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BENABAR
28 novembre 2005 
  
JOURNALISTE :
Pierre Derensy 
  
INTERVIEW AVEC:
Bénabar
Chanteur-Pianiste
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Bénabar en chiffre c’est plus d’un million d’albums vendus et c’est aussi trois-cent cinquante concerts. Bénabar c’est surtout et encore un mec bien qui retrouve son ton sarcastique et sa musique populaire sur « Reprise Des Négociations ». Entre se tordre de rire et se plier en quatre face aux mesquineries de la vie, lui a choisi de croquer un peu dans l’un et un peu dans l’autre. Avec ce nouvel opus la pomme a bon goût.

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Pierre Derensy : Après une chanson comme « Le Dîner » ta compagne a-t-elle encore beaucoup d’amis?

Bénabar (chant+piano) : Non elle les a tous perdu depuis que j’ai sorti ce titre. En même temps elle en avait déjà très peu vu que je m’étais fâché avec eux avant en les insultant tous.

Pierre Derensy : Tu évoques De Funès dans cette chanson, d’une certaine manière il te ressemble plus que l’ourson gentil  dont tu t’étais fait un personnage dans ton précédent spectacle?

Bénabar : Moi aussi j’aimerais bien lui ressembler. En même temps je n’ose pas prétendre avoir un tel talent.

Pierre Derensy : Tes chansons, comme lui ses rôles, tu les attaques toujours sous l’angle de l’humour noir?

Bénabar : J’essaye toujours d’apporter à mes histoires un angle décalé et si possible dans le meilleur des cas humoristiques. Quand j’y parviens… Car malheureusement ce n’est pas toujours le cas.

Pierre Derensy : Est ce que c’est un vice?

Bénabar : Il y a quelque chose d’un peu vicelard effectivement. Cette idée de détourner les sentiments pour les rendre comiques c’est quelque chose qui me poursuit.

Pierre Derensy : As-tu le syndrome des comiques, c’est à dire que lorsque tu es naturel et pas boute en train les gens pensent que tu es malade?

Bénabar : Je suis un grand timide alors les gens pensent que je suis vraiment imbus de ma personne et complètement méprisant. Mon public qui m’a vu sur scène juste avant, quand il me voit à la fin du concert pense que je le prends de haut alors que je n’ose pas leur parler. Cela m’arrive souvent. C’est une vraie malédiction.

Pierre Derensy : Tu nous décomplexes de nos travers en les rendant vivables et en les mettant noir sur blanc sur la table, est-ce que c’est ça ta force c’est-à-dire de jouer au gentil derrière des cornes de diable?

Bénabar : Un peu des deux. Je suis plus gentil qu’il n’y paraît mais je suis aussi plus méchant qu’il n’y paraît! Quand je fais des chansons très méchantes on se rend bien compte que dans le fond ce n’est pas moi. Je navigue entre deux eaux. C’est encore un peu pervers cette histoire.

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Pierre Derensy : Si l’on prend chacune de tes nouvelles chansons, on peut se dire comme pour les précédents albums que nous avons tous déjà vécu tes histoires, que nos photos sont les tiennes, y a-t-il du déchet quand tu prépares tes chansons, te dis-tu que tel ou tel titre n’est pas assez réaliste?

Bénabar : Je n’ai pas vraiment de déchets. Il y a beaucoup de choses que je mets de côté, que je jette mais c’est plus de l’ordre de copeaux que de déchets. Cela fait partie du boulot. Il y a des choses moins bonnes sur le brouillon que je vire mais il y a rarement une chanson terminée qui passe à la trappe. J’assume à priori toutes mes paroles, il n’y a pas de trucs craignos que je m’interdis de dire aux gens mais c’est vrai que je passe beaucoup de temps à trouver le bon refrain, le bon couplet.

Pierre Derensy : En écoutant « Triste Compagne » je me dis que Monsieur Bénabar n’est pas lecteur de Psychologie Magazine et qu’il fait sa psychothérapie grâce à ses disques et ses concerts?

Bénabar : Je ne crois pas au côté thérapeutique du chanteur. Cela ne résout rien. Tu peux peut-être affirmer certaines choses mais tu ne résous pas tes problèmes en montant sur scène. C’est rassurant d’ailleurs: si tu es heureux avant de monter sur scène et que tu te mets à chanter des titres super tristes tu gardes ta bonne humeur quand le rideau tombe. C’est une parenthèse et cela doit être considéré comme tel.

Pierre Derensy : Cela t’arrive justement de monter sur scène en te disant « Ce soir j’ai pas envie d’y aller »?

Bénabar : De monter sur scène non mais par contre ça m’arrive quand tu arrives en tournée à onze heures du matin dans une loge super froide qui ressemble à un vestiaire de sportif. Là tu peux avoir les boules. Tu te demandes ce que tu fais là et tu te dis qu’il faut changer de métier mais par contre quand le public est là: jamais jusqu’à aujourd’hui je n’ai été sur scène à contre-cœur. Je serais d’ailleurs vigilant à ce que cela ne se produise jamais.

Pierre Derensy : Ta paternité a changé beaucoup de choses sur ton travail?

Bénabar : Un peu. Ca se sent un peu dans l’album. Mais bon je te rassure je suis toujours aussi débile qu’avant.

Pierre Derensy : Par contre il y a un titre où tu ne t’échappes pas par une pirouette c’est «Qu’est-ce Que Tu Voulais Que Je Lui Dise?»?

Bénabar : Ce fut une chanson dure à écrire, à assumer jusqu’au bout. Ce côté no futur. C’est une vision de la vie que je ne défends pas du tout mais vis-à-vis de cette chanson il fallait que j’aille au bout du truc. Je ne pouvais pas, après avoir utilisé le malheur de plein de nos concitoyens, après avoir décrit la misère ambiante, m’en sortir par une roulade de chanteur.

Pierre Derensy : Envisages-tu le rôle de chanteur comme un moyen de mettre le doigt là où ça fait mal sans pour autant donner de leçons?

Bénabar : Je souhaite avant tout que le public passe une bonne soirée et dans le meilleur des cas arriver à glisser deux ou trois trucs pas trop cons dedans. Je ne crois pas qu’un chanteur puisse faire changer d’avis à qui que ce soit et apporte grand chose aux gens. Tu peux par contre conforter les gens qui pensent comme toi, les encourager pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls.

Pierre Derensy : L’album tu l’as préparé en trois mois alors que le premier s’était monté en une semaine, plus le temps passe plus cela devient difficile de te renouveler?

Bénabar : Ca dépend. Il y a certaines choses qui sont plus dures que par le passé alors que d’autres sont beaucoup plus faciles. Disons que les difficultés se déplacent. Avant la difficulté c’était de faire un album, maintenant la difficulté consiste à devoir défendre des chansons et d’essayer de maintenir un esprit spontané.

Pierre Derensy : Dans des  interviews tu revendiques le fait de ne pas être spécialement un dévoreur de musique, ni un fou de la mélodie, c’est par provocation?

Bénabar : Je sais que je suis ignare en musique, maintenant il ne faut pas généraliser j’écoute quand même des artistes et je garde mes oreilles ouvertes. Mais c’est vrai que je ne suis pas très pointu dans mes connaissances musicales.

Pierre Derensy : Ton franc parlé t’a porté préjudice?

Bénabar : Pas tant que ça. Il y a des gens qui me détestent mais beaucoup de monde me respecte, même ceux qui ne sont pas toujours d’accord avec ce que je dis, uniquement parce que je suis franc. Cela m’a plutôt servi d’ailleurs, à ma grande surprise je pensais en débutant que je me ferais plus d’ennemis que d’amis mais ce n’est pas forcément le cas.

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