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ARCHIVE
Juin 2006
  
JOURNALISTES :
Cosmic Camel Clash et -the lord
  
INTERVIEW AVEC :
Danny Griffiths et Pollard Berrier
Programmation et Chanteur
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Après un Lights (cliquez ici pour lire la chronique) typé album-virage, les membres d'Archive sont de sortie à Paris pour assurer un peu de promo. Convié à discuter avec l'un des deux leaders Danny Griffiths accompagné du nouveau chanteur Pollard Berrier, votre serviteur a eu la joie de découvrir des musiciens loquaces et accessibles malgré la gueule de bois sévère d'un Danny ayant fêté son anniversaire la veille. Extraits d'une conversation décontractée.

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Cosmic Camel Clash : Lights vient de sortir, avez-vous lu les chroniques le concernant? Quels sont les retours jusqu'à présent?

Danny Griffiths (programmation) : Je n'ai pas lu les chroniques de ton site car je ne comprends pas le français (rires)! En fait je n'ai lu aucune chronique mais pour ce qu'on m'en a dit les retours sont plutôt bons… D'un autre côté, les gens vous disent toujours ça.

Pollard Berrier (chant) : Je lis les chroniques en général, histoire d'être au courant… D'ailleurs quand une chronique est mauvaise je place des caméras dans la maison du chroniqueur pour éventuellement aller tout casser.

Danny Griffiths : (rires) Oui, et kidnapper leurs enfants! Non, je ne lis pas les chroniques en général. Je vais sûrement dire un cliché, mais tant que je prends plaisir à faire ce que je fais les chroniques ne m'atteignent pas vraiment. On ne peut pas plaire à tout le monde, et une chronique n'est jamais que l'avis d'une seule personne.

Cosmic Camel Clash : La plupart de celles que j'ai lu soulignent qu'avec Lights vous avez tenté d'explorer de nouvelles directions musicales. C'est quelque chose que vous vouliez faire?

Danny Griffiths : Je pense que c'est ce que nous faisons en général avec Archive, et que nous avons toujours fait. Nous aimons explorer et expérimenter avec la musique: nous nous ennuierions très rapidement si nous faisions toujours la même chose, c'est donc une volonté constante. Cette fois-ci nous sommes allés plus loin dans cette démarche car Pollard, Dave (Penney) et Maria (Q) chantent sur l'album, et ils y ont insufflé leur sensibilité et leur énergie. Ce mouvement vers la nouveauté me semble sain, et ajoute de la fraîcheur au tout.

Cosmic Camel Clash : Cette volonté de changer est présente sur la plupart des titres du nouvel album, par exemple Sane ou System. Mais il y a cette longue chanson-titre qui sonne plus comme vos albums précédents. Y a-t-il eu une volonté de rester fidèles à vos racines avec cette chanson?

Danny Griffiths : Je ne sais pas… En fait nos chansons très longues ne sont jamais pensées comme telles à la base. Il y en a eu d'autres par le passé, mais ce n'est jamais le fruit d'une intention consciente. En fait nous sommes assez attirés par la monotonie dans la musique, et quand une partie sonne bien nous n'avons pas peur de la répéter. Je suis sûr que beaucoup de gens doivent trouver nos longues compositions incroyablement ennuyeuses, mais pour nous cette répétition est la seule manière de créer une tension émotionnelle. Quand le chant arrive après une longue partie monotone, cette partie monotone est là pour créer un besoin chez l'auditeur qui finit par bénir le chant quand il arrive enfin. Mais nous ne prévoyons jamais que telle ou telle chanson va être démesurément longue, entre autres car les très longs titres sont une plaie! Ce ne sont pas les choses les plus faciles à faire, et ils demandent une quantité de travail et de réflexion impressionnante pour que la chanson reste intéressante à nos oreilles. Il n'y a pas grand monde qui peut le faire : seuls quelques artistes comme James Brown peuvent te sortir un morceau qui te laisse sur ta faim et te donne envie d'entendre plus même après quatorze minutes. C'est ce que nous recherchons… La monotonie peut être fantastique quand elle est bien exploitée. Pour les autres chansons nous voulions des chansons pop accrocheuses et immédiatement accessibles. Lights est la première chanson que nous avons travaillée avec Pollard, et nous avons très vite compris quel était son potentiel et où elle allait nous mener. Il était donc plaisant d'avoir ces autres titres pop autour pour créer un équilibre, et au passage ne pas ennuyer les gens à mort.

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Cosmic Camel Clash : Pollard, tires-tu la même satisfaction en travaillant sur une chanson courte et accrocheuse et une chanson longue et progressive?

Pollard Berrier : J'adore l'énergie des titres courts, et leur côté parfois étrange mais les titres longs me plaisent également à cause de leur construction et de la manière dont ils peuvent provoquer l'émotion, cette manière d'accumuler de la tension pour finalement la relâcher à un moment donné, ce "flash".

Danny Griffiths : Le problème des très longs titres est qu'il faut être dans l'humeur adéquate pour pouvoir les écouter correctement. Si tu n'es pas dans l'humeur pour écouter un titre démesuré tu vas te forcer, ou plutôt tu ne vas pas te forcer et tu ne l'écouteras pas jusqu'au bout. Je me représente tout à fait le désarroi de quelqu'un qui a déjà écouté cinq minutes de musique et se rend compte qu'il reste dix-huit minutes au compteur : s'il n'est pas d'humeur il zappera. Il faut s'être préparé, s'asseoir et écouter dans le calme, sans gens qui discutent autour ou une autre activité en cours. Il faut rester concentré.

Cosmic Camel Clash : Tu as précisé que votre processus d'écriture est assez spontané. En est-il de même pour votre son? Passez-vous beaucoup de temps à peaufiner chaque aspect de la production ou est-ce que vous y allez au feeling?

Danny Griffiths : Nous passons un temps insensé sur la production. Nous aimons ajouter de nouveaux sons à chaque fois, de nouveaux instruments, délirer avec les claviers, etc. Il n'est pas inhabituel que nous passions beaucoup de temps à complexifier un titre encore et encore pour finalement tout enlever et le rendre à sa forme la plus basique car il fallait bien essayer d'ajouter des choses pour voir comment ça allait sonner. Un titre comme System a une production extrêmement simpliste : une boîte à rythmes, un riff de guitare, un sample et le chant, basta. Nous l'avons voulue ainsi car cela permettait de mettre l'accent sur la voix de Pollard et les paroles. Il n'y a pas d'autre choix que d'essayer différentes choses encore et encore, on en peut pas savoir sinon. Nous avons écrit plusieurs titres pour lesquels nous avons dépensé des fortunes pour faire venir je ne sais combien de musiciens en studio et pour finalement ne rien garder ou presque!

Cosmic Camel Clash : Es-tu satisfait du son général de l'album?

Danny Griffiths : Oui, je suis extrêmement satisfait. Pour moi le son de Lights est le meilleur de notre histoire. Le son est vraiment complet, chacun des acteurs du disque est clairement présent et identifiable. Tout sonne comme il devrait, en particulier au regard des variations continuelles de tempo et d'émotions exprimées. Nous ne sommes pas Franz fucking Ferdinand, nous ne pouvons pas savoir comment sonnera chaque chanson avant d'avoir écouté le disque. Je suis donc très content de la production, c'est un équilibre parfait entre la noirceur de certains titres et l'optimisme d'autres. Pour moi c'est un travail remarquable.

Cosmic Camel Clash : Les chanteurs ont toujours défilé chez Archive, mais Craig Walker occupait une position assez prééminente. Au vu du partage des vocaux entre Pollard, Mariah et Dave sur Lights, allez-vous conserver cette formule de plusieurs chanteurs à égalité, ou allez-vous chercher un remplaçant pour Craig?

Danny Griffiths : Nous n'avons pas du tout l'intention de chercher un remplaçant pour Craig. Avec Craig, Archive fonctionnait plus ou moins comme un groupe "normal", ce qui n'est pas vraiment le reflet de la réalité. Quand les gens voient un frontman ils s'imaginent qu'il occupe une position de leader et qu'il écrit la majorité des titres, ce qui n'a jamais été le cas dans Archive. Craig avait néanmoins une part importante dans le songwriting, et pas seulement les paroles… Mais nous avons fini par repenser tout ça et aujourd'hui nous considérons plus Archive comme un collectif. Tout ne tourne pas exclusivement autour de Darius (Keeler, programmation) et moi sous prétexte que nous avons fondé le groupe : il y a tant de personnes investies dans Archive, tant de musiciens talentueux et qui travaillent dur… La manière dont nous travaillons aujourd'hui avec Pollard, Dave et Maria me convient mieux car chacun a la liberté de faire ce qu'il veut. Chacun contribue selon sa volonté : par exemple Maria n'écrit pas de musique car ce n'est pas son truc, mais elle remplit son rôle à la perfection. Dave et Pollard ont leurs propres groupes et c'est important. Aujourd'hui tout est plus naturel et le fonctionnement est plus simple : par exemple Craig était très branché guitares et moi pas, car je n'ai pas son background de groupes rock indépendants.

Pollard Berrier : C'est plus naturel pour moi aussi, car j'en ai plus qu'assez des luttes de pouvoir et d'ego qui sont le lot des groupes traditionnels. Toutes ces histoires de qui écrit quoi, qui est mis en avant, et qu'est-ce que les producteurs en pensent, et qu'est-ce qu'ils pensent des chanteurs… Je ne comprends pas cette mentalité à la base, et c'est pour ça qu'Archive est une bouffée d'air frais pour moi : enfin un collectif dans lequel tout le monde est sur le même pied et tout le monde apporte sa pierre! Les gens dans ce groupe ont gardé les pieds sur terre et ça me plaît beaucoup de faire partie de quelque chose où on met ses fantasmes de domination de côté pour juste faire de la musique.

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Cosmic Camel Clash : Archive serait-il le seul groupe de la planète sans conflit d'ego?

Danny Griffiths : Craig posait ce genre de problème : il était frustré de ne pas composer autant qu'il ne le voulait. Le problème, c'est qu'il ne composait pas et ne travaillait pas dans le même style que nous et que nous ne sommes pas un groupe normal. Il nous a fallu pas mal de temps pour résoudre tout ça, mais, après tout, le temps passé à résoudre les problèmes ne compte pas tant qu'ils sont résolus au final.

Pollard Berrier : J'hallucine quand j'imagine tout ce que vous avez dû traverser! J'ai fait partie d'un autre groupe auparavant et il y avait ce même problème avec des gens qui voulaient absolument tout contrôler. C'est nécessaire à un certain point, mais à un moment donné il faut se dire que si on n'est pas Stevie Wonder ou Prince –comprendre quelqu'un capable de tout faire par lui-même- il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître et traiter ses musiciens sur un pied d'égalité au lieu de vouloir toujours tout contrôler.

Danny Griffiths : Pollard et Dave n'ont pas de problème pour chanter tel ou tel titre, que ce soit une chanson composée par eux-mêmes ou par quelqu'un d'autre. C'est très important : si on essaye de tout faire par soi-même on se plante, et nous avons-nous même fait cette erreur sur l'album Take My Head. Darius et moi avions tout composé sur cet album, et Suzanne Wooder n'avait pas eu voix au chapitre. Nous lui avons dit comment chanter chaque partie, jusqu'au moindre détail. C'est une barrière à l'émotion et au naturel : un vocaliste ne peut rien faire passer s'il ne s'approprie pas ce qu'il chante. D'ailleurs Craig était merveilleux pour ça : quand on l'entend chanter Again on se rend bien compte qu'il chante des paroles écrites par un autre comme si c'était les siennes, en s'investissant complètement dedans grâce à son côté émotionnel. Mais aujourd'hui il a besoin de faire son propre truc, d'écrire plus et d'être le maître à bord.

Cosmic Camel Clash : J'aimerais bien avoir votre définition du terme "progressif". S'agit-il de défricher de nouveaux terrains musicaux? D'aller contre les tendances? De faire ce qu'on veut sans se soucier du jugement d'autrui?

Danny Griffiths : Je ne sais pas vraiment ce que ce mot veut dire. Mais si je devais me baser sur les groupes que je considère comme progressifs, comme Mogwai ou Sigur Ros, je dirais qu'il s'agit de faire de la musique pour faire de la musique, pas d'écrire un single pop de trois minutes trente pour la radio. L'émotion doit passer en premier, et il est aussi important de faire de la musique pour soi avait tout, car si on ne fait pas de la musique pour soi mais pour plaire aux gens ça ne va plus. Quand on commence à faire des disques pour les fans, pour plaire, je pense qu'on commence à perdre l'esprit qui doit animer la musique.

Cosmic Camel Clash : Beaucoup de musicien m'ont tenu ce discours, qu’il faut jouer pour soi avant tout. Mais d'un autre côté ils admettent tous que leurs fans sont très importants pour eux et que ce sont les fans qui alimentent la flamme qui leur permet de continuer. N y a-t-il pas un paradoxe là-dedans?

Danny Griffiths : Pour moi il n'y a pas de paradoxe : nos fans aiment notre musique car nous l'écrivons pour nous avant tout, et c'est ça qui la rend émotionnelle et puissante. C'est un challenge : si nous ne composions pas de cette façon je pense que nous n'aurions plus de fans de toutes façons. Bien sûr, les fans sont ceux qui nous permettent de retourner en studio, de partir en tournée, etc. Mais cela ne veut pas dire que nous composons pour les fans. Si d'un seul coup les fans se mettaient à détester notre musique cela ne nous arrêterait pas. Je continuerai à faire de la musique même si je n'ai plus que ma sœur comme fan! C'est ce que nous faisons, nous n'avons jamais rien fait d'autre. Je pense qu'il est important que les gens réalisent à quel point la musique est importante pour nous. Il y a une quantité impressionnante de musique de merde que le public doit subir, qu'on lui fait absorber de force… donc je pense que les gens apprécient d'écouter quelque chose qui vient vraiment du cœur.

Pollard Berrier : C'est l'idée : quoi qu'on fasse dans la vie, si on le fait avec honnêteté et dans une démarche authentique cela crée un effet de résonance avec le public, il s'y intéresse et cela permet le partage. C'est le pouvoir de la musique : atteindre les gens. C'est un peu étrange et spirituel, ce pouvoir que la musique a : certaines personnes en ont besoin et d'autres pas, et c'est bien comme ça.

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