|
Beecher m'avait fait
une très forte impression avec leur album réédité par Earache
baptisé "Breaking The Fourth Wall". La question était de
savoir si les Britanniques pourraient enfoncer le clou et sortir un
album aussi puissant et varié. Mêlant métal aux relents parfois
scandinaves, hardcore, atmosphères mélodiques et technicité
implacable, le groupe a en tout cas un certain nombre d'atout de son
côté. Reste à savoir les jouer...
Beecher possède une qualité indéniable:
claquer la tronche à l'auditeur dès la première écoute. En effet
le métal de la formation vise à être le plus énergique et méchant
possible, tout en incorporant des breaks d'une technicité
hallucinante. Au niveau de la rythmique pure et des riffs, le groupe
se pose tout à fait en égal des meilleurs formations du genre:
ils disent aimer le "tech-metal" et c'est évident à l'écoute
de quelques passages que Dream Theater n'aurait pas reniés. La
subtile nuance vient des hurlements de goret du chanteur qui growle
sans cesse dans une tonalité plutôt aigüe et déverse une haine
appréciable, ainsi que de la violence du tout qui fait tirer le
groupe beaucoup plus vers le métal voire l'extrême que vers le
prog. Et le son est excellent dans tous les registres.
Car imaginez vous que chez Beecher la technique
est le plus souvent orientée vers le bourrinage de crâne, et
certains plans totalement injouables sont également jouissifs de
brutalité. Dans ces moments-là le groupe tape réellement dans un
style qui lui est propre et ça fait mal. Le reste du temps il
oscille entre des tendances plutôt variées: les riffs possèdent
ce côté catchy propre au métal scandinave (similitude renforcée
par le chant) mais sans tomber dans une repompe outrancière. Il y a
bien quelques enchaînements "riff jumpy / guitares mélodiques
en twin lead" un peu clichesques, mais sur la totalité de
l'album la diversité est suffisante pour pallier à ce souci. Le
groupe étale ainsi de temps à autres un sens de la mélodie
typiquement britannique que j'avais déjà apprécié sur l'album éponyme,
ainsi qu'une maîtrise du hardcore qui fait sauter plus
qu'honorable.
Par contre le groupe a vraiment une manière
bizarre d'exploiter ses idées. Les riffs des premiers titres sont
bien violents et accrocheurs, mais la dynamique des compos elles-mêmes
s'apparente à un bête collage de plans. On enchaîne mais on
tourne à vide... L'album est ensuite étrangement coupé par un
titre interminable et extrêmement lent et atmosphérique aux riffs
parfois doom qui n'apporte pas grand-chose. A la sixième plage ils
pondent une superbe intro mélodique presque drum 'n' bass (j'ai dit
PRESQUE, ne fuyez pas) mais ne la reprennent jamais dans la compo...
Celle-ci est bien torturée et prog mais ne part jamais réellement.
C'est contemplatif mais il manque quelque chose. Idem pour les
titres vraiments brutaux de la fin de l'album qui bastonnent mais
manquent de cohérence. Un petit refrain de temps en temps n'a
jamais tué personne... Et je n'évoque même pas l'outro
interminable de l'album, totale faute de goût.
Ne soyons pas trop chicaneur quand même, car cet
album renferme de bonne compos quand le groupe se décide à écrire
des chansons et plus des patchworks. Psycho Galvanic Skin Response
lie power/thrash à la Pantera, blast-beats ultraviolents et plans
prog avec succès car le groupe sait reprendre ses riffs pour
assurer une cohésion à l'ensemble. Mais il arrive trop souvent
qu'on se demande pourquoi tel excellent passage n'est pas la base
d'une chanson au lieu d'être perdu entre d'autres passages plus
quelconques. Conclusion: This Elegy, His Autopsy possède une sacrée dose de très
bonnes idées mais le groupe semble avoir trop exagéré son côté
cérébral aux dépends de la musicalité de l'ensemble. Si vous êtes
un(e) groupie de technique en tout cas foncez.
RETOUR
A L'INDEX
|