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BLIND GUARDIAN
Août 2006
  
JOURNALISTE :
Lord Henry
  
INTERVIEW AVEC :
Marcus Siepen
Guitariste
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Quelques mois après la sortie du single Fly, Blind Guardian nous réaccorde une interview. Mais cette fois, c'est l'album qu'il s'agit de promouvoir ; ce fameux A Twist In The Myth (cliquez ici pour lire la chronique) qui suscite déjà autant d'éloges que de déceptions. A contre-pied de A Night At The Opera, les Allemands de Krefeld vont là où on ne les attend pas forcément, revenant de façon générale vers le power-metal très mélodique qui a fait leur réputation. Peut-on pour autant parler de retour aux sources ? Marcus Siepen, guitariste rythmique, n'en est pas sûr. Fier et satisfait de son nouveau bébé, il nous livre ses sentiments et explique sa vision de cette évolution "naturelle" du groupe.

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Lord Henry : A Twist In The Myth apparaît comme une réponse à ceux qui craignaient voir s'engager Blind Guardian dans une voie trop complexe et alambiquée. Crois-tu que A Night At The Opera était trop difficile d'accès pour le public ?

Marcus Siepen (guitare) : Je ne dirais pas qu'il était "trop" complexe. Comparativement à nos albums précédents et à A Twist In The Myth, effectivement, A Night At The Opera est un aparté, un disque que nous avons fignolé pendant de nombreux mois et qui s'est révélé être le moins direct de notre discographie. C'est ce que nous voulions faire à l'époque : explorer cette voie au maximum, multipler les pistes de chant, de guitare, etc. Faire toujours "plus". "Plus", mais pas "trop". L'aboutissement par excellence en est la chanson "And Then There Was Silence", bien sûr. Pour le nouvel album, nous n'avons pas souhaité réiterer l'expérience ; cela nous paraissait inutile. C'est donc naturellement que les chansons ont bifurqué vers des structures plus simples... Cela dit, nous avons toujours privilégié une approche de la composition qui consiste à inclure des éléments accrocheurs, des gimmicks auxquels se rattacher de façon immédiate, dès la première écoute. Cet aspect n'est pas nouveau. Mais je vois déjà, par ci par là, des commentaires de gens qui se plaignent de la courté des titres...

Lord Henry : Difficile de contenter tout le monde, alors ?

Marcus Siepen : TRES difficile. A la sortie de chacun de nos derniers albums, nous nous sommes confrontés au même problème. Quand A Night At The Opera est sorti, on nous a reproché de ne pas avoir fait un Nightfall n°2. Maintenant que nous revenons à quelque chose de plus typique, on nous réclame un autre "Silence"... Dans le lot, certains voudraient aussi nous voir revenir à Somewhere Far Beyond et Tales From The Twilight World... Moralité : il est impossible de satisfaire tout le monde. Il y aura toujours quelqu'un pour se plaindre. C'est pourquoi nous composons et jouons, en premier lieu, pour nous amuser et nous faire plaisir. Nous espérons bien sûr que les fans nous suivront ! Mais si nous tentions de suivre uniquement l'avis des gens, le résultat serait illogique en plus d'être difficile. En gros, à chaque album, la démarche est la suivante : "cette fois, nous vous proposons ça. Nous suivrez-vous ?"

Lord Henry : Des titres comme "Fly" et "Another Stranger Me" montrent aussi que Blind Guardian poursuit sa quête d'innovations. Quel aspect préfères-tu personnellement ? Le Blind Guardian traditionnel ou le Blind Guardian nouveau ?

Marcus Siepen : Les deux, car notre musique est composée de ces deux aspects indissociables. J'adore "Fly" et l'apport des nouveaux éléments, mais Blind Guardian perdrait son identité si nous oubliions les fondements de notre musique. C'est notre enjeu actuellement : concilier ces deux parties d'un seul et même bloc, et montrer au grand jour comment nous envisageons l'avenir du groupe. Car nous ne voulons pas, et en particulier après un disque comme A Night At The Opera, nous contenter de repiocher dans nos anciennes idées. Tout est dans le compromis, et je dois avouer que la mixture que nous avons préparée avec A Twist In The Myth me paraît idéale.

Lord Henry : Nous arrivons au passage obligé, le track by track. Quels sont tes sentiments à l’égard de « This Will Never End » ?

Marcus Siepen : J’adore l’agressivité délivrée par cette chanson. Rarement ma guitare a sonné si brut. Le contraste créé avec le refrain mélodique est saisissant. Sa rapidité en fait un ouvreur parfait pour l’album. L’un des meilleurs titres à coup sûr !

Lord Henry : « Otherland » ?

Marcus Siepen : C’est l’archétype du titre typique pour nous. Les arrangements et les harmonies de guitare sonnent immanquablement Blind Guardian. Voilà qui devrait rasséréner les craintes de ceux qui nous voyaient déjà abandonner le power-metal !

Lord Henry : Même chose pour « Turn The Page ».

Marcus Siepen : Même chose, avec toutefois pour cette chanson un côté folk beaucoup plus prononcé. « Battlefield » était déjà du même acabit. Les fans devraient aimer ce morceau.

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Lord Henry : « Fly », le single.

Marcus Siepen : C’est évidemment la chanson qui représente le mieux notre volonté d’instaurer de la nouveauté dans notre musique. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous l’avons choisie comme single. Nous souhaitions montrer avant la sortie de l’album que notre objectif n’est pas de nous répéter indéfiniment. Idem pour « Another Stranger Me ». Personnellement je l’aime beaucoup.

Lord Henry : On arrive à « Carry The Blessed Home ».

Marcus Siepen : Il s’agit d’une ballade assez peu conventionnelle pour Blind Guardian, à la différence de « Skalds And Shadows ». Nous l’avons composée instinctivement, sans chercher à correspondre à tel ou tel canon. Le résultat est intéressant. L’esprit de cette chanson me rappelle Queen.

Lord Henry : C’est pour ce genre de titre que la production joue un rôle important, semble-t-il.

Marcus Siepen : Au niveau de la production, nous avons identifié chacun des morceaux, un par un, afin de lui adapter la meilleure mise en son possible. Nous cherchions à faire en sorte qu’aucune des chansons ne ressemble à une autre. Pour « Carry The Blessed Home », les claviers sont abondants, c’est à ce niveau que Charlie (NDLH : Bauerfeind, producteur) a fait un boulot déterminant.

Lord Henry : « Another Stranger Me » ?

Marcus Siepen : Tout comme Fly, ce titre est très heavy, et possède un son très moderne. Il est particulièrement heavy. Il retranscrit fidèlement ce qu’est Blind Guardian en 2006. Le choix de son positionnement au sein du disque a été étudié consciencieusement. L’alternance avec les chansons plus classiques est fondamentale pour la teneur de l’album.

Lord Henry : Il est curieux de constater que l’innovation d’A Twist In The Myth consiste à revenir plus directement vers une base rock n’roll.

Marcus Siepen : Oui, c’est peut-être l’influence des groupes des années 1970, que nous apprécions tous dans le groupe, qui apparaît d’un coup. C’est un morceau très fun ! J’ai hâte d’entendre la réaction des fans.

Lord Henry : « Straight Through The Mirror ».

Marcus Siepen : Derrière Another Stranger Me, il fallait une chanson comme celle-là, l’une des plus classiques de l’album. Elle aurait très bien pu figurer sur Nightfall In Middle-Earth. Les churs et les mélodies sont très typiques. Du Blind Guardian pur jus !

Lord Henry : C’est ensuite Lionheart...

Marcus Siepen : Lionheart nous fait revenir au nouveau Blind Guardian. Il y a sur ce morceau un côté agressif, moderne, presque nu-metal, qui me plaît beaucoup ! Le chant, lui, est plus traditionnel. L’une de mes chansons préférées.

Lord Henry : La ballade « Skalds And Shadows », que l’on découvre en version orchestrale.

Marcus Siepen : C’est la ballade hyper-classique, comme je l’ai dit plus haut, dans la lignée de « The Bard’s Song » et de « A Past And Future Secret ». Les arrangements, en comparaison du single, accentuent encore davantage son côté médiéval. C’est une très jolie chanson.

Lord Henry : « The Edge » ?

Marcus Siepen : Un titre novateur. Frederik (NDLH : Ehmke, le nouveau batteur) joue comme un damné ! La batterie possède un son ultra-heavy, et nous inscrit tout comme « Lionheart » dans la modernité. « The Edge » relance l’album, sur la fin, après la ballade. Nous misons beaucoup sur cette chanson.

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Lord Henry : Enfin, « The New Order »

Marcus Siepen : De retour au Blind Guardian traditionnel (rires)! Il y a sur « The New Order », et en particulier dans la façon dont sonnent les guitares, un aspect mélancolique. Mais c’est une chanson heavy et je trouve qu’elle conclut l’album de fort belle manière, dans une tonalité originale.

Lord Henry : Quel est pour l’instant ton titre préféré ?

Marcus Siepen : « This Will Never End », mais ça a tendance à changer tout le temps ! Tout dépend de l’humeur du jour en fait...

Lord Henry : Quelles sont les chansons que vous jouerez en concert ?

Marcus Siepen : Pour les gigs de chauffe, avant la sortie de l’album, nous jouerons uniquement « Fly » et « Skalds And Shadows », que le public connaît déjà. Ensuite, nous n’avons pas encore décidé. Nous savons seulement que nous interpréterons quatre ou cinq extraits d’A Twist In The Myth. Je ne peux pas te dire lesquels pour l’instant.

Lord Henry : Une rumeur fait courir le bruit que les vieux titres comme « Valhalla » ou « Majesty » disparaîtront de la setlist. Est-ce vrai ?

Marcus Siepen : Surtout pas ! Les fans nous crucifieraient (rires) ! Ces chansons font partie de l’histoire du groupe, ce sont des classiques, et nous ne pouvons nous permettre de les évincer, quand bien même il y a un nouveau disque à promouvoir ! Ce qui est vrai en revanche, c’est que la représentativité de chaque album ne sera plus forcément assurée pour un concert de deux heures… C’est très court en réalité ! Plus tu sors d’albums, plus tu as de possibilités de modifications de la set-list. Nous ne pourrons pas jouer toutes les chansons que chacun attend. Le compromis entre classiques et nouveau matériel est remis en question à chaque disque. C’est assez difficile de faire un concert qui puisse satisfaire tout le monde.

Lord Henry : Quelques questions sur ton parcours maintenant. Quand as-tu commencé à jouer de la guitare ? Quelles ont été tes influences majeures ?

Marcus Siepen : J’avais à peu près onze ans, quand mes parents ont commencé à me payer les cours. Ils m’ont demandé de quel instrument je voulais jouer, j’ai immédiatement choisi la guitare. Pendant cinq ans, j’ai joué exclusivement sur des guitares classiques et acoustiques, mais l’envie de balancer des gros riffs est devenue la plus forte ! J’ai commencé à écouter du metal à la même période, ceci explique sûrement cela. Quant à mes influences, elles sont très classiques : Iron Maiden, Black Sabbath...

Lord Henry : Pourquoi as-tu choisi d’être guitariste rythmique, et de laisser la grande majorité des soli à André Olbrich ?

Marcus Siepen : Je ne me l’explique pas vraiment. J’ai toujours préféré cette position de guitariste rythmique, et ce même dès que j’ai commencé à jouer. Il m’arrive de jouer des leads, seul ou à l’unisson avec André… Mais lui se sent plus à l’aise en solo. Nous sommes donc très complémentaires (rires) ! Notre collaboration en est d’autant plus agréable. Il n’y a donc pas vraiment de raison particulière à cela, mais ça fonctionne bien, c’est l’essentiel.

Lord Henry : As-tu jamais songé à t’exprimer dans un side-project tout comme Hansi avec Demons & Wizards ?

Marcus Siepen : Non, il n’y a rien de prévu de ce côté. Peut-être que ça m’arrivera cela dit ; je ne ferme aucune porte. Je pense que si je compose un jour des chansons qui, pour une raison ou une autre, ne correspondent pas à Blind Guardian, je les garderai sous le coude pour un éventuel groupe parallèle. Jusqu’à maintenant, cela ne s’est jamais produit. Il est inutile de chercher à monter un side-project si c’est pour y jouer du Blind Guardian. Donc non, pas pour l’instant, mais personne ne sait de quoi l’avenir est fait.

Lord Henry : Merci pour nous avoir accordé de ton temps une deuxième fois. Le dernier mot est pour toi.

Marcus Siepen : J’espère vivement revoir notre public français quand nous irons chez vous, en fin d’année. Avant cela, j’espère surtout qu’A Twist In The Myth vous plaira !

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