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BLIND GUARDIAN
Mai 2006
  
JOURNALISTE :
Aliocha Klodovitch
  
INTERVIEW AVEC :
André Olbrich
Guitariste
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Mardi 23 mai 2006, la communauté metal se remettait à peine des résultats du concours de l'Eurovision de la chanson et des commentaires désobligeants du gendre idéal des Français, et était tout absorbée par la rédaction des lettres d'indignation collectives et des débats portant sur des questions cruciales comme "l'émasculation est-elle un châtiment à la hauteur de l'affront infligé par Drucker ?" Essayant de s'abstraire de tout ce remue-ménage, une poignée de webzineurs investit la cave d'un petit bar parisien pour avoir la réponse à une question non moins capitale : "A Twist In The Myth, nouvel album de Blind Guardian, sera-t-il à la hauteur des précédentes réalisations du groupe ?"

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Et bien malheureusement, on est un peu obligé de répondre par la négative après cette première écoute. Avant que les fans hardcore du groupe n'assiègent La Terre Des Immortels avec fourches et trébuchets, enfonçons quelques portes ouvertes, juste pour être sûr : oui, ce n'est qu'un avis "sur le chaud", après une seule écoute réalisée dans des conditions pas forcément idéales (qualité du son moyenne, pinte de bière dans le bide, en face de moi un -the lord en train de faire des grimaces, plus la prise de notes qui empêche de s'immerger à 100% dans la musique). Mais le fait est que la première pensée qui vient à l'esprit, c'est "quatre ans... pour ça ?"

Ce long délai entre les albums, devenu traditionnel pour Blind Guardian depuis Somewhere Far Beyond, André Olbrich l'explique dans l'entretien qu'il nous a accordé après l'écoute : « Après la sortie de A Night At The Opera, nous sommes partis pour une tournée qui a duré dix-huit mois. Nous n'écrivons pas durant les tournées, car c'est trop dur de se concentrer et d'avoir de bonnes idées, donc nous avons commencé le songwriting après la fin de la tournée. Ensuite, nous avons enregistré un album live, et surtout nous avons produit le DVD, ce qui a demandé un travail inimaginable. C'était la première fois que nous le faisions, et nous voulions avoir un DVD parfait, donc nous avons été très impliqués dans le processus, qui a pris presque six mois. Finalement nous avons passé presque un an et demi à écrire puis peaufiner les chansons, et enfin six mois sur la production. »

This Will Never End ouvre l'album d'une manière qui laissait augurer le meilleur pour ce qui était annoncé comme une sorte de retour aux sources. Le titre démarre sur les chapeaux de roue, à grands renforts de double grosse caisse et de chant très haut perché, avec des arrangements qui semblent considérablement allégés par rapport à Nightfall In Middle Earth et A Night at the Opera. Selon André « A Night at the Opera était le point d'orgue de Blind Guardian dans le style épique, en particulier le morceau And Then There Was Silence. Et à partir du moment où nous pensons que c'est parfait, nous ne savons plus trop quelle direction prendre. Nous avons eu le même problème avec les autres genres auxquels nous avons touché. Au début des années 90, c'était le speed metal, et après Somewhere Far Beyond, nous nous sommes dit que c'était ce que nous pouvions faire de mieux en la matière, donc pourquoi essayer de refaire un autre album de speed metal, qui ne serait qu'une copie mais avec des mélodies différentes ? »

 

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Otherland est également assez représentatif de cette tendance, mais son introduction aux accents orientaux et son refrain majestueux ne rendent pas le titre surprenant pour autant. Oui, c'est du Blind Guardian reconnaissable entre mille, mais on a comme l'impression que l'inspiration n'est plus au même niveau qu'avant. Cette impression est confirmée par Turn The Page, aux ambiances plus celtiques cette fois-ci, mais se perdant dans des structures trop confuses et une surenchère de grandiloquence.

Le Blind Guardian nouveau ne débarque réellement que sur Fly, le premier single (cliquez ici pour lire la chronique de Fly) avec une intro très sombre et un feeling presque rock 'n' roll dans certaines parties de guitare. « Avec ce nouvel album, nous avons essayé de trouver quelque chose qui collerait au style Blind Guardian, mais sans nous fixer d'objectif particulier. Nous avons en fait adopté un processus inverse, en déterminant ce que nous ne voulions pas faire, puis en faisant le tri dans les idées qui nous viennent de manière spontanée. Nous nous contentons de jouer, et quand nous avons une idée qui nous semble bonne, nous la gardons et nous construisons autour. »

Carry The Blessed Home, ballade soft soutenue par divers instruments - violons, cornemuse - et entrecoupée de power metal, reflète aussi ce désir de changement grâce à ses sonorités assez atypiques. Tout comme la touche quasi pop et accrocheuse du très mélodique Another Stranger Me, qui propose de belles alternances entre couplets calmes et montées en puissance lors des refrains, mais repose toutefois sur une base de speed très proche des premiers albums. « Au milieu du processus d'écriture, nous avons eu l'idée de titres comme Fly et Another Stranger Me, nous nous sommes dit "voila quelques chose de nouveau pour le son de Blind Guardian, exploitons ces idées". C'est en effet un son plus rock, une sorte de retour aux racines. Il y a quelque chose des années 80, quelque chose des années 90, parce que de toute façon nous sommes obligés de retourner à des marques de fabrique, au son de Blind Guardian, tout en le combinant à quelque chose de nouveau. Et c'est cette combinaison qui est intéressante. »

Par contre, la bonne impression est gâchée par l'arrivée de Straight Through The Mirror, titre qui a du mal à convaincre malgré son ambiance sombre, un break plutôt atypique et son solo aux influences à la Malmsteen. On a sacrément l'impression de se retrouver avec un réchauffé des chutes de studio de A Night At The Opera... en moins bien, cela va sans dire. Même constat avec Lionheart, qui laissait présager le meilleur grâce à son introduction tribale, mais qui est plombé par des transitions pas vraiment finaudes. Le traditionnel titre acoustique Skalds & Shadows redresse un peu la barre. Les râleurs reprocheront au groupe de vouloir recréer en vain un nouveau Bard's Song, mais l'ambiance de ce morceau se rapproche plus de A Past And Future Secret. Quand on interroge André sur la possibilité de voir un jour Blind Guardian délaisser les thèmes médiévaux-fantastiques, cela lui semble inconcevable : « Pour tout morceau du groupe, si tu enlèves le chant, et que tu n'écoutes que la musique, la plupart des gens y associeront des paroles inspirées d'univers fantastiques et c'est ce qui se passe aussi pour Hansi. Mais ce n'est pas uniquement de la "fantasy", ce sont des métaphores pour des choses réelles qui nous entourent. Puis à vrai dire j'imagine mal une chanson comme Skalds & Shadows avec des paroles politiques par-dessus (rires) »

Les deux derniers titres laissent quant à eux une impression mitigée. Une introduction bien lugubre renforcée par des instruments à vent donne à The Edge, tout son cachet, mais le milieu de la chanson, aux riffs et à la batterie trop prévisibles, peine à convaincre. The New Order démontre que Blind Guardian sait encore faire du bon boulot et alterner intelligemment les ambiances entre noirceur et mélancolie, mais au final le groupe se repose trop sur des breaks téléphonés et la performance vocale de Hansi.

Tout ce qu'on peut dire à coup sûr, c'est que ce nouvel opus est loin de laisser un souvenir impérissable, et qu'à l'exception de Fly et Another Stranger Me, les morceaux et mélodies ne font pas long feu dans la mémoire. Maintenant, il ne reste plus qu'à attendre sagement le mois de septembre, quand aura lieu la sortie définitive, et espérer que A Twist In The Myth est victime d'un "syndrome A Night At The Opera", album qui ne révélait vraiment ses qualités qu'au bout de quelques écoutes. Sans ça, le mythe d'un Blind Guardian infaillible et toujours inspiré risque bien de s'écrouler.

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