>

 


Interviews
Forum
News
Onestqui?
Liens
Playlists
Chroniques
Concerts
Narration



 

A l'occasion du passage sold out d'Anathema à La Boule Noire de Paris (cliquez pour lire le compte-rendu), nous nous sommes entretenus avec la formation anglaise. Vincent Cavanagh, le chanteur-guitarsite, a ainsi pu aborder en toute tranquilité des thèmes tels que la relation du groupe avec les médias, le style de sa musique et bien entendu le nouvel album qui, si l'on en croit le rouquin, serait une pièce de choix...

 

Lordlatem : Anathema est vraiment le groupe parfait pour représenter les tendances musicales principales de notre webzine. En effet le groupe a progressé du metal vers un rock atmosphérique en passant par pas mal de stades intermédiaires. Néanmoins, beaucoup de personnes ont encore du mal à cerner exactement votre positionnement musical. Peux-tu nous éclairer?

Vincent Cavanagh (guitare+chant) : Je ne pense pas qu'Anathema se trouve de tel ou tel côté de la frontière entre le metal et le rock. Je ne fais personnellement pas de distinction entre ces deux styles. La musique est tellement immense et riche que la séparer entre deux genres si proches est absurde. Nous n'analysons absolument pas ce que nous faisons; cela ne fait pas partie de notre démarche! Bien sûr si nous nous penchions en tant qu'auditeur sur le contenu d'A Natural Disaster nous nous rendrions compte qu'il comporte beaucoup d'influences différentes. Il est très varié et ce n'est en aucun cas que du rock. J'aime également ce que nous avons fait par le passé et là aussi je pense pouvoir dire que ce n'était pas que du metal.

a

Lordlatem : En somme c'est là une attitude typiquement progressive...

Vincent Cavanagh : Certes. Mais nous n'avons pas le nez dedans. Ce ne sont que les personnes extérieures qui ont besoin de tout ranger dans des catégories clairement définies. Maintenant de quoi nous sentons-nous le plus proche? Cela dépend de notre humeur du moment. Ce matin par exemple je me suis mis du Black Sabbath à six heures du matin pour bien me réveiller! Plus tard dans la journée je me passerai peut-être du Sigur Ros ou du Mogwai... J'écoute plein de trucs différents et je veux par conséquent jouer beaucoup de choses différentes au sein d'Anathema. Par dessus tout je ne veux rien m'imposer qui puisse réduire mon champ d'action. Je laisse cela à Metallica...

a

Lordlatem : Lors de la promotion pour A Natural Disaster tu as souvent laissé entendre que le prochain album d'Anathema partirait sans doute dans une direction inattendue... Peux-tu en dire plus maintenant?

Vincent Cavanagh : Ce nouvel album sera certainement plus varié car tout le groupe s'implique dans la composition. A Natural Disaster était vraiment l'album de Danny (note de -the lord: Danny Cavanagh, guitare). Le prochain comportera plus d'éléments propres à chacun de nous.

a

Lordlatem : Est-il possible que le groupe utilise à nouveau un chant death, même épisodiquement?

Vincent Cavanagh : Oui mais pas dans le genre (il prend une voix death brutale à la Deicide). Nous n'aimons pas ce style de voix, on dirait un chien qui tousse un boule de poils (rires)! Cela ne me correspond pas, cela ne me fait pas vibrer, ce n'est pas intense du tout... Je préfère faire d'autres choses plus expressives avec ma voix qui peuvent être extrêmes mais toujours intenses. Il est possible de crier de tout son être et rester émotionnel. C'est quelque chose qui est davantage en adéquation avec ma vision de la musique. La grosse voix death ne me fait rien. Je la trouve plutôt pitoyable. "Le mec essaie d'être un démon ou quoi?!" (rires). De toute façon je préfère chanter et utiliser cette voix death me nique la gorge et m'empêche de bien chanter.

a

Lordlatem : Que penses-tu d'un groupe comme Opeth qui mélange divinement bien la beauté de la voix claire avec la fureur de la voix death? Ca fait son petit effet, non?

Vincent Cavanagh : C'est très bien. Je leur dit "go for it"! Ils ne se limitent pas donc c'est à mon avis très respectable. Il y a plein de bons groupes qui font d'excellente musique. Quant à nous, nous avons fait cela par le passé et nous n'y pensons plus car nous l'avons fait et nous allons toujours de l'avant. Je peux t'assurer que je pense à tout sauf à ma propre discographie quand j'écris de nouvelles chansons. J'écris ce que je ressens, ce qui me vient sans me forcer à faire quoi que ce soit.

a

Lordlatem : Je ne sais pas si tu as remarqué mais il est vraiment à la mode de jouer du metal original pour le plaisir de jouer du metal original. Beaucoup de groupes semblent voir une finalité dans le fait de combiner un maximum d'éléments musicaux disparates au sein d'un seul morceau. Que penses-tu de cette mode?

Vincent Cavanagh : Si c'est une mode, elle mourra par définition. Mais s'il y a des groupes qui veulent vraiment combiner plein de trucs différents, je n'ai aucun problème avec ça. Ca ne me dérange pas mais je ne sens pas concerné. Mais attention je n'ai pas dit que je n'aimais pas ce qui était novateur! J'adore les gens qui ont une attitude progressive. Je recherche constamment des choses que je n'ai jamais encore entendues.

a

Lordlatem : Ne considéres-tu pas Anathema comme un pionnier dans cette veine?

Vincent Cavanagh : Nous ne sommes que cinq gars normaux jouant la musique que nous aimons. Il serait prétentieux de dire que nous sommes des visionnaires. Ce qui est sûr est que nous n'essayons pas délibérément de copier un style ou un groupe existant. Nous jouons ensemble depuis si longtemps que nous savons exactement ce qui est bon pour le groupe. Et même si nous composons quelque chose dans un style inédit pour nous, nous arriverons à le faire sonner à la fois comme du Anathema et comme quelque chose de neuf. Nous faisons simplement notre petite cuisine dans notre coin sans vraiment nous préoccuper de ceux qui nous entourent. Nous ne sommes pas prétentieux vis à vis de nos nouveaux morceaux, nous ne forçons personne à les aimer sous prétexte que le son a évolué depuis nos débuts.

Lordlatem : Trouves-tu injuste que les chansons d'Anathema n'aient jamais reçu d'attention particulière de la part des médias généralistes?

Vincent Cavanagh : Oui je pense que certaines de nos chansons pourraient plaire aux médias mais c'est largement notre faute s'ils ne les diffusent pas. Je ne peux pas légitimement accuser les maisons de disques et les médias car je crois que le groupe ne joue pas vraiment leur jeu. A mon avis, nous pourrions passer à la radio si nous rentrions dans le système et si nous nous bougions le cul! Mais nous ne sommes pas tournés vers le marché... En nous levant le matin nous ne sommes pas motivés pour faire cela. Je me vois mal appeler des radios ou des distributeurs américains et leur dire "Salut! Merci les mecs de passer notre disque, c'est cool!" (rires). Pareil pour les photos, je ne suis pas à l'aise. C'est toujours à ce moment-là que je réalise que j'ai des bras et que je ne sais pas quoi en faire (rires). Nous préférons donc rester anonymes et avoir des gens qui s'occupent de tout cela à notre place. Mais nous ne sommes pas assez riches pour employer des gens (rires).

a

Lordlatem : Penses-tu que le nom Anathema effraie un public potentiel?

Vincent Cavanagh : Parfois, oui.

a

Lordlatem : Est-ce que par conséquent cela t'arrives de regretter d'avoir choisi ce nom?

Vincent Cavanagh : Non. De toute manière changer de nom ne nous fera pas changer de scène. Nous serons toujours assimiler à notre passé. Les gens se diront que c'est toujours le même groupe avec un nom différent dans la même maison de disques et le même management. Sur scène nous jouerions la même chose et nous ne nous mettrions pas à composer de manière différente. Quel est le but? Les gens savent que nous sommes Anathema. Pour moi, si la musique est vraiment bonne elle se suffira à elle-même pour percer. Nous espérons atteindre ce niveau-là un jour.

a

Lordlatem : N'avez-vous jamais eu, à un moment de votre carrière, des discussions sur un changement de nom au sein du groupe comme, par exemple, lors de la sortie de The Silent Enigma?

Vincent Cavanagh : Pas à ce moment précis, mais oui nous avons effectivement pensé changer notre nom à plusieurs reprises (il réfléchit et se met à en parler avec John Douglas, batterie). Nous avons vraiment tourné la page là-dessus, nous avons beaucoup réfléchi à la façon dont nous pouvions nous présenter au public etc. Mais en fin de compte nous avons opté pour un style naturel en nous souciant que de la musique. Si le prochain album est aussi bon que ce que nous le pensons, notre nom n'aura plus d'importante (rires).

a

Lordlatem : Puisque vous êtes en tournée en ce moment, dans quelle mesure trouves-tu que le fait d'enchaîner les concerts a une influence sur ce que vous composez?

Vincent Cavanagh : Nous nous améliorons techniquement plus nous jouons sur scène. Nous cherchons des sons différents également. Sur nos deux dernières tournées nous avons eu un son remarquable, le meilleur de notre carrière. Mais tourner nous aide surtout à tester nos nouvelles chansons et voir si elles fonctionnent aussi bien que sur l'album. Il peut être judicieux de jouer en concert quelques titres qui ne sont pas encore sortis pour voir les réactions du public.

a

Lordlatem : Y a-t-il des chansons dont tu es las d'avoir trop joué?

Vincent Cavanagh : Ca dépend de notre humeur. Nous pouvons vraiment jouer n'importe quelle chanson que nous avons déjà jouée avant. Sleepless et A Dying Wish peuvent très bien être jouées si nous en avons envie. Nous changeons et allongeons nos setlists au fur et à mesure du déroulement de la tournée pour rester motivés. Nous avons Lee Douglas au chant féminin ce qui est génial et nous avons une ou deux reprises en réserve que nous pouvons balancer si le public le veut. Nous pouvons improviser des petits trucs aussi...

a

Lordlatem : Quelles sont les chansons sur lesquelles le groupe se transcende vraiment?

Vincent Cavanagh : Il y en a plusieurs. Les vielles sont assez spéciales car elles sont lourdes de souvenirs. One Last Goodbye ou A Dying Wish par exemple. Du dernier album je pense que nous jouons très bien A Natural Disaster, Flying ou Closer. Il n'y a un type de chanson qui convient mieux à la scène. Chaque soir nous pouvons être bon sur des morceaux différents et laisser l'émotion nous envahir.

a

Lordlatem : Es-tu déjà parvenu à tel degré d'émotion que tu en as pleuré?

Vincent Cavanagh : (rire nerveux suivi d'une longue pause) Oui cela m'est arrivé... C'est mal? Ca m'est même arrivé bon nombre de fois! Il n'y a rien de mal à jouer de façon généreuse et à se laisser aller à ses émotions. Ca n'arrive pas à chaque fois quand même! En tout cas nous ne répétons pas énormément notre répertoire pour rester frais et pouvoir tout donner lorsque nous jouons les chansons. De toute manière nous connaissons nos chansons en long, en large et en travers donc nous n'aurions aucun mal à les jouer à l'envers ou de biais (rires). Très souvent en répétition avant une tournée, nous n'incluons pas certains titres car nous savons bien que si nous avons envie de le faire un soir nous nous rappelerons de la manière de la jouer.

a

Lordlatem : Quel type de public préfères-tu? Un public qui se lâche sans retenue ou un public plus calme, statique?

Vincent Cavanagh : J'aime surtout lorsqu'il est attentif. En tout cas je pense que nous sommes meilleurs maintenant car les réactions du public sont bien plus positives qu'il y a cinq ou six ans. Nous avons toujours été populaires en Grèce et en Allemagne mais maintenant le public des pays méditerranéens devient plus sensible à nos performances notamment en Turquie et Italie.

a

Lordlatem : As-tu senti le public d'Anathema évoluer en même temps que le groupe?

Vincent Cavanagh : Oui et non. Je sais que la majorité de nos fans du début nous écoute encore aujourd'hui. Bien entendu certains ont lâché l'affaire car ils préféraient le chant death et ne sont pas sensibles à une musique plus posée. Mais je peux te garantir qu'à nos concerts il y a toujours autant de t-shirts noirs de groupes de metal!

a


(interview réalisée le 28 Mai 2004 par -the lord)


Retour au sommaire

Retour à la section des interviews