Che-Ro-Kee
: Ma première question tu t’en doutes sera de savoir
pourquoi vous avez évité de jouer à Paris deux fois de suite…
Charlie Benante
(batterie) : (m’interrompant) Nous n’avons pas évité
Paris. Pas du tout, on voulait y jouer sur cette seconde partie de
tournée. Je ne comprends pas pourquoi l’agence qui nous a assuré
que l’on jouerait dans chaque pays d’Europe n’a pas booké
Paris. En plus j’aime cette ville. Je m’y suis rendu sur un day
off au moment du Fury Fest l’an passé.
Che-Ro-Kee
: Bon et qu’est-ce qui se profile pour la suite alors ?
Si suite il y a !
Charlie Benante
: Au départ nous nous sommes concentrés sur ces tournées de
reformation, mais à présent j’envisage qu’il puisse y avoir
un nouveau disque. En même temps Frank va avoir un bébé dans
les semaines qui viennent, ma première fille Mia est née il y a
peu et donc, hormis les dates prévues, le rythme va plutôt être
basé par rapport à nos familles. Qu’on puisse en profiter un
peu.
Che-Ro-Kee
: Donc rien qui ne vous pousse à entrer urgemment en studios ?
Charlie Benante
: (un peu énigmatique) Oh, urgent ! J’aimerais
qu’il y ait quelque chose d’urgent. Mais oui, on va peut-être
s’y remettre, écrire de nouveaux titres, tout ça…
Che-Ro-Kee
: Donc en tant que co-leader du groupe avec Scott, j’imagine
que tu dois avoir une sorte de plan pour l’avenir sans compter
quelques morceaux de côté ?
Charlie Benante
: Oh, j’ai des tonnes de chansons en stock. Plein de
morceaux datant des sessions de We’ve Come For You All et
d’autres encore. En fait il y aurait largement de quoi faire un
album et plus.
Che-Ro-Kee
: Et je suppose que tu voudrais que les autres travaillent
avec toi dessus ? Peut-être ?
Charlie Benante
: Mmmh, ouais. Dans un monde parfait oui. On est toujours sous
contrat avec Nuclear Blast en Europe, donc on pourrait sortir un
album. Aux USA en revanche, notre deal avec Sanctuary touche à sa
fin et tant mieux car ils ne faisaient rien pour nous. Mais je ne
peux pas trop parler de tout ça. Ce que je sais c’est qu’en
Europe notre label a bien bossé sur We’ve Come For You All qui
s’est bien vendu et a obtenu de bonnes critiques. Aux USA, queue
de chie ! Sanctuary n’a rien fait.
Che-Ro-Kee
: Alors qu’en Europe, ça a été le carton plein…
Charlie Benante
: Ca a vraiment bien marché oui. Alors si je suis honnête et
que je regarde les choses de l’extérieur, je dirais que cette
tournée de reformation n’est pas forcément intervenue au bon
moment, vu les bons chiffres de We’ve Come For You All en
Europe. Ce qu’il aurait fallu, c’est repartir en studio et
sortir un autre disque pour surfer sur cette vague de succès
retrouvé. Mais nous avons été coincés par cette histoire de
vingtième anniversaire du groupe. Comme c’était un chiffre
symbolique propice à une reformation, nous l'avons fait !
Donc le timing n’était pas approprié pour une reformation à
cause de notre succès retrouvé, mais en même temps il l’était
puisqu’une tournée avec le line up classique d’Anthrax allait
forcément rameuter du monde. Je ne sais pas, c’est bizarre de
voir comment les gens se focalisent sur ces tournées de
reformation. Ils réagissent tellement mieux que pour un nouveau
disque, hormis le dernier bien sûr.
Che-Ro-Kee
: Donc, même tes propres sentiments semblent mitigés sur
cette affaire ?
Charlie Benante
: Mmmh, pourtant cette idée de se reformer c’était mon idée
au départ. A 100%. Je l’ai voulue, je l’ai eue. Seulement je
pensais que nous ferions deux shows chaque soir, l’un avec Joey
au chant et l’autre avec John.
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Che-Ro-Kee
: Sauf que John a refusé !
Charlie Benante
: Oui John n’était pas chaud, pas partant à 100% sur
l’idée. Ce que je comprends mais en même temps, il me manque
beaucoup. Tu vois on s’est encore appelé l’autre jour et c’était
plus « comment va ton bébé ? », « et
ta copine ? » plutôt que des histoires de groupe
ou de musique. On a des conversations d’amis. Et pour moi,
c’est le meilleur chanteur qu’ait eu Anthrax. Une fois qu’il
a intégré le groupe il m’a permis de refermer le chapitre du
thrash metal à la sauce eighties pour en entamer un autre et
aller de l’avant musicalement. C’est un réel plaisir et un
moteur pour moi que de composer des titres qu’il va chanter.
Donc si ce coup là, il faut que je réécrive pour Joey, il va
falloir tout changer, tout reprendre.
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Che-Ro-Kee
: Sans pour autant vous mettre à écrire Among The Living
part II car je ne pense pas que ce soit ce que tu recherches, si ?
Charlie Benante
: Non, et pourtant quand je vois tous ces groupes se reformer,
la plupart me semble régresser musicalement quand il s’agit de
sortir un nouveau disque. Ca sonne tout vieux ! Tu vois j’essaie
d’être honnête et naturel à propos de tout ça mais ce que je
sais c’est que si Joey n’est pas à la hauteur de la tâche
avec les nouveaux morceaux, s’il ne les fait pas sonner comme il
faut ça s’arrêtera là. Je peux être très dur quand il
s’agit du boulot et du résultat que je souhaite. Pour moi,
We’ve Come For You All est le sommet de notre créativité et il
est hors de question de redescendre d’un cran en termes d’écriture.
Maintenant, même si nous avons des morceaux du calibre de ceux de
We’ve Come For You All, nul ne peut dire que la mayonnaise
prendra de la même sorte. Car, encore une fois, ce ne seront plus
les cinq même personnes derrière.
Che-Ro-Kee
: Etrange quand même de te voir si tourmenté quand on sait
qu’Anthrax représentait l’archétype du groupe cool il y a
vingt ans. Vous aviez une image super positive avec votre look fun
à base de bermudas et votre humour. Tous les fans de thrash se
sapaient comme vous et voulaient aller se taper un petit mosh en
concert !
Charlie Benante
: Ca n’a guère changé, honnêtement. Nous sommes presque
les mêmes. Sauf que nous avons grandi, expérimenté et perdu
notre naïveté. Surtout en ce qui concerne le bizness qui peut te
briser de tant de façons. Donc, nous ne sommes plus des mômes de
vingt-deux ans qui s’amusent sans réfléchir. Mais je m’éclate
toujours sur scène heureusement, et tous les soirs, la réaction
des fans me remplit de joie. Ils nous donnent leur enthousiasme et
nous en retour, nous leur donnons le meilleur de nous-mêmes. Leur
accueil nous fait chaud au cœur. Et c’est en partie pour ça que
nous tournons depuis près d’un an avec ces vieux morceaux.
Che-Ro-Kee
: Scott Ian avait dit une fois qu’il était toujours surpris
de discuter avec de vieux fans s’étant peu à peu « rangés ».
Ils n’achetaient plus les disques, n’allaient plus aux
concerts, avaient d’autres priorités, un job en costard et une
bonne coupe de cheveux. Mais cette tournée est peut être
l’occasion de les voir ressurgir ?
Charlie Benante
: Oui, justement. On revoit de vieux fans du fait de la
reformation. Certains viennent avec leurs enfants. Mais ça m’étonne
de voir ceux qui ont lâché l’affaire parce qu’ils ont
« grandi ». J’en croise parfois qui me disent, « oh
je vous écoutais à la fac ! » Pourquoi
n’aimeraient-ils plus Anthrax après la fac. Ce n’est pas
parce que tu as un vrai job, des responsabilités ou une famille
qu’il faut enterrer tout ton passé. Moi aussi j’ai une
famille et j’écoute toujours du metal.
Che-Ro-Kee
: C’est peut être le regard des autres sur le metal considéré
comme une musique pas très adulte. Ou la réaction de leur femme ?
Charlie Benante
: Et ben, leur femme on l’emmerde (rires). Mais bon,
en même temps je ne veux pas que la nostalgie l’emporte trop
longtemps. On ne remonte pas un vieux line-up uniquement pour
capitaliser sur le passé. Il y a un moment où il faut passer à
la suite… En même temps en tant que grand fan de Kiss, je peux
comprendre ça. Car j’étais excité comme une puce quand ils se
sont reformés et si pressé d’aller les voir. Et il y a
d’autres groupes que j’aimerais revoir. Ca se fera peut-être,
peut-être pas. Mais après il faut bouger, évoluer.
Che-Ro-Kee
: Scott a provisoirement rejoint la team d’un reality show
sur le câble. Toi-même penses-tu à un projet parallèle pour
tuer le temps avant qu’Anthrax ne reparte sur du concret ?
Charlie Benante
: J’ai des idées bien sûr, musicalement je pense à des
trucs. Mais ce genre de projets… Avant que ça ne se mette ne
place, tu n’as pas vraiment idée du résultat. Donc je ne sais
pas à quoi ça ressemblerait. En attendant, j’ai déjà ma
famille qui m’occupe bien.
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