-the lord
: Pour la production de Revelations, vous avez travaillé
avec Brendan O’Brien et non plus Rick Rubin. Comment cela se
fait-il et êtes-vous satisfait de votre collaboration ?
Chris
Cornell (chant) : Oui, il a fait du super boulot sur le son.
Nous le connaissions bien car il avait bossé avec Rage Against
The Machine. De plus, il avait mixé du Soundgarden et le précédent
album d’Audioslave, Out Of Exile. C’est d’ailleurs à ce
moment-là que nous avons décidé de l’avoir comme producteur
sur notre prochain disque. C’est un très bon musicien, un
guitariste, et je pense que ce n’est pas étranger à sa réussite.
Il a notamment effectué un boulot titanesque sur la prise de son
des guitares. Globalement ça sonne très bien. Notre premier
album avait un son assez « fou » : très
analogique mais aussi agressif voire difficile à écouter sur
certains haut-parleurs. Revelations est plus chaud et le style des
chansons va dans ce sens.
-the lord
: Revelations est le troisième album d’Audioslave.
Dirais-tu que vous avez maintenant un style bien établi que vous
vous contentez d’appliquer ou est-ce que vous êtes encore en
train de vous chercher une identité ?
Chris Cornell
: D’une certaine façon nous allons toujours chercher
à faire des choses inédites. C’est notre nature à tous les
quatre. Se répéter, même avec de bonnes idées, devient
rapidement lassant. En revanche nous avons effleuré certaines
influences par le passé que nous pourrons très bien exploiter
plus en profondeur par la suite. Mais je ne réfléchis jamais
trop à l’avance aux styles que je veux aborder. Si j’essayais
de faire un album-concept dans un genre musical précis, je sais
d’avance qu’en l’écrivant j’obtiendrais également
d’autres chansons d’un tout autre style. Du coup, j’ai laissé
tomber les lignes directrices il y a déjà fort longtemps pour me
fier uniquement à l’intuition du moment. Le fonctionnement au
sein d’Audioslave est identique : nous écrivons chanson
après chanson en n’ayant aucun « objectif à long terme ».
Comme tout ce processus a lieu assez rapidement, les chansons
obtenues ont des thèmes communs et ne dépareillent pas
lorsqu’elles se retrouvent sur l’album. Du coup, on peut dire
que Revelations est plus orienté vers nos influences soul et R
‘n’ B. Mais je ne sais absolument pas si ces sonorités se
retrouveront dans le prochain album pour les raisons que je viens
d’évoquer. J’en doute car on fait vite le tour des idées
comme celles présentées sur le single Original Fire, par
exemple. Broken Cities est très différente vocalement, en
particulier en ce qui concerne le phrasé, en revanche. Il y a
plein d’expérimentations sur cet album.
-the lord
: Mais la patte Audioslave les identifie très
clairement comme venant de vous quatre…
Chris Cornell
: Oui, je le crois. L’auditeur va commencer à
s’habituer à ce que le groupe signifie.
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-the lord
: Ce n’est pas le cas actuellement, selon toi ?
Chris Cornell
: Ca commence seulement. Je crois que le premier album a
été incompris. Les gens étaient habitués au jeu de Tom Morello
au sein de Rage Against The Machine qui était fondé sur de gros
riffs et des bruitages rythmiques. Du coup, tout le monde a pensé
que sur notre premier album toutes les chansons à gros riffs
avaient été écrites par lui et que j’étais responsable des
titres plus cool comme Like A Stone ou Getaway Car. En fait,
c’est faux ! Tom a écrit les lignes de guitare pour ces
deux titres ! Je crois donc qu’il a fallu du temps pour que
les gens comprennent bien ce qu’ils étaient en train d’écouter.
L’album n’était pas qu’une alternance de chansons à la
Rage Against The Machine et de titres à la Cornell comme on a
bien voulu le faire croire… Tous les membres du groupe étaient
en train de changer pronfondément à ce moment-là. Avec Out Of
Exile et les concerts qui ont suivi, les choses sont devenues un
peu plus claires pour tout le public. Les gens savent que nous
composons tous et que nous avons tous quelque chose à apporter au
sein d’Audioslave. De mon côté, je n’écris plus comme au
sein de Soundgarden ; j’utilise très peu la guitare car
j’ai peur de me retrouver avec les mêmes sonorités qu’une
des quarante chansons que j’ai pu écrire pour Soundgarden !
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-the lord
: Avant de jouer de la guitare et de chanter, j’ai cru
comprendre que tu avais appris la batterie. Comment se fait-il que
tu aies laissé tomber cet instrument ?
Chris Cornell
: En fait le tout premier instrument que j’ai joué était
le piano. J’avais neuf ou dix ans. J’ai appris à lire la
musique en même temps. J’ai même écrit quelques chansons au
piano mais j’ai arrête de jouer au bout de deux ans car j’en
avais marre de m’entraîner. C’était comme d’aller à l’école
et je détestais être obligé de jouer ! J’ai appris très
vite mais j’ai également oublié très vite (rires). Je
grattouillais un peu aussi mais j’ai laissé tomber pour les mêmes
raisons. Je suis passé à la batterie ensuite. Ce fut le premier
instrument auquel j’ai joué dans un groupe, vers dix-sept ans.
C’était un bon défouloir. J’étais assez bon pour me débrouiller
sur des trucs basiques sans avoir besoin de cours. Ca m’a ouvert
les yeux : je pouvais aussi faire de la musique, ce n’était
en fin de compte pas qu’un rêve ou quelque chose réservé à
mes héros de toujours. Je pensais que si je bossais dur, un jour
un groupe incroyable comme U2 ou The Police aller vouloir
s’attacher mes services. Ce n’est pas arrivé et j’allais de
groupes miteux en groupes miteux. J’en suis venu à la
conclusion qu’il fallait que je monte mon propre groupe… Par
un concours de circonstances assez dingue, j’ai rencontré les
gens avec qui j’allais fonder Soundgarden. J’ai joué de la
batterie pendant la première année et au bout de trois ans nous
avons sorti notre premier album. Entre temps, je m’étais mis à
la basse, à la guitare, à l’écriture de paroles et au chant.
Si Soundgarden n’avait eu besoin que d’un batteur j’aurais
été heureux de me limiter à ce poste et rien de plus.
-the lord
: Est-ce que tu regrettes parfois le rôle du batteur,
le fait d’être dans l’ombre ? Car que ce soit chez
Soundgarden ou Audioslave tu es le frontman que tout le monde
regarde sur scène, que tous les fans veulent rencontrer… Le
batteur observe généralement tout ça d’un peu plus loin…
Chris Cornell
: Le travail d’un batteur, surtout en studio, est très
dur. Il crée l’ossature de tous les titres. Ecrire des paroles
ou chanter peut parfois être difficile mais ce n’est rien à côté
du boulot que doit accomplir le batteur. De ce point de vue, je
suis assez content de ne plus jouer de la batterie dans un groupe !
Sur scène en revanche ça pourrait être cool de temps en temps
d’être au fond de la scène et ne pas être autant mis en
valeur que je le suis. Néanmoins, chez Soundgarden c’était
encore plus dur pour moi car je devais jouer de la guitare sur
tous les morceaux et les lignes de chant étaient plus difficiles
à reproduire. Je ne pouvais jamais me reposer sur scène. Chez
Audioslave je me limite à chanter et c’est un poids en moins.
En revanche, j’aimerais bien rejouer de la guitare dans un
groupe mais sans chanter ce coup-ci et sans rien composer si
possible.
-the lord
: Tu te définirais davantage comme un homme de scène
ou un homme de studio ?
Chris Cornell
: Ma nature est plus proche de l’environnement studio.
Je me force quelque peu pour aller sur scène et jouer des
chansons. Je ne le fais pas avec beaucoup de confiance. Je suis
plus à l’aise en studio, à bidouiller les réglages et à
essayer de nouvelles choses. C’est ce que je fais tous les
jours.
-the lord
: Il y a quelques années, tu as fait une apparition
dans ton propre rôle dans le film Singles de Cameron Crowe.
Est-ce que jouer la comédie est quelque chose qui te tente ?
Chris Cornell
: Non ! C’était il y a seize ans et depuis je
n’ai jamais rejouer ; c’est assez révélateur de la
confiance que je peux avoir dans mes capacités d’acteur !
Cameron voulait initialement me donner un gros rôle dans ce film
mais je suis un trop gros fan de cinéma –c’est ma deuxième
passion après la musique- pour risquer de saccager un film. Le
travail d’acteur n’est pas aussi simple qu’on veut bien le
faire croire. Un gars comme Leonardo DiCaprio est capable d’être
crédible dans des rôles très différents : cela montre
bien le talent qu’il faut pour être un boin acteur. De plus,
quand les acteurs décident d’enregistrer des disques, c’est
nul donc je me limite à mes compétences. A moins de jouer son
propre rôle, ce n’est pas la peine d’essayer. C’est même
insultant pour les acteurs.
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