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BOLT THROWER
28 octobre 2005
  
JOURNALISTE :
Aliocha Klodovitch
  
INTERVIEW AVEC :
Gavin Ward
Guitariste
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Bolt Thrower est sur le point de nous livrer son nouvel son nouvel album, Those Once Loyal (cliquez pour lire la chronique), composé dans la plus pure tradition du style musical assez particulier du groupe. Au fond, une nouvelle interview de Bolt Thrower, c'est un peu comme un nouvel album album de Bolt Thrower: on connaît par cœur le contenu même avant de l'avoir entendue. Voyons quand même ce que le Gav a à nous dire.

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Aliocha Klodovitch : Cet album marque le retour de Karl (Willets, chanteur ayant enregistré le plus d'albums avec le groupe) au sein de Bolt Thrower. Lorsque vous avez su que Dave (Ingram) quitterait son poste, avez-vous directement contacté Karl, ou bien avez-vous essayé d'autres chanteurs entre-temps?

Gavin Ward (guitare) : Non, nous savions que Karl serait le remplaçant idéal. Il fait un peu partie de la famille, et quand Baz l'a appelé pour lui proposer de reprendre son poste, il a tout de suite accepté. Nous n'avions aucun doute quant à ses capacités, et comme il a achevé ses études (ndAK: c'était la cause de son départ après l'enregistrement de l'album Mercenary), nous nous doutions qu'il serait de nouveau disponible à plein temps.

Aliocha Klodovitch : Le retour de ce chanteur emblématique pour vous et vos fans ne vous a-t-il pas un peu mis la pression lors de l'enregistrement?

Gavin Ward : Non, bien au contraire! Karl sait parfaitement comment marche le groupe, et après s'être entraîné en réenregistrant les parties vocales de Honour Valour Pride, et il était fin prêt lorsque nous sommes entrés en studio pour Those Once Loyal. C'est sûr que les fans doivent beaucoup attendre de ce nouvel album, mais comme nous sommes un groupe qui prend son temps pour composer et enregistrer, nous ne ressentons aucune pression particulière. Un nouvel album de Bolt Thrower ne sort que quand le groupe entier a décidé que le résultat est impeccable, et nous ne laisserions sûrement pas notre maison de disques nous mettre la pression.

Aliocha Klodovitch : En parlant de maison de disques, c'est votre troisième album chez Metal Blade. Vous avez toujours déclaré, depuis que vous êtes chez eux, qu'ils assuraient la promotion et la distribution de manière satisfaisante. Est-ce encore le cas aujourd'hui?

Gavin Ward : Oui, nous n'avons pas vraiment à nous plaindre, Metal Blade dispose d'un personnel efficace qui comprend très bien les attentes du groupe et sa démarche. Bien entendu, je pense qu'aucun groupe ne peut être complètement satisfait de son label, il faut toujours batailler un peu pour obtenir ce que nous désirons et il y a d'inévitables frictions, mais nous sommes bien mieux traités que chez Earache.

Aliocha Klodovitch : J'ai chroniqué pas mal de disques de Metal Blade cette année, et parmi tous ces albums, il n'y en a que deux qui ont du "voice over" (ndAK: voix insérée dans les titres pour éviter les copies illégales) sur le CD promo: le dernier Six Feet Under, ainsi que Those Once Loyal. Avez-vous l'impression d'être un groupe important au sein du label, voire un groupe bankable?

Gavin Ward : "Bankable", je ne dirais pas, non. Je crois que nous ne faisons pas vraiment le type de musique qui pourrait être qualifiée de "bankable" (rires). C'est une étiquette que nous laissons bien volontiers au groupes plus commerciaux. Mais ce qui est sûr, c'est que nous sommes un de leurs groupes les plus importants, et nous avons certainement droit à certains traitements de faveur, même si je ne sais pas trop comment ça se passe pour les autres combos signés chez eux…

Aliocha Klodovitch : Vous avez toujours déclaré qu'il était très important pour vous de rester fidèles à votre style, de ne pas dévier de la direction que vous avez choisie, il y a maintenant plus de dix ans. Tu pourrais nous expliquer pourquoi?

Gavin Ward : Et bien, c'est assez simple en fait. Beaucoup de groupes pensent que le changement est nécessaire, qu'il faut évoluer, mais nous sommes à l'opposé de cette conception de la musique. Pour nous, le changement n'apporte rien de bon, c'est juste un prétexte pour faire des choses plus commerciales, plus racolleuses. Ces groupes perdent la plupart du temps leur esprit originel, cette force qui les animait et les poussait à faire de la musique. Bolt Thrower a ses propres valeurs et compte y rester fidèle jusqu'au bout, notre approche est très perfectionniste qui nous pousse à reprendre les mêmes ingrédients et à rendre le résultat encore meilleur.

Aliocha Klodovitch : Est-ce que tu es d'accord avec moi si je dis que cet album contient quelques-unes des chansons les plus brutales et rapides que Bolt Thrower a fait depuis bien longtemps?

Gavin Ward : C'est vrai qu'après The VIth Crusade, nous avons un peu laissé de côté les compos rapides pour nous concentrer sur des riffs pesants, sombres. À l'époque nous trouvions que la plupart des groupes de death metal essayaient d'aller de plus en plus vite, et ça sonnait souvent comme de la merde, ce qui explique ce changement. Maintenant, ce n'est pas vraiment un changement conscient, on ne s'est pas dit "on va faire des trucs plus rapides", on entre juste en studio pour répéter, et du moment que les riffs collent à l'esprit de Bolt Thrower, on les garde.

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Aliocha Klodovitch : Il y a un titre dont j'aimerais parler en particulier: The Killchain. Il commence avec une intro qui est l'un des gimmicks de Bolt Thrower, et qu'on retrouve sur des titres comme Cenotaph ou Powder Burns… Mais derrière, on a un riff presque surprenant, très groovy

Gavin Ward : C'est vrai que ce n'est pas vraiment le genre de riffs typiques pour Bolt Thrower, mais on a déjà pu entendre des riffs similaires par le passé, sur No Guts No Glory par exemple. Nous avons trouvé qu'il collait bien à la compo, et nous l'avons gardé. En ce qui concerne cette fameuse intro, on la retrouve, légèrement remaniée, sur tous les albums de Bolt Thrower, mis à part The VIth Crusade et Honour Valour Pride. C'est une manière pour nous de garder un lien avec nos précédentes réalisations, de marquer la continuité qui caractérise notre style. Quand nous donnons des concerts, nous enchaînons plusieurs de ces titres en un seul très long morceau.

Aliocha Klodovitch : Tu es l'un des paroliers du groupe, et après toutes ces années passées à faire des textes sur la guerre et rien que sur la guerre, tu n'as pas un peu peur d'être à court d'idées? Où vas-tu puiser ton inspiration?

Gavin Ward : En fait, depuis que Karl est de retour dans le groupe, c'est lui qui écrit de nouveau la majorité des paroles, et il s'en sort plutôt bien je trouve. En ce qui concerne mes propres sources, c'est un peu tout ce qui peut me tomber sous la main: des livres, des films, des reportages, l'actualité, des rencontres avec des militaires… De plus, beaucoup de nos paroles peuvent être des métaphores pour des choses qui n'ont pas de rapport direct avec la guerre: la volonté de se battre jusqu'au bout, le désespoir dans des situations qui semblent sans issue, ce genre de trucs… Donc quand j'ai une idée ayant trait à des choses plus "universelles", je me contente de la transposer dans un contexte guerrier. De plus, je pense que la guerre est un thème quasiment inépuisable, il y a encore tant de choses à dire sur le sujet…

Aliocha Klodovitch : J'ai récemment lu une interview de Jo (Bench, bassiste du groupe), et elle disait qu'elle aimerait beaucoup réenregistrer votre album Realm of Chaos avec un accordage moins grave car, je cite, "[ses] cordes étaient comme du spaghetti".

Gavin Ward : Oui, nous étions accordés particulièrement bas à l'époque, en La, et ce n'était pas forcément très pratique pour jouer. C'est vrai qu'il serait intéressant de donner à cet album une seconde vie avec un accordage en Do dièse (ndAK: accordage utilisé par Bolt Thrower à partir de Warmaster), mais surtout avec une production plus décente, car il contient vraiment quelques excellents morceaux. Mais bon, ce n'est pas prévu dans l'immédiat.

Aliocha Klodovitch : Toujours concernant Realm of Chaos: tu n'en as pas un peu marre, quinze ans après la sortie de cet album, des gens qui persistent à te demander: "Est-ce que vous comptez faire un nouvel album avec Games Workshop?" (ndAK: l'univers de Warhammer 40.000, jeu produit par la société Games Workshop, a servi de toile de fond à cet album. La couverture et l'artwork de l'album sont également l'œuvre de dessinateurs de GW).

Gavin Ward : (rires) C'est vrai que certains journalistes n'arrêtent pas de nous enquiquiner avec ça, c'est une question qui revient régulièrement, à croire que ces personnes n'ont jamais lu une de nos interviews. Ca fait même seize ans que ça dure, pour être plus précis. Il faut dire aussi que nous avons un peu contribué à relancer ce genre de questions avec la pochette de Honour Valour Pride, qui pouvait faire penser à l'univers de Warhammer. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles nous avons décidé d'opter pour un artwork complètement différent cette fois-ci.

Aliocha Klodovitch : Et est-ce que, par hasard, tu aurais entendu la dernière la dernière compilation de musique sortie par Games Workshop et dédiée à l'univers de Warhammer 40K?

Gavin Ward : Euh… Non, pas du tout, pourquoi?

Aliocha Klodovitch : Juste pour dire que tu as très bien fait, c'est de la techno hardcore minable.

Gavin Ward : Ca ne m'étonne pas tant que ça. A l'époque où nous avons collaboré avec eux, ils ont tenté de s'immiscer dans le processus de création, notamment en nous proposant des paroles complètement grotesques. Ils étaient en train de monter leur propre label, mais nous avons tenu à ce que le disque sorte chez Earache, car nous sentions que dans le cas contraire le résultat ne serait pas joli-joli. En plus, nous avons dû payer des droits d'auteurs faramineux pour les illustrations. En fait, nous n'aurions jamais collaboré avec eux si l'un de leurs dirigeants de l'époque n'avait pas été fan des Peel Sessions (ndAK: mythique émission de la radio BBC ayant enregistré des sessions avec nombre de groupes extrêmes britanniques, dont Napalm Death et Paradise Lost) grâce auxquelles il avait découvert notre groupe. J'ai eu l'occasion d'écouter deux ou trois groupes qu'ils ont signé après, je ne me souviens pas des noms mais par contre, je me souviens très bien que c'était de la merde! Donc ce que tu viens de dire me conforte dans mon opinion selon laquelle ces gars devraient éviter de faire autre chose que des jeux et des figurines (rires).

Aliocha Klodovitch : Bolt Thrower n'est pas vraiment le genre de groupe dont les membres s'amusent à avoir des tonnes de side-projects ou à jouer dans dix groupes à la fois. Est-ce que tu n'as jamais eu envie de…

Gavin Ward : (coupant court) C'est la règle de Bolt Thrower: aucun side-project, aucun autre groupe, rien de tout ça. Nous voulons que nos membres soient toujours pleinement disponibles et ne s'amusent pas à aller voir à droite et à gauche. Je considère Bolt Thrower comme une petite famille exigeant un peu de loyauté…

Aliocha Klodovitch : Une dernière question: Vous insistez toujours sur le fait que donner des concerts est très important pour vous, que c'est l'une des motivations principales du groupe. Comment se fait-il alors que la discographie du groupe ne comporte aucun album live?

Gavin Ward : Ce n'est pas tout à fait exact. L'édition limitée de …For Victory était vendue avec un deuxième CD nommé Live War. Mais c'est vrai que ce disque a plus de dix ans maintenant, et que nous aimerions bien en enregistrer un nouveau. Malheureusement, nous en avons parlé à notre maison de disques, et ils sont opposés à un tel projet pour l'instant, en tout cas il n'y a pas d'album live à part entière de prévu. Nous espérons compenser ça en mettant à disposition des fans des enregistrements live via notre site www.boltthrower.com.

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