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A
force d'être toujours le remplaçant de quelqu'un d'autre, Ripper
Owens commençait à se lasser. Ses performances ahurissantes sur
les albums de Judas Priest et Iced Earth l'avaient instantanément
installé dans le panthéon des très grands vocalistes métal, mais
il n'empêchait que l'homme s'était toujours retrouvé dans des
formations existantes dominées par des compositeurs peu enclins à
partager leur domaine de prédilection. Tim a donc monté sa propre
formation, Beyond Fear, histoire de montrer qu'il peut chanter sur
du matériel écrit par lui-même. On aurait pu s'attendre à un
changement musical… Mais non, Owens aime le heavy/thrash et
persiste dans ce genre.Ce qui vous frappera vraisemblablement à la
première écoute de Beyond Fear c'est qu'Owens ne s'est pas entourés
de manchots. Les musiciens de son groupe comme l'homme derrière les
manettes sont vraiment doués, et le son massif de cet opus réjouira
les amateurs du genre. On est très proche du son de Jugulator et
Demoliton, c'est dire si c'est brutal. Pour les camarades de jeu de
Ripper c'est Eric Elkins qui se démarque instantanément grâce à
un jeu de double pédale d'une précision et d'une rapidité peu
communes. Les guitaristes Comprix et Bihary aiment à balancer des
rythmiques rapides en salves "à la Jon Schaffer" et
Elkins les double sans aucun problème de ses pieds véloces. Ce
"tic" de jeu en devient même agaçant à la longue, tout
technique qu'il soit: les parties de batterie sont au final très prévisibles
vu qu'elles se calent systématiquement sur les riffs. Et ces riffs
rappellent Iced Earth et le Priest période Ripper... C'est du
power-thrash à tendance agressive, mais qui laisse de l'espace pour
un certain sens de la mélodie heavy-metal de temps en temps… Rien
de nouveau sous le soleil en somme. Quant à Ripper il est égal à lui-même, à
savoir très impressionnant. Ce mec est de très loin le meilleur
dans sa catégorie et son chant sur Beyond Fear est une véritable
leçon de vocalises métal. Il se partage entre un chant classique
très puissant qui sait passer d'un grain clair à une agressivité
peu commune chez un chanteur de heavy et ses légendaires
"screamings" suraigus, qui lui ont valu l'honneur d'éclipser
Halford qu'on croyait le meilleur dans cet exercice. Le premier
titre Scream Machine est entièrement chanté dans ce registre, et
c'est une claque vocale monumentale. Je ne connais aucun autre
chanteur capable d'assurer à cette hauteur avec une telle
puissance, une telle agressivité et un vibrato aussi ample, à
l'exception notable de Devin Townsend. Ce titre est par contre une
repompe thématique de Painkiller à un point presque choquant:
chant suraigu racontant l'histoire d'un "metal monster"
qui tue des gens, riffs "in your face" sans finesse mais
orienté efficacité maximum mis à part que Scream Machine
n'atteint jamais le quart de la puissance de son modèle. Dommage. Passées les capacités hors normes de Ripper
derrière le micro, cet album de Beyond Fear ne donne pas
grand-chose à se mettre sous la dent. Ledit Ripper est crédité
seul de la composition de sept titres sur onze, et ce n'est pas à
sa gloire: malgré la puissance de feu déployée la platitude et le
côté répétitif des riffs sont une entrave sérieuse au plaisir
d'écoute. De plus Ripper use et abuse de certains tics rapidement
gonflants, comme les chœurs de screaming qui arrivent de très loin
ou les intros sans réel relief et jamais reprises. Autre problème,
Ripper articule extrêmement bien et on comprend tout ce qu'il
dit… non, je n'ai pas pété un plomb: cette qualité d'élocution
met malheureusement en avant les pauvres talents d'écriture du
chanteur. Ses textes sont assez pauvres, et le titre My Last Words
-la lettre d'adieu d'un mourant- est un ratage douloureux au vu de
l'ambition du thème. Il est mignon quand il raconte sa chance dans
Dreams Come True ou pourfend les méchants gens qui font du mal dans
Telling Lies ou The Human Race, mais niveau ambition artistique,
euh, enfin, vous voyez quoi. Il reste à Owens un talent indéniable pour
composer des lignes vocales qui mettent ses fantastiques talents en
valeur, mais pour ce qui est de composer des chansons il ne parvient
jamais à dépasser le stade de la compo efficace mais sans âme et
qui sent terriblement le réchauffé. Résumé: quelques moments
inspirés comme les riffs de The Human Race, le refrain de Save Me
et le solo de Telling Lies, des dérapages comme l'insupportable
Coming At You, et le reste c'est un assemblage de riffs qui auraient
presque pu finir sur des albums de Priest ou d'Iced Earth s'ils
avaient été meilleurs. Ripper devra faire beaucoup de progrès en
composition ou continuer à collaborer avec de vrais compositeurs
comme Schaffer, car ce n'est pas ce Beyond Fear à la pochette
innommable qui lui donnera son indépendance. Grosse déception.
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