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Ajattara
revient pour la quatrième fois avec « Äpäre », la
pure et sombre lignée de « Tyhjyys ». Le groupe de
l’ex-Amorphis reprend du service et continue son office avec un
black/doom/thrash d’apparence simpliste mais baigné d’une
ambiance poétique et propre. Assez discret quant à la
communication qui entoure ce groupe finlandais, il ne faut pas pour
autant se dispenser d’y porter de l’intérêt car il y a de
fortes chances que plus d’un soit séduit.
« Äpäre »
s’écoute comme l’expression simple et glauque d’une musique
tout de même inspirée, dénuée de toute démonstration technique
et de broderies orchestrales, bien que les claviers occupent ici une
place importante comme dans les réalisations précédentes. On ne
dira pas qu’il y a du génie dans Ajattara mais on sera surpris
par l’effet de sa musique sur nos petits esprits, à la fois
percutante et insidieuse. Les riffs sont simples, carrés, et les
batteries dépassent rarement le mid tempo pour ne pas dire un tempo
lourd et plutôt lent. Tantôt bizarre et torturé, tantôt cru, ce
« Äpäre » a de quoi nous offrir tout au long de ses
dix titres de longueur moyenne (une bonne demi-heure au total) de
bien bonnes choses.Sur une musique crue, Ajattara écrase
l’ambiance avec une ombre atmosphérique constante et lourde,
voire inquiétante. C’est le cas dès les premières notes avec
Hurmasta et son début assez tordu, la petite pointe mélodique
intelligente à la The Vision Bleak (en moins orchestrale). Les riffs
s’imprègnent d’une saveur étrange, inspirée à la fois
d’une dynamique scandinave et d’une lourdeur ambiante grecque. Afin d’exprimer l’obscurité de
cet album, il faudra se pencher sur Itse, lourd dès le départ avec
son intro de piano et la redondance d’un thème au final assez
malsain. Quelques samples ou ambiances particulières sont
parsemées sur « Äpäre », sans pour autant en faire
une vitrine expérimentale. La plus éloignée d’un metal
traditionnel est Syntyni, sans guitare, et ressemble à un mélange
de musique de film de peur mêlé à une pincée d’orientalisme
bien senti. Une bien belle manière de finir un album! Ces
composantes se retrouvent sur d’autres titres de manière plus
discrète sous forme de samples électronisant comme Eksyneet. En
plus de se vouloir presque oriental en introduction, ce dernier possède
un charisme à la Thyrane avec un métal plus radical et une basse
moitié saturée. Ajatarra n’en oublie pas pour autant son métal
et ses riffs puissants, le titre correspondant le plus violent étant
Hirsipuulintu, avec son passage black atmosphérique excellent. Plus
carré et presque avec la froideur de SUP, Raato débarque sur un
riff puissant et sec, bien thrashy, représentant bien le charisme
des guitares sur cet album. Il ne faut pas oublier dans tout cela le
chant de Ruoja (Pasi Koskinen), vraiment très bon, froid et extrême
bercé en même temps d’un poétisme discernable, allant jusqu’à
rouler les ‘r’. Concrètement, les vocaux ajoutent une très
grande dimension malsaine et agressive, parfois moitié chanté/hurlé. On regrettera que ce disque ne dure pas plus de
la demie heure, vu l’énergie qu’il déploie. Ces finlandais
montent doucement et discrètement vers une sphère qui dans le
futur leur donnera j’espère quelques lauriers. Cet album est à
écouter chez soi et plusieurs fois pour être pleinement touché
par son attraction singulière, comme tout travail d’Ajattara. RETOUR
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