Lord Henry
: A Twist In The Myth apparaît comme une réponse à ceux qui
craignaient voir s'engager Blind Guardian dans une voie trop
complexe et alambiquée. Crois-tu que A Night At The Opera était
trop difficile d'accès pour le public ?
Marcus Siepen
(guitare) : Je ne dirais pas qu'il était "trop"
complexe. Comparativement à nos albums précédents et à A Twist
In The Myth, effectivement, A Night At The Opera est un aparté,
un disque que nous avons fignolé pendant de nombreux mois et qui
s'est révélé être le moins direct de notre discographie. C'est
ce que nous voulions faire à l'époque : explorer cette voie au
maximum, multipler les pistes de chant, de guitare, etc. Faire
toujours "plus". "Plus", mais pas
"trop". L'aboutissement par excellence en est la chanson
"And Then There Was Silence", bien sûr. Pour le nouvel
album, nous n'avons pas souhaité réiterer l'expérience ; cela
nous paraissait inutile. C'est donc naturellement que les chansons
ont bifurqué vers des structures plus simples... Cela dit, nous
avons toujours privilégié une approche de la composition qui
consiste à inclure des éléments accrocheurs, des gimmicks
auxquels se rattacher de façon immédiate, dès la première écoute.
Cet aspect n'est pas nouveau. Mais je vois déjà, par ci par là,
des commentaires de gens qui se plaignent de la courté des
titres...
Lord Henry :
Difficile de contenter tout le monde, alors ?
Marcus
Siepen
: TRES difficile. A la sortie de chacun de nos derniers
albums, nous nous sommes confrontés au même problème. Quand A
Night At The Opera est sorti, on nous a reproché de ne pas avoir
fait un Nightfall n°2. Maintenant que nous revenons à quelque
chose de plus typique, on nous réclame un autre
"Silence"... Dans le lot, certains voudraient aussi nous
voir revenir à Somewhere Far Beyond et Tales From The Twilight
World... Moralité : il est impossible de satisfaire tout le
monde. Il y aura toujours quelqu'un pour se plaindre. C'est
pourquoi nous composons et jouons, en premier lieu, pour nous
amuser et nous faire plaisir. Nous espérons bien sûr que les
fans nous suivront ! Mais si nous tentions de suivre uniquement
l'avis des gens, le résultat serait illogique en plus d'être
difficile. En gros, à chaque album, la démarche est la suivante
: "cette fois, nous vous proposons ça. Nous suivrez-vous
?"
Lord Henry :
Des titres comme "Fly" et "Another Stranger
Me" montrent aussi que Blind Guardian poursuit sa quête
d'innovations. Quel aspect préfères-tu personnellement ? Le
Blind Guardian traditionnel ou le Blind Guardian nouveau ?
Marcus
Siepen
: Les deux, car notre musique est composée de ces deux
aspects indissociables. J'adore "Fly" et l'apport des
nouveaux éléments, mais Blind Guardian perdrait son identité si
nous oubliions les fondements de notre musique. C'est notre enjeu
actuellement : concilier ces deux parties d'un seul et même bloc,
et montrer au grand jour comment nous envisageons l'avenir du
groupe. Car nous ne voulons pas, et en particulier après un
disque comme A Night At The Opera, nous contenter de repiocher
dans nos anciennes idées. Tout est dans le compromis, et je dois
avouer que la mixture que nous avons préparée avec A Twist In
The Myth me paraît idéale.
Lord Henry :
Nous arrivons au passage obligé, le track by track. Quels sont
tes sentiments à l’égard de « This Will Never End » ?
Marcus
Siepen
: J’adore l’agressivité délivrée par cette chanson.
Rarement ma guitare a sonné si brut. Le contraste créé avec le
refrain mélodique est saisissant. Sa rapidité en fait un ouvreur
parfait pour l’album. L’un des meilleurs titres à coup sûr !
Lord Henry :
« Otherland » ?
Marcus
Siepen
: C’est l’archétype du titre typique pour nous. Les
arrangements et les harmonies de guitare sonnent immanquablement
Blind Guardian. Voilà qui devrait rasséréner les craintes de
ceux qui nous voyaient déjà abandonner le power-metal !
Lord Henry :
Même chose pour « Turn The Page ».
Marcus
Siepen
: Même chose, avec toutefois pour cette chanson un côté
folk beaucoup plus prononcé. « Battlefield » était déjà
du même acabit. Les fans devraient aimer ce morceau.
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Lord Henry :
« Fly », le single.
Marcus
Siepen
: C’est évidemment la chanson qui représente le mieux
notre volonté d’instaurer de la nouveauté dans notre musique.
C’est d’ailleurs pour cette raison que nous l’avons choisie
comme single. Nous souhaitions montrer avant la sortie de
l’album que notre objectif n’est pas de nous répéter
indéfiniment. Idem pour « Another Stranger Me ».
Personnellement je l’aime beaucoup.
Lord Henry
: On arrive à « Carry The Blessed Home ».
Marcus
Siepen
: Il s’agit d’une ballade assez peu conventionnelle pour
Blind Guardian, à la différence de « Skalds And Shadows ».
Nous l’avons composée instinctivement, sans chercher à
correspondre à tel ou tel canon. Le résultat est intéressant.
L’esprit de cette chanson me rappelle Queen.
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Lord Henry
: C’est pour ce genre de titre que la production joue un rôle
important, semble-t-il.
Marcus
Siepen
: Au niveau de la production, nous avons identifié chacun des
morceaux, un par un, afin de lui adapter la meilleure mise en son
possible. Nous cherchions à faire en sorte qu’aucune des
chansons ne ressemble à une autre. Pour « Carry The Blessed
Home », les claviers sont abondants, c’est à ce niveau
que Charlie (NDLH : Bauerfeind, producteur) a fait un
boulot déterminant.
Lord Henry :
« Another Stranger Me » ?
Marcus
Siepen
: Tout comme Fly, ce titre est très heavy, et possède un son
très moderne. Il est particulièrement heavy. Il retranscrit fidèlement
ce qu’est Blind Guardian en 2006. Le choix de son positionnement
au sein du disque a été étudié consciencieusement.
L’alternance avec les chansons plus classiques est fondamentale
pour la teneur de l’album.
Lord Henry :
Il est curieux de constater que l’innovation d’A Twist In The
Myth consiste à revenir plus directement vers une base rock
n’roll.
Marcus
Siepen
: Oui, c’est peut-être l’influence des groupes des années
1970, que nous apprécions tous dans le groupe, qui apparaît
d’un coup. C’est un morceau très fun ! J’ai hâte
d’entendre la réaction des fans.
Lord Henry :
« Straight Through The Mirror ».
Marcus
Siepen
: Derrière Another Stranger Me, il fallait une chanson comme
celle-là, l’une des plus classiques de l’album. Elle aurait
très bien pu figurer sur Nightfall In Middle-Earth. Les churs et
les mélodies sont très typiques. Du Blind Guardian pur jus !
Lord Henry :
C’est ensuite Lionheart...
Marcus
Siepen
: Lionheart nous fait revenir au nouveau Blind Guardian. Il y
a sur ce morceau un côté agressif, moderne, presque nu-metal,
qui me plaît beaucoup ! Le chant, lui, est plus
traditionnel. L’une de mes chansons préférées.
Lord Henry :
La ballade « Skalds And Shadows », que l’on découvre
en version orchestrale.
Marcus
Siepen
: C’est la ballade hyper-classique, comme je l’ai dit plus
haut, dans la lignée de « The Bard’s Song » et de
« A Past And Future Secret ». Les arrangements, en
comparaison du single, accentuent encore davantage son côté médiéval.
C’est une très jolie chanson.
Lord Henry :
« The Edge » ?
Marcus
Siepen
: Un titre novateur. Frederik (NDLH : Ehmke, le
nouveau batteur) joue comme un damné ! La batterie possède
un son ultra-heavy, et nous inscrit tout comme « Lionheart »
dans la modernité. « The Edge » relance l’album,
sur la fin, après la ballade. Nous misons beaucoup sur cette
chanson.
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Lord Henry :
Enfin, « The New Order »
Marcus
Siepen
: De retour au Blind Guardian traditionnel (rires)! Il y a sur
« The New Order », et en particulier dans la façon
dont sonnent les guitares, un aspect mélancolique. Mais c’est
une chanson heavy et je trouve qu’elle conclut l’album de fort
belle manière, dans une tonalité originale.
Lord Henry :
Quel est pour l’instant ton titre préféré ?
Marcus
Siepen
: « This Will Never End », mais ça a tendance à
changer tout le temps ! Tout dépend de l’humeur du jour en
fait...
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Lord Henry :
Quelles sont les chansons que vous jouerez en concert ?
Marcus
Siepen
: Pour les gigs de chauffe, avant la sortie de l’album, nous
jouerons uniquement « Fly » et « Skalds And
Shadows », que le public connaît déjà. Ensuite, nous
n’avons pas encore décidé. Nous savons seulement que nous
interpréterons quatre ou cinq extraits d’A Twist In The Myth.
Je ne peux pas te dire lesquels pour l’instant.
Lord Henry :
Une rumeur fait courir le bruit que les vieux titres comme
« Valhalla » ou « Majesty » disparaîtront
de la setlist. Est-ce vrai ?
Marcus
Siepen
: Surtout pas ! Les fans nous crucifieraient
(rires) ! Ces chansons font partie de l’histoire du groupe, ce
sont des classiques, et nous ne pouvons nous permettre de les évincer,
quand bien même il y a un nouveau disque à promouvoir ! Ce
qui est vrai en revanche, c’est que la représentativité de
chaque album ne sera plus forcément assurée pour un concert de
deux heures… C’est très court en réalité ! Plus tu sors
d’albums, plus tu as de possibilités de modifications de la
set-list. Nous ne pourrons pas jouer toutes les chansons que
chacun attend. Le compromis entre classiques et nouveau matériel
est remis en question à chaque disque. C’est assez difficile de
faire un concert qui puisse satisfaire tout le monde.
Lord Henry :
Quelques questions sur ton parcours maintenant. Quand as-tu
commencé à jouer de la guitare ? Quelles ont été tes
influences majeures ?
Marcus
Siepen
: J’avais à peu près onze ans, quand mes parents ont
commencé à me payer les cours. Ils m’ont demandé de quel
instrument je voulais jouer, j’ai immédiatement choisi la
guitare. Pendant cinq ans, j’ai joué exclusivement sur des
guitares classiques et acoustiques, mais l’envie de balancer des
gros riffs est devenue la plus forte ! J’ai commencé à écouter
du metal à la même période, ceci explique sûrement cela. Quant
à mes influences, elles sont très classiques : Iron Maiden,
Black Sabbath...
Lord Henry :
Pourquoi as-tu choisi d’être guitariste rythmique, et de
laisser la grande majorité des soli à André Olbrich ?
Marcus
Siepen
: Je ne me l’explique pas vraiment. J’ai toujours préféré
cette position de guitariste rythmique, et ce même dès que
j’ai commencé à jouer. Il m’arrive de jouer des leads, seul
ou à l’unisson avec André… Mais lui se sent plus à l’aise
en solo. Nous sommes donc très complémentaires (rires) ! Notre
collaboration en est d’autant plus agréable. Il n’y a
donc pas vraiment de raison particulière à cela, mais ça
fonctionne bien, c’est l’essentiel.
Lord Henry :
As-tu jamais songé à t’exprimer dans un side-project tout
comme Hansi avec Demons & Wizards ?
Marcus
Siepen
: Non, il n’y a rien de prévu de ce côté. Peut-être que
ça m’arrivera cela dit ; je ne ferme aucune porte. Je
pense que si je compose un jour des chansons qui, pour une raison
ou une autre, ne correspondent pas à Blind Guardian, je les
garderai sous le coude pour un éventuel groupe parallèle.
Jusqu’à maintenant, cela ne s’est jamais produit. Il est
inutile de chercher à monter un side-project si c’est pour y
jouer du Blind Guardian. Donc non, pas pour l’instant, mais
personne ne sait de quoi l’avenir est fait.
Lord Henry :
Merci pour nous avoir accordé de ton temps une deuxième fois. Le
dernier mot est pour toi.
Marcus
Siepen
: J’espère vivement revoir notre public français quand
nous irons chez vous, en fin d’année. Avant cela, j’espère
surtout qu’A Twist In The Myth vous plaira !
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