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Avant leur concert à l'Aéronef de Lille (cliquez ici pour lire le report), La Terre Des Immortels a eu la chance de s'entretenir avec Darius Keeler, principale tête-pensante d'Archive. Nous avons voulu en savoir plus sur les influences et les attitudes progressives de ce groupe atypique. Et comme on aurait pu s'en douter Darius est loin d'être étranger à la scène rock prog...

 

-the lord : La Terre Des Immortels est un site principalement axé sur le metal et le prog. Es-tu surpris qu'Archive y soit très en vue aussi bien au sein de l'équipe rédactionnelle qu'au sein de la communauté autour de notre webzine?

Darius Keeler (machines) : Pas du tout! J'ai toujours considéré qu'Archive était un groupe progressif car nous écrivons notre musique avec notre coeur. Notre message est souvent simple, nos idées également, mais nous essayons de les transmettre à l'auditeur de manière intelligente, progressive si tu veux. Cela se fait par le biais de la production ou des arrangements. C'est la partie de notre musique que j'apprécie le plus et celle où l'on sent le plus l'influence de Pink Floyd. Maintenant, est-ce que ce groupe était progressif? Car que veut dire progressif, au fond? Pour moi, cela signifie toujours faire des albums mais par un chemin différent à chaque fois. Il y a tellement de groupes qui se répètent; on sait d'avance à quoi va ressembler le nouveau Coldplay ou le nouveau Red Hot Chili Peppers. Avec Archive on ne sait pas...

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-the lord : C'est donc pour cela que lorsque votre premier album Londinium est sorti, faute de pouvoir le comparer à un autre de vos disques personne n'y a vu d'influences progressives...

Darius Keeler : (rires) Exactement!

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-the lord : Quelles sont tes influences principales dans le domaine du rock progressif?

Darius Keeler : J'aime King Crimson. Notre manager a d'ailleurs bossé avec le groupe durant leur grande époque. Nous aurons peut-être Robert Fripp sur le prochain album. Il est prêt à le faire mais nous devons encore faire coïncider nos emplois du temps. Mon grand frère écoutait beaucoup de Genesis et de Yes mais c'était une musique trop "intelligente" pour moi. J'ai particulièrement de mal à suivre Yes; chez King Crimson la musique est plus unie autour d'une idée. Je respecte davantage leur démarche tout comme Pink Floyd. Mais inconsciemment les groupes de prog qu'écoutait mon frère m'ont inspiré. Pour ma part, j'étais plus intéressé par The Who et leur fabuleux album Tommy. Enfin, j'aimais énormément Isaac Hayes pour ces arrangements qui sont tout ce qu'il y a de plus prog. Je conseille à tout le monde l'album Hot Buttered Soul où vous pourrez entendre des choses stupéfiantes, bizarres et inventives.

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-the lord : Avec You All Look The Same To Me les influences progressives sont plus claires même pour ceux qui ignorent ce qu'est véritablement le rock prog. Beaucoup de personnes ont été surprises de ne pas retrouver sur Noise de longs morceaux à la Again ou à la Finding It So Hard. Avez-vous fait cela pour surprendre et précisément ne pas refaire la même chose une nouvelle fois?

Darius Keeler : Pour Noise ne nous voulions pas écrire des chansons de manière prétentieuse comme le font des groupes comme Faithless par exemple. Pour You All Look The Same To Me, les chansons sont devenues très longues car nous n'arrivions pas à les terminer et elles n'arrêtaient pas de s'étirer! Pour Noise, nous n'avions pas eu ce problème et cela aurait été artificiel de les rallonger pour le plaisir. Waste dure près de dix minutes tout de même et ne sonne pas du tout artificielle. De plus pour Noise, nous voulions condenser nos idées au maximum; toujours surprendre l'auditeur mais dans un laps de temps plus restreint. Noise est au moins aussi imprévisible que You All Look The Same To Me: écoute donc Love Song!

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-the lord : Gloablement Noise a été moins bien accueilli par la critique que You All Look The Same To Me ce qui me surprend vraiment. Quel est ton avis sur la question?

Darius Keeler : Il nous sera dur de faire un album plus sincère que You All Look The Same To Me; en tout cas en ce qui concerne sa signification. Il nous a pris huit mois à faire, et trois mois passés rien que sur le morceau Again. Ca m'a tué. Noise n'a pas grand chose d'émotionnel -ce n'est qu'un album de pop- donc nous avons tout fait en trois mois. Noise est ainsi plus léger et plus agréable à écouter. De toute façon je pense déjà au prochain disque. Nous avons des trucs longs et d'autres plus courts d'écrit. Nous allons essayer de faire un ouvreur de vingt minutes (rires). Ainsi cela fera comme un vieux vinyl avec d'un côté une chanson de vingt minutes et de l'autre cinq chansons plus courtes.

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-the lord : Avez-vous l'impression d'avoir perdu des fans de la première heure en donnant plus de place aux influences progressives au détriment des sonorités trip-hop?

Darius Keeler : Il faut se rappeler qu'à la sortie de Londinium, Danny Griffith et moi avons splitté car personne ne s'intéressait à ce disque! De toute manière à ce moment-là, Archive n'était qu'un projet pour moi. Mais tout à coup l'album a reçu de superbes critiques dans la presse mais elles disaient toutes que nous copions Portishead! Foutaises! Si les journalistes avaient écouté comme il fallait ce disque ils auraient vu que ça n'avait rien à voir avec Portishead. De toute manière, je me suis vite "dégagé" de Londinium et je suis passé à autre chose. Mais huit mois plus tard quelques pays comme la Grèce et la France ont adoré l'album et nous avons donc dû faire de la promo. Ca me fait toujours sourire quand les gens me parlent de Londinium car pour moi le commencement d'Archive n'intervient qu'à partir de You All Look The Same To Me car c'est un album très original et nous avons pu commencer à tourner. J'adore Londinium et plusieurs chansons de Take My Head mais ce n'était pas assez révolutionnaire. Pour en revenir à ta question sur la perte de fans, je m'en fiche en fait (rires). En effet, Londinium n'a été fait pour aucun fan mais simplement, égoïstement, pour moi-même.

-the lord : Une des caractéristiques du prog concerne les improvisations durant les concerts. Quelle est la position d'Archive sur ce point?

Darius Keeler : Je n'aime pas les jams sur scène. La musique d'Archive est très mathématique et même si nous devions par accident de ce qu'il faut jouer nous essayons de rester le plus carré possible. Les arrangements de nos chansons sont tout de même différents par rapport aux albums. Généralement, certains de nos chansons comportent de courtes sections "spéciales" qui permettent à chaque musicien de faire ce qu'il veut mais cela reste minime. Je trouve cela rapidement ennuyeux d'improviser comme les Dandy Warhols qui transforment une chanson de trois minutes en un truc immonde qui en fait vingt (rires)!

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-the lord : A propos de live, comment se passe la tournée actuellement?

Darius Keeler : Bien. Nous avons découvert que nous avions une quantité impressionnante de fans en Pologne! Nous avons eu un mavais concert à Munich tout comme à Marseille où nous n'avons même pas joué de dernier rappel ce qui n'a pas trop plu au public... Notre chanteur ne se sentait pas très bien; ce sont des choses qui arrivent en tournée. Mais chaque soir est spécial. Nous avons eu besoin de cinq ou six concerts pour nous mettre en jambes car nous n'avons eu qu'un temps limité pour répéter avec le nouveau chanteur Dave.

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-the lord : Comment est-il arrivé là, au fait?

Darius Keeler : Nous ne l'avons pas auditionné. Il est dans un groupe de son côté et en fait, il connaît bien Craig Walker notre chanteur habituel. C'est amusant car il fait partie de mes influences, je l'avais même vu en concert avant de faire You All Look The Same To Me. Son groupe avait plein d'éléments électro mais aussi trois guitaristes et je pense qu'aujourd'hui on peut voir son influence dans nos prestations live. C'est un fan d'Archive et n'a pas hésité pour venir nous dépanner. Cela tombe très bien car sans lui nous n'aurions pas fait passer d'auditions, nous aurions certainement annulé la tournée mais nous ne le voulions absolument pas. Il apprécie de jouer avec nous car d'habitude il ne produit que devant une centaine de personnes et ici c'est généralement plus de l'ordre de mille cinq-cents ou deux mille (rires).

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-the lord : Archive a dit et répété qu'il ne souhaitait pas sortir d'album live ou de DVD avant 2006 et la sortie d'un nouvel album studio. Est-ce que c'est dû au fait que vous n'êtes pas encore satisfait des chansons qui consistuent votre set?

Darius Keeler : Oui et non. Nous devons encore beaucoup travailler. Nous allons sortir deux singles avant la prochain album studio avec des titres qui ne seront pas sur l'album. Si on suit le planning ils sortiront avant l'été 2005 et l'album suivra au début de 2006.

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-the lord : Imagine que l'on est à l'époque de Londinium et que tu entendes Noise. Qu'est-ce qui te surprendrait le plus?

Darius Keeler : Love Song. Les arrangements y sont vraiment bizarres pour une chanson de pop. De plus, tout ce qui fait le style d'Archive est présent dans ce titre qui ne fait pourtant que cinq minutes à peu près.

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-the lord : Est-ce que ce titre rend bien sur scène?

Darius Keeler : Pas trop. Nous ne l'avons joué qu'une seule fois, à Athènes. Love Song marche très bien sur disque mais en concert elle pert quelque peu de son impact. Quand vous entendrez Pulse en concert, vous comprendrez ce que j'entends par une chanson qui a de l'impact (rires).

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-the lord : Vous avez enregistré une bande-son, pour le film Michel Vaillant, assez tôt dans votre carrière. L'exercice de la musique de films est souvent un rêve pour les groupes qui ne se réalise qu'après de nombreuses années. N'êtes-vous pas déjà quelque peu frustrés artistiquement?

Darius Keeler : Je ne sais pas... J'aimerais en refaire! Pour moi Michel Vaillant fait partie de Noise. En un an on a fait les deux disques de Michel Vaillant, Noise et Unplugged ce qui constitue pour nous un cycle musical. Donc je n'ai jamais vraiment considéré cette bande-son comme un but atteint mais seulement comme une introduction à Noise. Nous n'avons mis que quatre mois à faire cette B.O. et j'aimerais tellement bosser sur un film pendant un an entier. Et un bon film aussi car Michel Vaillant est nul!

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-the lord : Tu ne savais pas à quoi t'attendre avec Luc Besson (rires)?

Darius Keeler : (rires) Chez nous c'est un héro et chez vous il a une mauvaise réputation. Quand nous avons donné des interviews en France, tout le monde nous demandait pourquoi nous avions bossé pour un de ces films. Chez nous, tout le monde adore ces films. Mais vous avez l'air d'aimer être critique envers les gens qui ont du succès. Enfin, je me suis rendu compte peut-être un peu tardivement que ce projet n'était pas artistiquement très valable mais au final ce n'est pas trop grave...

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-the lord : Dernière question: qu'as-tu pensé du dernier album de Björk qui est pour le moins progressif (rires)?

Darius Keeler : Je n'aime pas du tout. Elle fait de la musique pour elle uniquement. Son égocentrisme m'ennuie et je n'ai pas attendu ce dernier album pour m'en rendre compte. Elle se contente de tout le temps chanter ce qui lui vient naturellement et je pense que pour avoir de bonnes mélodies il faut essayer de se diversifier. C'est pour cela que j'aime avoir plusieurs chanteurs, ainsi on n'est plus prisonnier d'un seul style de chant qui est propre à chaque personne. Chez Björk c'est tout le temps la même chose répétée à l'infini; elle ne peut pas être objective quant à sa musique! Carton rouge à Björk, donc (rires).

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(interview réalisée le 23 novembre 2004 par -the lord )


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