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BLIND GUARDIAN A Twist In The Myth (2006) |
LINE UP : Hansi Kürsch (chant) André Olbrich (guitare) Marcus Siepen (guitare) Frederik Ehmke (batterie) |
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CHANSONS QUI TUENT : Otherland Turn The Page The Edge |
CHRONIQUEUR : Lord Henry (Juillet 2006) |
NOTE : 17 / 20 |
On le sait, Blind Guardian aime prendre son temps. Depuis Imaginations From The Other Side en 1995, un délai minimum de trois ans entre chaque album est respecté scrupuleusement, laissant aux fans dans l'intervalle tout loisir de s'imaginer la teneur du tant désiré disque à venir... Pour pouvoir mieux les surprendre et, en général, les rassurer. Une mini-révolution à chaque parution. A Night A The Opera avait à l'époque esquissé un virage à angle droit vers un metal progressivant et surchargé, où l'on a alors pu s'apercevoir que ce délai n'était pas de trop ; divergentes au début, les critiques ont fini, peu à peu, par se rallier au même constat : Blind Guardian sait se remettre en question et se propulser dans l'avenir. A Twist In The Myth, très différent de son splendide prédécesseur, ne déroge pas à la règle.
C'est radicalement un retour vers un metal plus direct qui caractérise en premier lieu le nouvel opus des Allemands. Plus exactement, la tendance à la complexification a été abandonnée, laissant aux nouvelles compositions plus d'espace et de punch. Un "This Will Never End" rapide et agressif, à la rythmique thrash, le confirme dès l'ouverture. Le "Fly" du single, trompeur à bien des égards, ne laissait aucunement présager que le batteur Frederik Ehmke possédait une frappe si percutante. La production de Charlie Bauerfeind, assez proche de celle d'A Night At The Opera, lisse les contours intrinsèquement rugueux de ces nouveaux morceaux, en particulier par des arrangements au moins aussi soignés. Quant aux traditionnels choeurs, ils figurent en bonne place sur cet opener comme sur les "Otherland" et "Turn The Page" suivant, moins compacts que sur Nightfall In Middle-Earth, mais aussi plus subtils. Des lignes vocales très travaillées, enflammant de superbes mélodies, font de ces chansons des futur classiques.
Les bardes ont visiblement cherché à alterner et à diluer autant que possible les deux visages de leur musique ; un janus qui, à des hymnes metal folk mélodiques comme "Otherland" et "Turn The Page", fait succéder les déstabilisant "Fly" et "Another Stranger Me", entrecoupés de la ballade "Carry The Blessed Home". Les premiers signalent de façon on ne plus claire qu'il n'est pas question pour le groupe de se contenter de rechercher dans son passé de nouveaux adeptes. Bien au contraire, c'est la démarche de titres comme "Sadly Sings Destiny" qui se voit ici exploitée à son paroxysme, puisque c'est typiquement au rock 'n' roll que s'y adonne Blind Guardian. Les guitares, au son travaillé en ce sens, fusent de toutes parts et il n'y a guère que la voix d'Hansi pour établir un lien direct et confirmer qu'il s'agit bien du même groupe. Plus simples et directs, ces morceaux ne seront vraisemblablement pas accueillis de façon unanime ; mais une chose est sûre : ce sont les plus authentiques du lot.
"Lionheart" a tendance à mixer les deux facettes du groupe, pour un résultat guère convaincant de premier abord. Les rythmiques très modernes - mais non plus surprenantes - côtoient un Hansi assez peu inspiré, toujours impeccable à l'interprétation mais moins original. A la différence de "The Edge", où la performance de chaque musicien frise la perfection. On retrouve avec bonheur la guitare chantante d'André Olbrich, pour des leads mélodiques comme lui seul sait les faire. La conclusion "The New Order" recueille les mêmes suffrages que "Lionheart"; à savoir qu'elle paraît bien pâlotte aux premières écoutes. Ce n'est qu'avec le temps, comme à l'accoutumée, que son côté mélancolique à la Queensrÿche s'immisce et fait valoir sa qualité. "Straight Through The Mirror" et "Skalds And Shadows", à l'inverse, n'étonnent pas un instant et sont immédiatement identifiables. On retrouve celle-ci dans une version différente de celle du single, agrémentée d'arrangements orchestraux plus épiques ; tandis que celle-là est un autre tube speed-metal "à la Blind Guardian", c'est à dire décousu, imprévisible et largement au-dessus de la moyenne du style. Un autre.
A Twist In The Myth se veut plus direct, et en effet il l'est ; mais ironie du sort, c'est sans doute l'album qui vaudra d'être entendu le plus de fois avant d'être totalement adopté. Après A Night At The Opera, c'est le dernier disque auquel les fans pouvaient s'attendre, tant la relative simplicité qui en ressort - et qui se manifeste jusque dans la longueur des chansons, en moyenne bien plus courtes - a tendance à nous renvoyer vers le passé. Néanmoins, la production de Charlie Bauerfeind, le chant moins hargneux d'Hansi, les influences de plus en plus variées (du hard-rock classique au néo-metal), et les tentatives avouées d'innovation ("Fly" en tête) inscrivent définitivement le fantastique groupe allemand dans le futur. Blind Guardian fait valoir sa différence, et si pour la première fois de légers essoufflements se font sentir, on ne peut pas l'accuser de stagnation. Avec le maximum d'objectivité dont un fan comme moi est capable, A Twist In The Myth est un très bon disque, plus à comparer avec Imaginations From The Other Side qu'avec A Night At The Opera. Un disque dont l'écoute se travaille.

