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BEN HARPER
Both Sides Of The Gun (2006)
LINE UP :
Ben Harper (chant+guitare+claviers)
+ divers
Ben Harper - Both Sides Of The Gun
CHANSONS QUI TUENT :
Never Leave Lonely
Better Way
Gather 'Round The Stone
CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Octobre 2006)
NOTE :
13 / 20

Après un Diamonds On The Inside très varié, Ben Harper revient avec un premier double album au thème très simple : sur un disque les ballades, sur l'autre les titres plus musclés. La démarche n'est pas nouvelle pour l'artiste et rappelle le fabuleux Live From Mars qui avait vu tous les titres intimistes ou presque se retrouver sur le deuxième CD. La situation entre Harper et son groupe Innocent Criminals n'est pas très claire : l'album sort sous son seul nom mais on retrouve l'indéboulonnable Juan Nelson à la basse alors que le batteur Dean Butterworth semble être définitivement parti chez Good Charlotte (!). Qu'importe : avec ou sans les Innocent Criminals, Harper reste l'incontesté maître à bord.

Le premier CD est celui des chansons calmes, ce qui permet de rentrer dans l'album doucement. La production cristalline des guitares est une invitation au voyage, et les compos elles-mêmes sont globalement assez réussies. Ces pop-songs acoustiques sont agréables et douces, remarquablement arrangées et la voix paradoxale de l'homme (fragile autant qu'assurée) fait passer le tout à merveille. Par contre on ne peut pas dire qu'Harper renouvelle son propre répertoire : des ballades tout aussi jolies se trouvent sur tous ses albums, et le déjà cité deuxième CD du Live From Mars en renferme une bonne ribambelle devant lesquelles celles de Both Sides Of The Gun n'apportent pas grand-chose. On trouve même du franchement inintéressant sur ce premier CD, comme Reason To Mourn qui tente en vain de faire vibrer l'auditeur à grand renfort de violoncelle et d'arrangements gospel ou le très répétitif et lourdingue Waiting For You... Mais on compte également quelques pépites d'émotion qui peuvent prétendre au statut de classique, dont le superbe Happy Everafter In Your Eyes et son piano mélancolique.

Quant au deuxième disque, c'est à croire qu'Harper a cherché à être encore plus varié dans sa démarche que sur Diamonds On The Inside qui allait pourtant du rock musclé au reggae pur en passant par l'habituelle country, ici représentée par le rigolo et catchy Please Don't Talk About Murder While I'm Eating. Ca commence par un titre typiquement Harperien (Better Way) : esprit baba-cool, message universel, ambiance « coin du feu », solo de guitare slide endiablée, on est en terrain connu... Sauf que les arrangements orientaux et le passage en chant hurlé amène une nouveauté bienvenue. Sinon on trouve sur ce CD de la funk typée années 70 entraînante (Both Sides Of The Gun, Black Rain), du southern rock limite graisseux et pas très inspiré (Engraved Invitation), du tribal d'inspiration amérindienne hypnotique (Gather 'Round The Stone), et même une surprenante tentative de jazz Nouvelle-Orléans (The Way You Found Me). Belle brochette, sauf qu'il manque à toutes ces belles expérimentations la flamme qui animait Fight For Your Mind. Tout est très agréable et policé... mais la rage est aux abonnés absents, et si le feeling d'Harper est intact tout ça sent un peu le formaté.

Le principal problème de ce Both Sides Of The Gun provient de la démarche elle-même. Si le deuxième CD est assez varié pour ne pas lasser, on se fatigue très vite de n'écouter que de jolies ballades sucrées sur le premier. Et la malédiction du double album frappe encore une fois : débarassé de ses déchets et réduit sur un seul CD qui alternerait les différents registres, cet album aurait tout de la bombe musicale! Mais en laissant à son auditeur la tâche de faire le tri dans sa production pour lire ensuite ce qui reste en « random », Ben Harper a fait l'économie d'un travail de filtrage et de construction d'album qui fait une sacrée différence. On ne peut juger un produit que dans sa globalité, et la quantité de chansons inutiles et peu inspirées comme leur répartition sont au final de gros handicaps... S'enfiler le CD1 d'une traite pour faire cette chronique a été presque une épreuve! C'est dans ce genre de situation qu'on se dit qu'un regard extérieur aurait été le bienvenu, la position de « boss » de Ben Harper le desservant plus qu'autre chose. Dommage qu'un album qui aurait pu être monstrueux ne soit au final que sympathique et inégal.

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