Alexis K.V. : Pour commencer l'interview, une petite question qui est plus que jamais d'actualité avec votre nouvel album homonyme : est-ce qu'il est vous est déjà arrivé de vous dire « mouaip, en fin de compte, After Forever, c'est pas terrible comme nom de groupe » ?
Joost van den Broek (clavier) : (rires) Non. Je dois avouer en toute franchise que je n'ai jamais entendu personne se plaindre à ce sujet… en tout cas, ce n'est pas le genre de pensée qui nous a traversé l'esprit…
Alexis K.V. : Le nom du groupe, si je ne me trompe pas, vient d'une chanson de Black Sabbath… Que reste-t-il encore de Black Sabbath dans la musique d'After Forever, si l'on exclut le nom ?
Joost van den Broek : Eh bien, en ce qui concerne la musique, je ne suis pas trop sûr, tout ce que je peux dire, c'est que certains membres sont de gros fans… Peut-être qu'on peut l'entendre dans certaines parties de guitare… peut-être. Mais je pense que musicalement, il n'existe plus de véritable lien…
Alexis K.V. : Il y a deux invités très intéressants sur ce nouvel album : Jeff Waters d'Annihilator, et la légendaire Doro… Est-ce un moyen de dire « nous voulons repartir sur des choses basiques. Voici nos racines, nos influences, nous reconstruisons quelque chose à partir d'elles » ?
Joost van den Broek :Oui, d'une certaine manière, c'est vrai. Sander (Goomans, guitariste du groupe), qui est, avec moi, l'un des principaux compositeurs, c'est un grand fan d'Annihilator et de Jeff, et il est également très influencé par le jeu de ce dernier. Donc avant tout, c'était simplement un grand honneur, d'avoir un aussi grand guitariste de metal sur notre album, et qui pouvait renforcer le côté « metal » du groupe. Et bien sur, Doro, dans le domaine du metal avec chanteuse, est l'une des pionniers. Nous voulions vraiment avoir une chanteuse invitée sur cet album, mais comme nous sommes tous de grands fans des 80's, nous l'avons choisie, vu qu'on aime tous ces groupes plus qu'on n'aime tous les groupes gothiques par exemple. On aime sa voix, et on aime le fait qu'elle soit l'un des premières chanteuses de metal.
Alexis K.V. : Bien, revenons quelques secondes au titre de l'album. Est-ce un moyen de dire « La musique parle d'elle-même. Nous n'avons pas besoin d'élaborer un concept ou d'imposer une histoire. » ?
Joost van den Broek : Pour tout dire, nous avons beaucoup réfléchi au nom de l'album, mais nous avons choisi After Forever parce que nous sentions que chaque chanson, chaque mélodie de cet album reflète ce que « contient » After Forever. Tous les éléments – progressifs, symphoniques, indus, catchy, metal – sont réunis ici, et tu ne peux pas dire, en te référant aux albums précédents, dire « OK, ça c'est une chanson qui aurait pu être sur cet album-là ». Nous avons essayé de rendre le tout un peu plus extrême : les éléments symphoniques sont réalisés par un grand orchestre, les éléments metal sont plus directs, Floor utilise toutes les nuances que lui offre sa voix… C'est tout ça After Forever, en somme. Nous voyons ce CD comme une sorte d'accomplissement.
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Alexis K.V. : En parlant des éléments extrêmes, quelle fut l'approche du groupe lors de la composition ,de la finalisation des titres ? Est-ce que vous essayiez plutôt de gommer les aspérités en vous disant « non, ça c'est trop extrême », ou alors, au contraire, vous en rajoutiez en vous disant « non, là, ça manque de contraste » ?
Joost van den Broek : Disons que l'approche de l'écriture est assez classique : quand on écrit, on essaye de ne pas penser à ce qu'on veut faire, de ne pas se fixer d'objectif final. Et avec cet album, nous avions vraiment senti qu'on ne devait s'imposer aucune restriction. Quand on regarde les chansons de l'album, ça va de choses super calmes à des titres très metal, avec de gros riffs et du growl, en passant par tout ce qui est progressif, technique, électronique. Cette combinaison de contrastes fait notre style, avec toujours un petit côté catchy, spécialement sur le premier single (Energize Me). Donc, pour cet album, aucune limite, notamment en ce qui concerne la production : nous avons eu la possibilité de faire un peu tout ce que l'on voulait. Nous avons travaillé avec un très bon producteur qui a pu mixer toutes ces influences au sein d'une même production. C'est un si gros mélange de toutes sortes de sons et de mélodies, donc si tu veux que le résultat sonne de manière cohérente, limpide, alors tu dois fournir de gros efforts.
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Alexis K.V. : On ressent aussi cet effort dans la pochette : ça doit être votre pochette la plus « mystérieuse » et « générique » depuis Decipher (2001). On peut voir un peu ce qu'on veut dans ce fond rouge, cette lettre « oméga », et en même temps, elle véhicule une image assez forte… Comment s'est passé le choix de la pochette, que représente-t-elle pour vous ?
Joost van den Broek : C'est un artiste nommé Thomas, qui travaille aussi avec Nuclear Blast. Nous lui avons juste fourni quelques pistes, quelques idées, il a réalisé tout plein de pochettes différentes et nous les a envoyées, beaucoup d'entre elles étaient très bien mais ne correspondaient pas vraiment à ce que nous recherchions… Puis il nous a envoyé cette pochette, basée sur l'idée du signe oméga. Cette pochette contient tout ce que nous désirions : une image très claire, un peu de mystère, le logo After Forever, beaucoup d'énergie… L'oméga, c'est le symbole d'une unité électrique, mais c'est aussi le signe de la fin d'une ère, et, dans une certaine mesure, pour nous, le début d'une nouvelle étape.
Alexis K.V. : Vous avez maintenant l'habitude de travailler avec des orchestres, mais est-ce qu'il y moment de votre carrière où vous avez senti l'envie de travailler avec un véritable violoniste, ou que sais-je, d'avoir quelqu'un qui a une approche musicale différente des instruments « habituels » pour votre groupe (guitares, claviers, batterie) ?
Joost van den Broek : Non, pas vraiment, avoir des musiciens classiques dans le groupe ne nous a jamais vraiment tentés, en partie parce que ce n'est pas le son que nous recherchons. Même si on avait deux ou quatre violons qui faisaient partie du groupe, ce n'est toujours pas de la musique symphonique… c'est de la musique de chambre. Si on a voulu travailler avec un orchestre, c'est tout simplement parce que ça rejoint cette volonté de ne pas s'imposer de restriction. J'ai une formation d'arrangeur classique, je pense être capable d'avoir des approches très différentes de la musique, de l'harmonie. Donc, je pense que la manière dont nous écrivons la majorité de la musique à deux avec Sander est optimale : je sais exactement ce qu'il faut rajouter comme mélodie, comme son, comme atmosphère… Et ensuite transformer ce travail en un arrangement symphonique, c'est vraiment ça qui fait tout le charme. Je dois avouer que je suis très content du résultat, et travailler avec un orchestre aussi grand et professionnel que l'orchestre de Prague, ce fut l'un des meilleurs moments de l'enregistrement de l'album.
Alexis K.V. : Ça va faire environ douze ans que le groupe existe, est-ce qu'à ton avis, décrocher un contrat au bout de douze années avec Nuclear Blast, c'est un bon résultat ?
Joost van den Broek : En ces douze années, tellement de choses se sont passées, des gens qui ne pouvaient pas continuer à composer et jouer dans l'esprit du groupe ont préféré partir, se consacrer à d'autres projets. Mais maintenant, nous formons un collectif très soudé, et nous étions plus prêts que jamais à faire ce petit pas en avant : signer avec Nuclear Blast…
Alexis K.V. : C'est ce que vous aviez déjà revendiqué avec la couverture de Remagine, et les interviews que vous avez donné à l'époque…
Joost van den Broek : Oui, à l'époque on avait déjà cet esprit, mais maintenant nous avons pu mieux le retransmettre dans la musique et dans le produit global, si je puis dire.
Alexis K.V. : En parlant de labels, une compilation est sortie l'année dernière chez votre ancien label, Transmission Records. Est-ce qu'elle s'est faite avec la participation du groupe, ou du moins son aval ?
Joost van den Broek : Nous avons tenté de collaborer, parce que le label nous a en fait demandé d'écrire quatre chansons pour cette compilation. Nous l'avons fait, nous les avons enregistrées, mais en fait ils n'ont jamais utilisé ces titres. Ils ne nous ont jamais demandé quels devaient être les titres présents sur la compilation ou quoi que ce soit de ce genre. Les fans ont eu l'album entre les mains avant nous et, pour tout dire, je ne l'ai jamais écouté. C'est sympa pour les gens qui veulent rajouter un disque à leur collection, mais ce n'est pas vraiment une production approuvée par After Forever.
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Alexis K.V. : Imaginons : le diable te propose un marché. Sans que vous ayez à changer une seule note sur l'album, il peut faire en sorte qu'il se vende, disons, dix fois plus. En contrepartie, dans chaque chronique publiée dans la presse, vous serez comparé soit à Depeche Mode, soit à Slayer, soit à Nightwish… Est-ce que tu serais prêt à accepter ce genre de deal, et quel groupe choisirais-tu ?
Joost van den Broek : Oh et bien, je ne serais pas contre (rires). Et, bien évidemment, je choisirais Nightwish, parce que nous les respectons beaucoup, la majorité des membres d'After Forever aiment beaucoup leur musique. Bien sûr, ils nous ont beaucoup inspiré, ils font d'excellentes choses. Le plus important, c'est qu'ils font tout avec leur propre énergie, en suivant leur voie… Donc quitte à choisir une telle « malédiction », ce serait eux… (rires)
Alexis K.V. : Et concernant la tournée, qu'est-ce que vous planifiez exactement ?
Joost van den Broek : En premier lieu, nous ferons quelques shows, ainsi que la présentation officielle du CD, aux Pays-Bas, bien entendu. Nous commençons la tournée à la fin du mois d'avril, jusqu'à la fin du mois de mai, et nous passerons en France, pour deux dates je crois. Après, nous planifions une tournée en tête d'affiche, en Europe également ; en été, nous serons présents à beaucoup de festivals, dont des festivals de plus en plus internationaux comme Sweden Rock… En septembre-octobre, nous avons prévu de faire une grosse tournée dans toute l'Amérique, du nord au sud. Nous avons déjà eu l'occasion de passer en Amérique du Sud : au Brésil, au Mexique, et c'est vraiment un gros morceau pour After Forever.
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Alexis K.V. : Durant ces tournées à l'étranger, quel est le ou les pays qui t'ont vraiment marqué par leur différence, par une impression de « wow, ici, c'est vraiment différent » ?
Joost van den Broek : Je pense que le souvenir le plus marquant date de 2005, quand nous sommes allés au Brésil pour la première fois. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, nous savions juste qu'After Forever s'était déjà fait un nom là-bas. Et quand nous sommes arrivés, il y avait des centaines de fans hystériques devant l'hôtel… Nous devions faire une séance de dédicaces, et nous pensions que ce serait comme d'habitude, un petit groupe de personnes en train de faire sagement la queue… Mais toute la rue était remplie de gens, nous ne pouvions plus nous déplacer sans nous faire accompagner par le service de sécurité, la folie. J'imagine que nous sommes, ici en France, ou plus généralement en Europe, un groupe assez renommé, mais là-bas, les gens sont tellement différents. La manière dont ils manifestent leur enthousiasme, leur joie… Ils sont fous, tu sais ! (rires) De vrais fans, de vrais passionnés, et pour un groupe, faire un live dans ce genre d'ambiance, on peut vraiment dire que ça change.
Alexis K.V. : Est-ce que tu penses qu'un jour, After Forever pourrait essayer de changer radicalement son style, ne serait-ce que le temps d'un album ? Quelque chose sans grosses guitares ou sans batterie, par exemple…
Joost van den Broek : Je ne pense pas que ça pourrait se faire sur un album entier… Nous n'en avons jamais discuté, à vrai dire, mais je me l'imagine mal… Peut-être en guise de CD « bonus », ou une sorte de parenthèse, mais pas en tant que véritable album estampillé « After Forever ».
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