sais rien. Je peux te redonner les explications habituelles: il est vrai qu’il fait nuit six mois par ans chez nous, ce qui influe forcément les gens. J’ai une théorie, à la rigueur… nous sommes un petit pays, avec peu de grandes villes mais énormément de groupes. Ca signifie un marché très restreint. Donc si tu veux percer et réussir à vendre suffisamment de disques, ce qui signifie toucher plus de la moitié de la population… Il faut donc absolument que tu te démarques. D’où, peut-être, une recherche constante de nouveauté. Il faut qu’un groupe ait une identité propre, c’est un impératif. Soyons clairs: il y aura toujours des groupes pour s’inspirer d’Iron Maiden, pour la bonne raison qu’Iron Maiden, ça tue! Mais s’ils ne parviennent pas à sonner comme autre chose qu’Iron Maiden, alors il y a un gros problème et en Scandinavie, ça pardonne encore moins qu’ailleurs.

Cosmic Camel Clash : Bon, pour finir, va-t-on vous voir en France?

Jesper Liveröd : Et bien j’espère, car ce pays est maudit pour nous (rires)! C’est incroyable, à chaque fois que nous avons voulu y jouer il s’est passé des trucs cinglés. Nous sommes tombés en panne, nous avons eu des accidents de la route. On nous a volé notre matériel la veille du show. Une autre fois le grand-père d’un membre du groupe est mort juste avant qu’on parte. Nous avons eu des tonnes de problèmes techniques, cassés des cordes… Nous n’avons jamais pu jouer correctement en France, c’est quand même fou! Donc je peux te dire que quand nous jouerons chez vous pour la tournée d’Origo nous serons remontés comme pas possible… Enfin, si on peut jouer!

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