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20h45. La température
extérieure frôle les 0°c, Arles se morfond en cette triste et
froide soirée. Car Arles, quand il y caille, peu importe si l’on
est samedi: c’est mort. Morts également, de froid, les
quelques spectateurs venus en avance au concert. La salle ouvre à
21h, pas avant. Le temps de sonder le public frigorifié: des
jeunes, des pas jeunes, des hommes, des femmes, des chevelus, des
chauves… Astonvilla touche tous les publics, des anciens fans de
Trust et Noir Désir, aux nouveaux qui découvrent le rock français
d’aujourd’hui. Les portes ouvrent, première rentrée ou
presque, je grimpe au balcon face à la scène et m’y installe. La
salle est petite, et dans cet espace confiné, il suffit presque de
tendre le bras pour toucher les artistes. Ca tombe bien, Astonvilla
sont accessibles.
Le
début a trente minutes de retard, on crie, et ils s’amènent.
Arrive d’abord Greg, le batteur, les cheveux longs jusqu’aux
fesses (salaud, je veux les mêmes!) et le sourire jusqu’en
haut des oreilles. Le public l’aime déjà. Puis Manu le gratteux
et le bassiste. Et Fred au chant. Et c’est parti! On démarre
avec le meilleur moment de l’album Strange, le titre Invincible.
Fred (je l’appelle ainsi parce que c’est le genre de gars
tellement amical qu’on a l’impression que c’est un pote de
toujours) est une pile électrique, il saute partout, traverse la
– petite – scène en long et en large, et ne quitte presque
jamais du regard le public, si ce n’est pour le poser sur ses
camarades. Si tous les artistes étaient aussi généreux…
Et le public leur a bien rendu. On a tous été réceptifs et
chaleureux, et la communion avec le groupe était presque parfaite.
Petite
salle oblige, le son saturait (mais baissez!) tout en
restant audible, les musicos n’ont fait aucune fausse note, étaient
en parfaite harmonie les uns avec les autres, s’amusaient vraiment
comme des fous et ont su garder leur humour quand l’ampli de la
guitare s’est mis à déconner. Eux, ils savent prendre les choses
du bon côté, et plutôt que de s’en excuser platement, ils en
ont ri et ont improvisé tant qu’ils pouvaient: « putain
Hubert (l’ingénieur du son, ndlr), t’as fini tes conneries? En
plus ma maman est dans la salle, ça le fait pas! ». Ah,
oui: Fred est du coin. Alors quand la star joue à domicile,
c’est encore plus chaud.
Tout
le dernier album ou presque a été joué, avec de-ci de-là des
titres des albums précédents (mais rares – n’oublions pas que
le line-up est relativement nouveau) tels que Invincible, Wash My
Soul, Voiture Française de Strange, et Les Codes tirés de leur
premier disque. Il était inévitable d’entendre Raisonne et Le
Chien, qui sont arrivés après le rappel, durant lequel nous avons
eu droit à une reprise de Johnny Cash (qui l’avait reprise de
Nine Inch Nails), Hurt, en duo guitare/voix très émouvant.
Le
concert fut grand. J’aimais déjà beaucoup Astonvilla pour leur
humilité (et leur musique évidemment), je les aime encore plus.
Simples mais pas cons, accessibles, amicaux, sympathiques, drôles…
Les qualificatifs pleuvent pour décrire ces bons gars. Dommage pour
moi que – ahem, la honte – je me sois méchamment faite repérer
sur mon balcon. J’avais oublié mon stylo pour noter la set-list
et j’ai dû tout noter sur mon téléphone portable, et je me suis
faite gaulée par le chanteur (j’étais pile en face), qui, je le
sais, déteste les gens qui font joujou avec leur téléphone
pendant le concert. Tant pis pour mon image,
la Terre des Immortels passe avant.
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