Cosmic Camel Clash : Avant
de commencer, j’ai une question qui sera peut-être un peu
difficile… La première chanson d’Origo s’intitule « Where
The Wave Broke », est-ce une référence à la disparition
du chanteur de Nasum, Mieszko Talarczyk, dans le Tsunami? Tu as
fait partie de Nasum…
Jesper Liveröd (basse) : Oui,
j’ai rejoint Nasum quelques années après avoir fondé Burst.
C’est amusant au passage que tout le monde insiste sur cette
filiation, car je n’ai pas rejoint Burst en venant de Nasum,
c’est le contraire… Miezko était vraiment un ami proche et sa
mort m’a dévasté. J’ai mis des mois à m’en remettre,
j’ai fait une dépression grave dont je commence seulement à
sortir. Tous les gens qui le connaissaient te diront à quel point
c’était quelqu’un de bien. Mais Where The Wave Broke ne
traite pas de sa mort… Linus (Jägerstog, chant) a écrit
les paroles, et il n’était pas un proche de Miezko. Cette
chanson traite donc de choses qui lui sont personnelles, et n’a
pas de rapport avec cet évènement.
Cosmic Camel Clash : Une des
caractéristiques de la musique de Burst est le nombre
impressionnant d’influences qu’elle combine. Comment ce mélange
est-il fait au sein du groupe?
Jesper Liveröd
: Nous avons dépassé le
stade où nous nous accusions d’aimer tel ou tel truc. Burst,
c’est cinq personnes réellements différentes qui font de la
musique ensemble. Nous n’avons pas la même façon de parler,
nous n’avons pas le même caractère, nous n’avons pas la même
façon de nous habiller… Nos identités individuelles sont très
marquées. Jonas (Rydberg, guitare) aime des groupes
que je déteste, et j’aime beaucoup de groupes qu’il déteste
probablement! Personne n’essaye de forcer une influence
particulière ou une autre: je ne peux pas essayer de faire une
musique qui ne me plairait qu’à moi, ça clasherait avec eux.
Mais quand nous nous rassemblons nous avons un dénominateur
commun, la musique de Burst.
Cosmic Camel Clash : Burst
est-il donc un groupe de compromis?
Jesper Liveröd
: Tout à fait, très
bonne observation. Le processus d’écriture des chansons est très
intense, il se passe toujours beaucoup de choses en même temps.
Nous sommes une démocratie au vrai sens du terme, et cela
signifie faire des compromis. Mais il ne s’agit pas de créer
quelque chose qui laisse une mauvaise impression à qui que ce
soit mais quelque chose qui rend tout le monde heureux dans le
groupe. Et c’est vraiment très dur parfois! Nous avons
tellement de discussions, d’engueulades à ce sujet mais à la
fin, après avoir traversé ce processus de discussion, ce qui
ressort est le meilleur pour la chanson car tout le monde a eu son
mot à dire. Nous n’avons pas de leader, tout le monde doit être
d’accord sur tout.
Cosmic Camel Clash : Pour
compenser le fait que nos lecteurs ne vous connaissent pas pour la
plupart, pourrais-tu essayer d’étiqueter ou de décrire votre
musique?
Jesper Liveröd
: Mmmh... Je pourrais
parler en clichés, mais il est vraiment dur de faire partie
d’un groupe et de le décrire. En tout cas c’est une musique
qui a vraiment beaucoup de sens pour nous. Elle prend sa source
dans un impact émotionnel réel et puissant. Je ne dis pas ça
dans un sens niais ou pour dire que nous faisons de l’émo, ce
que je veux dire c’est que nous y mettons nos tripes. On a dit
de nous que nous faisions du « Pink Floyd metal »,
personnellement je n’en sais rien… Il y a beaucoup de
dynamiques différentes dans ce que nous faisons, nous travaillons
énormément sur les contrastes, avec des parties très violentes
et intenses. Nous essayons de faire de la musique intéressante.
Cosmic Camel Clash : Ce qui me
mène à ma question suivante, je te la lis telle quelle: vous
faites une musique très émotionnelle, basée sur des contrastes (sourire).
Penses-tu que changer brutalement de registre est la seule façon
d’exprimer l’émotion?
Jesper Liveröd
: Je ne sais pas, et toute
la magie de la musique est là. On ne sait pas réellement quels
sont les ingrédients-clé d’un album, on ne peut que les
ressentir de manière instinctive quoique je pense que les ingrédients-clés
soient l’honnêteté et l’intégrité. Si un groupe est crédible
et honnête, les gens le ressentent et le respectent. Ils peuvent
déceler si un groupe est une copie carbone ou s'il essaye de
faire de la musique pour plaire aux gens. Je ne pense pas que la
musique ait besoin d’être exagérément technique ou torturée
pour être chargée d’émotion. Il y a des chansons très
simples qui expriment énormément de choses.
Cosmic Camel Clash : Parlons
technique, justement… Votre musique peut être assez technique
(en particulier la batterie) par moments et très simple à
d’autres… Est-ce un processus conscient?
Jesper Liveröd
: Il y a toujours beaucoup
de discussions et d’idées lancées au sein du groupe à propos
de ce que la musique peu être. Mais au final nous ne créons
jamais notre musique en appliquant une théorie car tout finit
toujours par devenir instinctif. Quand nous nous réunissons pour
répéter, les chansons ont déjà une vie propre. Nous jammons et
nous voyons ce qui se passe. Nous nous connaissons depuis si
longtemps maintenant, nous connaissons les styles de chacun, donc
nous savons ce qui relève de nos goûts communs et où une
chanson est en train d’aller. Je ne pense pas que notre musique
soit exagérément technique. Nous ne passons pas notre temps à
essayer de nous impressionner les uns les autres avec nos
intruments, même si nous sommes tous de bons musiciens. Ce qui
nous intéresse, c’est la vibration, le flow. Pour la batterie,
ce n’est pas que Patrick (Hultin, batterie) veuille nous
impressionner, c’est juste que les parties qu’il crée sont
celles qui correspondent le mieux aux chansons.
Cosmic Camel Clash : Certaines
parties sont très pop, très douces, à part le chant hurlé de
psychopathe qui ancre le tout dans le métal… Pensez-vous un
jour séparer votre violence de votre côté mélodique, comme
Opeth a pu le faire avec les albums Damnation et Deliverance?
Jesper Liveröd
: Nous ne pourrions pas
sortir deux albums comme Opeth l’a fait parce qu’ils l’ont
fait, et nous serions alors des copieurs! Mais il doit y avoir
d’autres manières de le faire… Toutes nos chansons ont cette
dynamique, ces parties violentes enchaînées aux parties calmes,
et séparer les composantes ne ferait pas un album de Burst. En
tout cas il y a une idée qui revient souvent entre nous, c’est
de tenter de faire quelque chose de totalement différent de
Burst, toujours à nous cinq. Comme si le groupe entier devenait
un side-project. Je n’ai aucune idée de ce à quoi ça
ressemblerait…
Cosmic Camel Clash : Vous venez
de Scandinavie, région qui a bouleversé la donne dans le métal
avec le « death mélodique » d’In Flames et
compagnie… Et vous débarquez aujourd’hui avec un style
totalement hors-normes. D’après toi, qu’est-ce qui rend la
musique scandinave si à part?
Jesper Liveröd
: (rires) Je n’en sais rien. Je peux te
redonner les explications habituelles: il est vrai qu’il fait
nuit six mois par ans chez nous, ce qui influe forcément les
gens. J’ai une théorie, à la rigueur… nous sommes un petit
pays, avec peu de grandes villes mais énormément de groupes. Ca
signifie un marché très restreint. Donc si tu veux percer et réussir
à vendre suffisamment de disques, ce qui signifie toucher plus de
la moitié de la population… Il faut donc absolument que tu te démarques.
D’où, peut-être, une recherche constante de nouveauté. Il
faut qu’un groupe ait une identité propre, c’est un impératif.
Soyons clairs: il y aura toujours des groupes pour s’inspirer
d’Iron Maiden, pour la bonne raison qu’Iron Maiden, ça tue!
Mais s’ils ne parviennent pas à sonner comme autre chose
qu’Iron Maiden, alors il y a un gros problème et en
Scandinavie, ça pardonne encore moins qu’ailleurs.
Cosmic Camel Clash : Bon, pour
finir, va-t-on vous voir en France?
Jesper Liveröd
: Et bien j’espère, car
ce pays est maudit pour nous (rires)! C’est incroyable,
à chaque fois que nous avons voulu y jouer il s’est passé des
trucs cinglés. Nous sommes tombés en panne, nous avons eu des
accidents de la route. On nous a volé notre matériel la veille
du show. Une autre fois le grand-père d’un membre du groupe est
mort juste avant qu’on parte. Nous avons eu des tonnes de problèmes
techniques, cassés des cordes… Nous n’avons jamais pu jouer
correctement en France, c’est quand même fou! Donc je peux te
dire que quand nous jouerons chez vous pour la tournée d’Origo
nous serons remontés comme pas possible… Enfin, si on peut
jouer!
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