Aliocha Klodovitch : Cet
album marque le retour de Karl (Willets, chanteur ayant
enregistré le plus d'albums avec le groupe) au sein de Bolt
Thrower. Lorsque vous avez su que Dave (Ingram) quitterait
son poste, avez-vous directement contacté Karl, ou bien avez-vous
essayé d'autres chanteurs entre-temps?
Gavin Ward (guitare) :
Non, nous savions que Karl serait le remplaçant idéal. Il fait
un peu partie de la famille, et quand Baz l'a appelé pour lui
proposer de reprendre son poste, il a tout de suite accepté. Nous
n'avions aucun doute quant à ses capacités, et comme il a achevé
ses études (ndAK: c'était la cause de son départ après
l'enregistrement de l'album Mercenary), nous nous doutions
qu'il serait de nouveau disponible à plein temps.
Aliocha Klodovitch : Le
retour de ce chanteur emblématique pour vous et vos fans ne vous
a-t-il pas un peu mis la pression lors de l'enregistrement?
Gavin Ward
: Non, bien au contraire!
Karl sait parfaitement comment marche le groupe, et après s'être
entraîné en réenregistrant les parties vocales de Honour Valour
Pride, et il était fin prêt lorsque nous sommes entrés en
studio pour Those Once Loyal. C'est sûr que les fans doivent
beaucoup attendre de ce nouvel album, mais comme nous sommes un
groupe qui prend son temps pour composer et enregistrer, nous ne
ressentons aucune pression particulière. Un nouvel album de Bolt
Thrower ne sort que quand le groupe entier a décidé que le résultat
est impeccable, et nous ne laisserions sûrement pas notre maison
de disques nous mettre la pression.
Aliocha Klodovitch : En
parlant de maison de disques, c'est votre troisième album chez
Metal Blade. Vous avez toujours déclaré, depuis que vous êtes
chez eux, qu'ils assuraient la promotion et la distribution de
manière satisfaisante. Est-ce encore le cas aujourd'hui?
Gavin Ward
: Oui, nous n'avons pas
vraiment à nous plaindre, Metal Blade dispose d'un personnel
efficace qui comprend très bien les attentes du groupe et sa démarche.
Bien entendu, je pense qu'aucun groupe ne peut être complètement
satisfait de son label, il faut toujours batailler un peu pour
obtenir ce que nous désirons et il y a d'inévitables frictions,
mais nous sommes bien mieux traités que chez Earache.
Aliocha Klodovitch : J'ai
chroniqué pas mal de disques de Metal Blade cette année, et
parmi tous ces albums, il n'y en a que deux qui ont du "voice
over" (ndAK: voix insérée dans les titres pour éviter les
copies illégales) sur le CD promo: le dernier Six Feet Under,
ainsi que Those Once Loyal. Avez-vous l'impression d'être un
groupe important au sein du label, voire un groupe bankable?
Gavin Ward
: "Bankable",
je ne dirais pas, non. Je crois que nous ne faisons pas vraiment
le type de musique qui pourrait être qualifiée de "bankable"
(rires). C'est une étiquette que nous laissons bien
volontiers au groupes plus commerciaux. Mais ce qui est sûr,
c'est que nous sommes un de leurs groupes les plus importants, et
nous avons certainement droit à certains traitements de faveur, même
si je ne sais pas trop comment ça se passe pour les autres combos
signés chez eux…
Aliocha Klodovitch : Vous
avez toujours déclaré qu'il était très important pour vous de
rester fidèles à votre style, de ne pas dévier de la direction
que vous avez choisie, il y a maintenant plus de dix ans. Tu
pourrais nous expliquer pourquoi?
Gavin Ward
: Et bien, c'est assez
simple en fait. Beaucoup de groupes pensent que le changement est
nécessaire, qu'il faut évoluer, mais nous sommes à l'opposé de
cette conception de la musique. Pour nous, le changement n'apporte
rien de bon, c'est juste un prétexte pour faire des choses plus
commerciales, plus racolleuses. Ces groupes perdent la plupart du
temps leur esprit originel, cette force qui les animait et les
poussait à faire de la musique. Bolt Thrower a ses propres
valeurs et compte y rester fidèle jusqu'au bout, notre approche
est très perfectionniste qui nous pousse à reprendre les mêmes
ingrédients et à rendre le résultat encore meilleur.
Aliocha Klodovitch : Est-ce
que tu es d'accord avec moi si je dis que cet album contient
quelques-unes des chansons les plus brutales et rapides que Bolt
Thrower a fait depuis bien longtemps?
Gavin Ward
: C'est vrai qu'après
The VIth Crusade, nous avons un peu laissé de côté les compos
rapides pour nous concentrer sur des riffs pesants, sombres. À l'époque
nous trouvions que la plupart des groupes de death metal
essayaient d'aller de plus en plus vite, et ça sonnait souvent
comme de la merde, ce qui explique ce changement. Maintenant, ce
n'est pas vraiment un changement conscient, on ne s'est pas dit "on
va faire des trucs plus rapides", on entre juste en
studio pour répéter, et du moment que les riffs collent à
l'esprit de Bolt Thrower, on les garde.
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Aliocha Klodovitch : Il y a
un titre dont j'aimerais parler en particulier: The Killchain. Il
commence avec une intro qui est l'un des gimmicks de Bolt Thrower,
et qu'on retrouve sur des titres comme Cenotaph ou Powder Burns…
Mais derrière, on a un riff presque surprenant, très groovy…
Gavin Ward
: C'est vrai que ce n'est
pas vraiment le genre de riffs typiques pour Bolt
Thrower, mais on a déjà pu entendre des riffs
similaires par le passé, sur No Guts No Glory par
exemple. Nous avons trouvé qu'il collait bien à la
compo, et nous l'avons gardé. En ce qui concerne
cette fameuse intro, on la retrouve, légèrement
remaniée, sur tous les albums de Bolt Thrower, mis
à part The VIth Crusade et Honour Valour Pride.
C'est une manière pour nous de garder un lien avec
nos précédentes réalisations, de marquer la
continuité qui caractérise notre style. Quand nous
donnons des concerts, nous enchaînons plusieurs de
ces titres en un seul très long morceau.
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Aliocha Klodovitch : Tu es
l'un des paroliers du groupe, et après toutes ces années passées
à faire des textes sur la guerre et rien que sur la guerre, tu
n'as pas un peu peur d'être à court d'idées? Où vas-tu puiser
ton inspiration?
Gavin Ward
: En fait, depuis que
Karl est de retour dans le groupe, c'est lui qui écrit de nouveau
la majorité des paroles, et il s'en sort plutôt bien je trouve.
En ce qui concerne mes propres sources, c'est un peu tout ce qui
peut me tomber sous la main: des livres, des films, des
reportages, l'actualité, des rencontres avec des militaires… De
plus, beaucoup de nos paroles peuvent être des métaphores pour
des choses qui n'ont pas de rapport direct avec la guerre: la
volonté de se battre jusqu'au bout, le désespoir dans des
situations qui semblent sans issue, ce genre de trucs… Donc
quand j'ai une idée ayant trait à des choses plus
"universelles", je me contente de la transposer dans un
contexte guerrier. De plus, je pense que la guerre est un thème
quasiment inépuisable, il y a encore tant de choses à dire sur
le sujet…
Aliocha Klodovitch : J'ai récemment
lu une interview de Jo (Bench, bassiste du groupe), et elle
disait qu'elle aimerait beaucoup réenregistrer votre album Realm
of Chaos avec un accordage moins grave car, je cite, "[ses]
cordes étaient comme du spaghetti".
Gavin Ward
: Oui, nous étions
accordés particulièrement bas à l'époque, en La, et ce n'était
pas forcément très pratique pour jouer. C'est vrai qu'il serait
intéressant de donner à cet album une seconde vie avec un
accordage en Do dièse (ndAK: accordage utilisé par Bolt
Thrower à partir de Warmaster), mais surtout avec une
production plus décente, car il contient vraiment quelques
excellents morceaux. Mais bon, ce n'est pas prévu dans l'immédiat.
Aliocha Klodovitch : Toujours
concernant Realm of Chaos: tu n'en as pas un peu marre, quinze ans
après la sortie de cet album, des gens qui persistent à te
demander: "Est-ce que vous comptez faire un nouvel album
avec Games Workshop?" (ndAK: l'univers de Warhammer 40.000,
jeu produit par la société Games Workshop, a servi de toile de
fond à cet album. La couverture et l'artwork de l'album sont également
l'œuvre de dessinateurs de GW).
Gavin Ward
: (rires) C'est
vrai que certains journalistes n'arrêtent pas de nous enquiquiner
avec ça, c'est une question qui revient régulièrement, à
croire que ces personnes n'ont jamais lu une de nos interviews. Ca
fait même seize ans que ça dure, pour être plus précis. Il
faut dire aussi que nous avons un peu contribué à relancer ce
genre de questions avec la pochette de Honour Valour Pride, qui
pouvait faire penser à l'univers de Warhammer. C'est d'ailleurs
une des raisons pour lesquelles nous avons décidé d'opter pour
un artwork complètement différent cette fois-ci.
Aliocha Klodovitch : Et
est-ce que, par hasard, tu aurais entendu la dernière la dernière
compilation de musique sortie par Games Workshop et dédiée à
l'univers de Warhammer 40K?
Gavin Ward
: Euh… Non, pas du
tout, pourquoi?
Aliocha Klodovitch : Juste
pour dire que tu as très bien fait, c'est de la techno hardcore
minable.
Gavin Ward
: Ca ne m'étonne pas
tant que ça. A l'époque où nous avons collaboré avec eux, ils
ont tenté de s'immiscer dans le processus de création, notamment
en nous proposant des paroles complètement grotesques. Ils étaient
en train de monter leur propre label, mais nous avons tenu à ce
que le disque sorte chez Earache, car nous sentions que dans le
cas contraire le résultat ne serait pas joli-joli. En plus, nous
avons dû payer des droits d'auteurs faramineux pour les
illustrations. En fait, nous n'aurions jamais collaboré avec eux
si l'un de leurs dirigeants de l'époque n'avait pas été fan des
Peel Sessions (ndAK: mythique émission de la radio BBC ayant
enregistré des sessions avec nombre de groupes extrêmes
britanniques, dont Napalm Death et Paradise Lost) grâce
auxquelles il avait découvert notre groupe. J'ai eu l'occasion d'écouter
deux ou trois groupes qu'ils ont signé après, je ne me souviens
pas des noms mais par contre, je me souviens très bien que c'était
de la merde! Donc ce que tu viens de dire me conforte dans mon
opinion selon laquelle ces gars devraient éviter de faire autre
chose que des jeux et des figurines (rires).
Aliocha Klodovitch : Bolt
Thrower n'est pas vraiment le genre de groupe dont les membres
s'amusent à avoir des tonnes de side-projects ou à jouer dans
dix groupes à la fois. Est-ce que tu n'as jamais eu envie de…
Gavin Ward
: (coupant court)
C'est la règle de Bolt Thrower: aucun side-project, aucun
autre groupe, rien de tout ça. Nous voulons que nos membres
soient toujours pleinement disponibles et ne s'amusent pas à
aller voir à droite et à gauche. Je considère Bolt Thrower
comme une petite famille exigeant un peu de loyauté…
Aliocha Klodovitch : Une
dernière question: Vous insistez toujours sur le fait que donner
des concerts est très important pour vous, que c'est l'une des
motivations principales du groupe. Comment se fait-il alors que la
discographie du groupe ne comporte aucun album live?
Gavin Ward
: Ce n'est pas tout à
fait exact. L'édition limitée de …For Victory était vendue
avec un deuxième CD nommé Live War. Mais c'est vrai que ce
disque a plus de dix ans maintenant, et que nous aimerions bien en
enregistrer un nouveau. Malheureusement, nous en avons parlé à
notre maison de disques, et ils sont opposés à un tel projet
pour l'instant, en tout cas il n'y a pas d'album live à part entière
de prévu. Nous espérons compenser ça en mettant à disposition
des fans des enregistrements live via notre site www.boltthrower.com.
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