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AUDIOSLAVE
Octobre 2006
  
JOURNALISTE :
-the lord
  
INTERVIEW AVEC :
Chris Cornell
Chanteur
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On ne sait pas encore si les fans vont avoir la révélation en écoutant Revelations (cliquez ici pour lire la chronique) mais il est clair qu’Audioslave poursuit sa marche en avant avec cet album. Affinant peu à peu son style, le quartette se débarasse progressivement de l’étiquette « Rage Against The Machine rencontre Soundgarden » qu’on lui avait un peu hâtivement collée. Chris Cornell revient pour nous sur les changements apportés par ce troisième opus ainsi que sur quelques facettes de sa carrière un peu moins connues.

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-the lord : Pour la production de Revelations, vous avez travaillé avec Brendan O’Brien et non plus Rick Rubin. Comment cela se fait-il et êtes-vous satisfait de votre collaboration ?

Chris Cornell (chant) : Oui, il a fait du super boulot sur le son. Nous le connaissions bien car il avait bossé avec Rage Against The Machine. De plus, il avait mixé du Soundgarden et le précédent album d’Audioslave, Out Of Exile. C’est d’ailleurs à ce moment-là que nous avons décidé de l’avoir comme producteur sur notre prochain disque. C’est un très bon musicien, un guitariste, et je pense que ce n’est pas étranger à sa réussite. Il a notamment effectué un boulot titanesque sur la prise de son des guitares. Globalement ça sonne très bien. Notre premier album avait un son assez « fou » : très analogique mais aussi agressif voire difficile à écouter sur certains haut-parleurs. Revelations est plus chaud et le style des chansons va dans ce sens.

-the lord : Revelations est le troisième album d’Audioslave. Dirais-tu que vous avez maintenant un style bien établi que vous vous contentez d’appliquer ou est-ce que vous êtes encore en train de vous chercher une identité ?

Chris Cornell : D’une certaine façon nous allons toujours chercher à faire des choses inédites. C’est notre nature à tous les quatre. Se répéter, même avec de bonnes idées, devient rapidement lassant. En revanche nous avons effleuré certaines influences par le passé que nous pourrons très bien exploiter plus en profondeur par la suite. Mais je ne réfléchis jamais trop à l’avance aux styles que je veux aborder. Si j’essayais de faire un album-concept dans un genre musical précis, je sais d’avance qu’en l’écrivant j’obtiendrais également d’autres chansons d’un tout autre style. Du coup, j’ai laissé tomber les lignes directrices il y a déjà fort longtemps pour me fier uniquement à l’intuition du moment. Le fonctionnement au sein d’Audioslave est identique : nous écrivons chanson après chanson en n’ayant aucun « objectif à long terme ». Comme tout ce processus a lieu assez rapidement, les chansons obtenues ont des thèmes communs et ne dépareillent pas lorsqu’elles se retrouvent sur l’album. Du coup, on peut dire que Revelations est plus orienté vers nos influences soul et R ‘n’ B. Mais je ne sais absolument pas si ces sonorités se retrouveront dans le prochain album pour les raisons que je viens d’évoquer. J’en doute car on fait vite le tour des idées comme celles présentées sur le single Original Fire, par exemple. Broken Cities est très différente vocalement, en particulier en ce qui concerne le phrasé, en revanche. Il y a plein d’expérimentations sur cet album.

-the lord : Mais la patte Audioslave les identifie très clairement comme venant de vous quatre…

Chris Cornell : Oui, je le crois. L’auditeur va commencer à s’habituer à ce que le groupe signifie.

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-the lord : Ce n’est pas le cas actuellement, selon toi ?

Chris Cornell : Ca commence seulement. Je crois que le premier album a été incompris. Les gens étaient habitués au jeu de Tom Morello au sein de Rage Against The Machine qui était fondé sur de gros riffs et des bruitages rythmiques. Du coup, tout le monde a pensé que sur notre premier album toutes les chansons à gros riffs avaient été écrites par lui et que j’étais responsable des titres plus cool comme Like A Stone ou Getaway Car. En fait, c’est faux ! Tom a écrit les lignes de guitare pour ces deux titres ! Je crois donc qu’il a fallu du temps pour que les gens comprennent bien ce qu’ils étaient en train d’écouter. L’album n’était pas qu’une alternance de chansons à la Rage Against The Machine et de titres à la Cornell comme on a bien voulu le faire croire… Tous les membres du groupe étaient en train de changer pronfondément à ce moment-là. Avec Out Of Exile et les concerts qui ont suivi, les choses sont devenues un peu plus claires pour tout le public. Les gens savent que nous composons tous et que nous avons tous quelque chose à apporter au sein d’Audioslave. De mon côté, je n’écris plus comme au sein de Soundgarden ; j’utilise très peu la guitare car j’ai peur de me retrouver avec les mêmes sonorités qu’une des quarante chansons que j’ai pu écrire pour Soundgarden !

-the lord : Avant de jouer de la guitare et de chanter, j’ai cru comprendre que tu avais appris la batterie. Comment se fait-il que tu aies laissé tomber cet instrument ?

Chris Cornell : En fait le tout premier instrument que j’ai joué était le piano. J’avais neuf ou dix ans. J’ai appris à lire la musique en même temps. J’ai même écrit quelques chansons au piano mais j’ai arrête de jouer au bout de deux ans car j’en avais marre de m’entraîner. C’était comme d’aller à l’école et je détestais être obligé de jouer ! J’ai appris très vite mais j’ai également oublié très vite (rires). Je grattouillais un peu aussi mais j’ai laissé tomber pour les mêmes raisons. Je suis passé à la batterie ensuite. Ce fut le premier instrument auquel j’ai joué dans un groupe, vers dix-sept ans. C’était un bon défouloir. J’étais assez bon pour me débrouiller sur des trucs basiques sans avoir besoin de cours. Ca m’a ouvert les yeux : je pouvais aussi faire de la musique, ce n’était en fin de compte pas qu’un rêve ou quelque chose réservé à mes héros de toujours. Je pensais que si je bossais dur, un jour un groupe incroyable comme U2 ou The Police aller vouloir s’attacher mes services. Ce n’est pas arrivé et j’allais de groupes miteux en groupes miteux. J’en suis venu à la conclusion qu’il fallait que je monte mon propre groupe… Par un concours de circonstances assez dingue, j’ai rencontré les gens avec qui j’allais fonder Soundgarden. J’ai joué de la batterie pendant la première année et au bout de trois ans nous avons sorti notre premier album. Entre temps, je m’étais mis à la basse, à la guitare, à l’écriture de paroles et au chant. Si Soundgarden n’avait eu besoin que d’un batteur j’aurais été heureux de me limiter à ce poste et rien de plus.

-the lord : Est-ce que tu regrettes parfois le rôle du batteur, le fait d’être dans l’ombre ? Car que ce soit chez Soundgarden ou Audioslave tu es le frontman que tout le monde regarde sur scène, que tous les fans veulent rencontrer… Le batteur observe généralement tout ça d’un peu plus loin…

Chris Cornell : Le travail d’un batteur, surtout en studio, est très dur. Il crée l’ossature de tous les titres. Ecrire des paroles ou chanter peut parfois être difficile mais ce n’est rien à côté du boulot que doit accomplir le batteur. De ce point de vue, je suis assez content de ne plus jouer de la batterie dans un groupe ! Sur scène en revanche ça pourrait être cool de temps en temps d’être au fond de la scène et ne pas être autant mis en valeur que je le suis. Néanmoins, chez Soundgarden c’était encore plus dur pour moi car je devais jouer de la guitare sur tous les morceaux et les lignes de chant étaient plus difficiles à reproduire. Je ne pouvais jamais me reposer sur scène. Chez Audioslave je me limite à chanter et c’est un poids en moins. En revanche, j’aimerais bien rejouer de la guitare dans un groupe mais sans chanter ce coup-ci et sans rien composer si possible.

-the lord : Tu te définirais davantage comme un homme de scène ou un homme de studio ?

Chris Cornell : Ma nature est plus proche de l’environnement studio. Je me force quelque peu pour aller sur scène et jouer des chansons. Je ne le fais pas avec beaucoup de confiance. Je suis plus à l’aise en studio, à bidouiller les réglages et à essayer de nouvelles choses. C’est ce que je fais tous les jours.

-the lord : Il y a quelques années, tu as fait une apparition dans ton propre rôle dans le film Singles de Cameron Crowe. Est-ce que jouer la comédie est quelque chose qui te tente ?

Chris Cornell : Non ! C’était il y a seize ans et depuis je n’ai jamais rejouer ; c’est assez révélateur de la confiance que je peux avoir dans mes capacités d’acteur ! Cameron voulait initialement me donner un gros rôle dans ce film mais je suis un trop gros fan de cinéma –c’est ma deuxième passion après la musique- pour risquer de saccager un film. Le travail d’acteur n’est pas aussi simple qu’on veut bien le faire croire. Un gars comme Leonardo DiCaprio est capable d’être crédible dans des rôles très différents : cela montre bien le talent qu’il faut pour être un boin acteur. De plus, quand les acteurs décident d’enregistrer des disques, c’est nul donc je me limite à mes compétences. A moins de jouer son propre rôle, ce n’est pas la peine d’essayer. C’est même insultant pour les acteurs.

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