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Cinquième album solo
d'Aimee Mann, The Forgotten Arm est un disque atypique pour une
musicienne elle aussi loin de toute norme. Enregistré en seulement cinq jours,
The Forgotten Arm possède un son et une attitude directs que l'on
ne retrouvait pas sur les précédentes productions de la belle. Et
puisqu'il s'agit des premières, sachez que nous tenons là le
premier concept album d'Aimee Mann. L'histoire dépeint un couple
qui s'enfuit dans une ville à casinos comme Reno ou Vegas. La femme
vit une vie en perte de vitesse. L'homme est un ancien combattant du
Vietman, drogué et boxeur. Il n'en fallait pas plus à Aimee Mann
pour trouver là un cadre parfait pour s'exprimer.
Tout comme le concept auquel il se réfère,
The Forgotten Arm fonctionne dans sa totalité. Chaque chanson fait
suite à la précédente pour continuer la lente évolution de
l'histoire. Par conséquent, l'ambiance change au fur et à mesure: le début est plutôt enlevé
et gai (Dear John, Goodbye Caroline, She Really Wants You), le
milieu reste comme suspendu en attente d'une révélation (Video,
Little Bombs, That's How I Knew This Story Would Break My Heart) et
la fin renoue avec un sentiment de joie, moins explicite et à
retardement (Clean Up For Christmas, Beautiful). Au cours de ces
trois "périodes", Aimee Mann distille ses vielles
influences qui sentent bon les années 70. On retrouve en filigrane
cet esprit redneck qui lui est si cher et dont elle tire bien profit. Mais attention, ne voyez pas
dans cette remarque une quelconque connotation péjorative, la
musique ne tombe ici jamais dans le mauvais goût ou le has been.
Difficile de pas
complimenter le travail effectué sur les mélodies vocales de
morceaux tels que Goodbye Caroline, Little Bombs, Beautiful ou She Really Wants
You. Elles prennent systématiquement le pas sur les arrangements. Bien que les musiciens se limitent surtout à soutenir la
performance de Mann, ils sont assez inventifs pour glisser çà et
là quelques bonnes trouvailles (sur l'intime Video principalement).
Les claviers, dont l'orgue Hammond, et la slide guitar sont
également de la fête sur de nombreuses plages et contribuent
grandement au dépaysement auditif que procure The Forgotten Arm.
Comme tout bon concept album, ce disque crée de lui-même des
représentations dans l'imaginaire de l'auditeur. Pour ma part, je n'arrive
pas à les dissocier du film Magnolia qui fait merveilleusement
écho à l'univers de Mann. Ce n'est pas un hasard si le
réalisateur Paul Thomas Anderson a avoué s'être inspiré de l'artiste
pour construire son film et si elle a signé plusieurs chansons pour
la bande originale de ce chef d'oeuvre cinématographique. La voix
pure, expressive et aérienne est parfaite pour dépeindre les
hauts, parfois, et les bas, surtout, de ses personnages.
En
fait, un des seuls défauts à trouver au sein de cet album concerne
l'insistance trop importante portée sur certains refrains (Going
Through The Motions, She Really Wants You...) qui plombe en partie
de bonnes chansons. Rajoutons qu'on aurait souhaité un peu moins
d'homogénéité. En effet, hormis le coeur du disque (Video-Little
Bombs-That's How I Knew This Story Would Break My Heart), The
Forgotten Arm n'est pas toujours assez aventureux et c'est
dommageable pour un album mettant en musique une sorte de road
movie. C'est dans ces détails que le bât blesse pour Aimee Mann.
Le reste se savoure à la hauteur du travail accompli, c'est à dire
grandement.
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