-the lord : Dans quel état d'esprit
étais-tu lorsque tu as commencé à composer Section X, sachant
que tu n'allais plus pouvoir compter sur le fantastique chanteur Jorn Lande?
Finn Zierler (claviers) :
Je n'ai jamais pensé à la fin du groupe. Nous existons depuis
1993 et si le chant est aussi bon sur The Devil's Hall Of Fame
c'est en grande partie grâce à notre forte identité. Jorn est
certes un de mes cinq chanteurs de metal préféré de tous les
temps mais il n'était guère plus qu'un musicien de session pour
l'album. Nous n'avons pas perdu un élément très important pour
la composition! Je n'avais donc pas trop d'appréhension.
-the lord : Est-ce que Beyond Twilight
joue du metal progressif selon toi?
Finn Zierler
: Ca me va, en tout cas (rires)! Je ne
sais pas comment l'étiquetter moi-même donc oui, metal
progressif. Il y a des éléments progressifs dedans tout comme
des influences d'opéra rock, de B.O. de films, d'atmosphérique
etc. Il y a beaucoup de choses.
-the lord : Une des choses qui rapproche le plus l'album
de la mouvance progressive est le
fait qu'il s'agisse d'un concept album. Peux-tu nous en dire plus
sur l'histoire?
Finn Zierler
: Vous pouvez retrouver des
éléments dans le livret du CD et sur notre site internet. Si je
dois commencer à parler de ce concept, rien ne m'arrêtera mais
je vais essayer de faire court (rires). C'est une histoire
à trois dimensions. Il est possible de lire le concept comme un
mélange de fiction et de réalité. En se plongeant davantage
dans les paroles, le lien avec la réalité devient plus évident.
Enfin, la troisième dimension est ma préférée car c'est celle
qui comporte de minuscules détails que pourront relever les plus
gros fans du groupe. L'histoire en elle-même parle de thèmes
tels que le clonage, la science, le pouvoir, l'amour, les
relations sado-masochistes et
puis pas mal de sujets intellectuels dont on trouve des renvois
sur l'illustration de la pochette. Je tiens à préciser que je ne
prends pas position sur un sujet comme le clonage, je ne fais que
poser des questions éthiques à ce propos. C'est à chacun
d'entre vous de se demander si c'est bien ou mal.
-the lord : Il paraît que pour
l'écriture de la musique et/ou du concept tu t'es mis dans des
conditions assez "spéciales", on va dire... Peux-tu nous en dire
plus et pourquoi as-tu ressenti ce besoin?
Finn Zierler
: Je ne sais pas... Je ne suis pas
malade mais j'ai une véritable passion pour la musique et dès
que je commence à écrire, je m'implique plus qu'il ne le
faudrait. Je pense que c'est comme pour un acteur qui décroche un
nouveau rôle: il faut vivre comme le personnage. Pour Section X
j'ai commencé par m'isoler en m'enfermant littéralement dans mon
grenier sans avoir aucune source de distraction comme mon portable,
par exemple. J'ai commencé à écrire quelques chansons qui m'ont
inspiré le début du concept. De fil en aiguille je dépeignais
un univers très sombre. De plus, comme j'étais systématiquement
tout seul j'ai commence à devenir un peu schizophrène. Avant de
péter complètement un câble je suis parti à Londres pour vivre
dans la rue comme un clochard.
-the lord : (le coupant) Pendant
combien de temps?
Finn Zierler
: Trois jours. Je pensais que
trois jours seraient une partie de plaisir mais je peux te
promettre que les rues de Londres la nuit ne sont pas drôles du
tout. Si tu penses pouvoir dormir, tu te trompes! Je n'ai jamais
pu dormir plus de trente minutes à la suite car il y avait tout
le temps des types louches qui venaient me faire chier. En tout
cas au bout de trois jours j'étais bien imprégné du sentiment
de paranoia que je recherchais. De plus, j'ai pu me rendre compte
de la chance qu'on peut avoir de dormir dans un lit douillet le
soir. Enfin, ma dernière expérience consistait à faire de la
plongée. Des amis à moi m'ont dit qu'en restant trente minutes
sous l'eau, on arrivait à rentrer dans son subconscient, un peu
à la manière d'une drogue. Au fond d'un lac, j'étais
complètement seul, personne pour me déranger, je n'étais qu'un
élément parmi des milliers d'autres. J'ai fait cela au printemps
et c'était vraiment un truc de fou (rires).
-the lord : Pourquoi?
Finn Zierler
: L'eau était glaciale! Et ça ne
m'a absolument rien fait pour la créativité mais je n'ai pas perdu espoir. Quelque
temps plus tard j'ai recommencé. J'étais équipé d'une lampe
sur ma tête et d'un écran sur lequel il est possible d'écrire
sur l'eau. C'était un milieu d'un forêt et je voulais rester le
plus longtemps possible. C'est assez effrayant car tout est noir.
Je ne voyais qu'à un mètre de moi, grand maximum. Les sentiments
que j'ai pu éprouver là-bas ressortent au sein du titre Portrait
F In Dark Waters. Je suis très content de ce morceau.
-the lord : Les gens te prennent-il pour
un fou?
Finn Zierler
: C'est une réaction légitime
mais c'est ma façon de travailler.
-the lord : Est-ce que cela te permet de
travailler plus vite?
Finn Zierler
: Je pense que oui. Il y a des
moments où même lorsque je suis seul, je ne suis pas inspiré.
Ces moments-là sont comme des journées entières. C'est
horrible. C'est alors que je me demande pourquoi je fais tout
cela. En revanche, dès que je rentre dans une phase créative,
cela vaut tout l'or du monde. Tout vient d'un seul coup. Mes
expériences à Londres et sous l'eau ont été transcrites en
musique. Il y a tellement de choses qu'il possible de dire à
travers de la musique mais qu'il est impossible d'exprimer avec
des mots...
-the lord : Le fait de ne pas avoir tes
claviers sous la main ne te gène-t-il pas?
Finn Zierler
: Pas du tout. Je sais écrire
avec des claviers comme j'ai pu le faire sur le dernier Manticora.
Je crois que la raison du son présent sur Devil's Hall Of Fame et
Section X est liée au fait que je n'ai pas composé la musique avec
des claviers. Sans instrument, on pense différemment; on ne se
met pas à jouer quelque chose dans le vide. Entendre deux cents
pistes d'instruments dans sa tête est différent et surtout plus
stimulant!
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