-the
lord : Est-ce qu’il vous arrive de regretter
d’avoir appelé votre groupe 36 Crazyfists ? Beaucoup de
gens trouvent certes ce nom original mais un peu bête une fois
que l’on a compris la référence…
Brock Lindow
(chant) : (rires) Je comprends ton point de vue puisque je le
partageais au début. Depuis, je trouve qu’il symbolise bien le
groupe. Il y a tout de même une partie du nom que nous n’aimons
pas vraiment : le terme « Crazy ». Ca nous a joué
quelques tours et quelques remarques un peu déplacées… De
toute évidence, le nom du groupe n’est pas le plus cool au
monde mais comme nous existons depuis treize ans je n’y attache
plus trop d’importance ; il est devenu porteur d’une
certaine identité. Un peu comme Korn, je trouve. C’est quand même
très con comme nom, Korn, mais le groupe est tellement cool.
Steve Holt
(guitare) : Oui je suis d’accord en ce qui concerne Korn. Tu
sais quand on donne un nom à son groupe, on ne prévoit pas forcément
les conséquences. On nous pose beaucoup de questions dessus donc
j’imagine que ce n’est pas si mauvais que cela (rires).
-the
lord : Aviez-vous d’autres options pour le nom ?
Brock Lindow
:
Pas vraiment. Steve a trouvé le nom et il adorait le kung-fu. Un
beau jour il est arrivé en répétition et nous a balancé un
« Hey, appelons le groupe 36 Crazyfists ! » Nous
ne savions même pas que c’était un film de Jackie Chan. En
fait, nous ne savions même pas qui était Jackie Chan (rires).
Nous avons regardé le film et nous avons trouvé ça marrant.
Depuis ça ne nous a pas quitté.
-the
lord : Vous êtes signés chez Roadrunner. La
plupart des groupes appartenant à ce label parlent d’un esprit
de famille et de solidarité. Est-ce que vous trouvez que cela a
effectivement servi 36 Crazyfists dans la popularité que vous
connaissez actuellement ?
Brock Lindow
:
Quand nous avons été signés, en dehors de quelques kids nous
connaissant par le biais du net, nous n’avions absolument aucun
fan en dehors de l’Alaska. Une fois arrivés chez Roadrunner,
les choses ont clairement changé en particulier en Angleterre et
en Europe. Les fans de ces pays savent que quand un groupe arrive
dans un label de ce type, ça signifie quelque chose. Nous avons
indéniablement gagné des fans simplement grâce à la signature
au label. J’ai grandi en adorant des groupes de Roadrunner, ou
Roadracer, et lorsqu’ils nous ont fait une proposition j’étais
complètement sur le cul. Je connaissais même des noms de gars
qui travaillaient chez Roadrunner tellement j’avais l’habitude
de lire les livrets de mes CDs ou compilations préférés. Me
retrouver dans la même écurie que des groupes que
j’adorais comme Obituary, Sepultura, Annihilator, Machine Head
était pour le moins incroyable. Machine Head est vraiment un de
mes groupes préférés de tous les temps, surtout parmi la vague
speed thrash.
-the
lord : 36 Crazyfists symbolise quelque peu le
« nouveau » Roadrunner avec tous les groupes de
« quelque chose »-core. Que penses-tu de l’évolution
du label ?
Brock Lindow :
Je suis déjà content que nous ayons un label et qu’ils aient
pris le risque de signer un groupe comme le nôtre. Nous sommes un
des premiers groupes un peu moins metal qu’ils aient pris et
c’est plutôt cool. Maintenant je trouve que nous sommes
toujours un des seuls groupes de Roadrunner qui jouent ce que nous
jouons car en dehors de Nickelback leur catalogue est assez metal.
Il y a aussi The Dresden Dolls dont tout le monde parle mais que
je n’ai pas encore pu écouter.
-the
lord : Quelle évolution est-ce que vous percevez
entre A Snow Capped Romance et votre nouvel album ?
Brock Lindow
:
(longue réflexion) Quand on fait partie d’un groupe
c’est difficile à dire car on manque de recul par rapport à sa
propre musique. Je pense que l’évolution majeure réside dans
notre capacité à mieux structurer nos chansons. Je me rappelle
qu’aux débuts, nous incluions des passages qui n’apportaient
pas grand-chose à la chanson et qui en plus n’avaient rien à y
faire. Maintenant, nous sommes plus confiants dans notre style et
nous cernons mieux ce que nous savons faire. Sans que nous
l’ayons vraiment cherché, l’album est un peu plus heavy que
par le passé.
Steve Holt :
Nous voulions à tout prix écrire de bonnes chansons qui
fonctionnent sur scène.
Brock Lindow :
Exact. Les gens nous disent tout le temps que nous sommes
vachement plus heavy sur scène que sur disque et finalement ça
me fait plaisir car je hais le studio –contrairement à Steve-
et je pense que nous sommes avant tout un super groupe à voir en
concert. Toujours est-il que nous voulions que les gens sentent
que nous pouvons sonner de manière très heavy sur disque.
-the
lord : Tu penses que les précédents albums ne l’étaient
pas assez ?
Brock Lindow
: Non, en tant que disques ils étaient très bons mais quand
nous en jouions des extraits en concert, je criais toujours
davantage. Ce coup-ci, il fallait que le son en studio soit
identique à celui que nous allons avoir en live.
Steve Holt :
Les albums sont évidemment importants car ils s’inscrivent dans
le temps mais la scène est primordiale car c’est l’endroit où
nous nous éclatons le plus. Mieux vaut donc avoir des chansons
qui fonctionnent bien dans ce cadre.
Brock Lindow
: Souvent on se demande si tel ou tel morceau sera bon sur scène.
Avec ce nouvel album je sais que nous pouvons compter sur six ou
sept chansons qui seront excellentes. Bien sûr, comme nous
n’avons jamais joué ces titres, je peux me tromper complètement
(rires) mais je n’ai jamais été aussi confiant.
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-the
lord : Quelle est la signification des cœurs que
l’on peut voir sur vos pochettes d’album ?
Brock Lindow
: Il n’y a pas spécialement de signification en dehors de
l’identification du groupe par un aspect visuel. Nous aimons ce
cœur et je sais que de nombreux fans s’en sont fait tatouer.
Steve Holt :
Pour moi, sur A Snow Capped Romance, le cœur symbolisait
l’espoir car il y a de la vie à l’intérieur du cœur glacé.
-the
lord : Du coup avec la pochette de Rest Inside The
Flames, vous faites un diptyque feu/glace…
Steve Holt :
(rires) Plutôt cool, non ? En plus ce n’était pas prémédité !
Nous voulions simplement le retour du cœur et l’illustrateur a
trouvé cela.
Brock Lindow
: J’aime beaucoup cette pochette car elle résume bien la
teneur de l’album : se sentir en sécurité dans un
environnement chaotique. Le cœur est en feu mais dans une rue très
calme. En effet, le monde actuel n’est pas simple mais il faut néanmoins
savoir rester positif et ne pas trop s’en faire.
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-the
lord : Brock, tu n’as jamais caché tes croyances
religieuses. Quel rôle jouent-elles dans ta musique ?
Brock Lindow
:
Je n’essaie pas de convertir quinconque. Ma spiritualité est très
privée mais néanmoins capitale. Je ne fais pas partie d’un
groupe religieux car je ne veux pas ordonner aux gens la manière
dont ils doivent vivre leur vie. Je suis en revanche toujours
partant pour en parler avec n’importe qui. Je fais simplement
attention que notre groupe ne soit pas affilié à un autre
courant que celui auquel il appartient de par la musique :
nous ne sommes pas un groupe de rock chrétien. En fait, nous ne
sommes même pas chrétiens. Croire en Dieu m’aide dans la vie,
en tout cas.
-the
lord : Aux Etats-Unis, le mouvement de rock chrétien
est assez populaire…
Brock Lindow
:
Oui, ça aide énormément en ce moment d’être un groupe de
rock chrétien (rires). Au départ il y avait surtout P.O.D. mais
de plus en plus de groupes très heavy ont fait leur apparition
comme Demon Hunter, Under Oath ou As I Lay Dying. Je trouve que ce
genre de groupes est vraiment excellent pour les gamins qui apprécient
la musique violente mais dont les parents ne veulent pas qu’ils
achètent du Slipknot. Evidemment le rock/metal chrétien est un
peu cliché mais quelle scène ne l’est pas de toute manière ?
Le metalcore est totalement cliché également.
-the
lord : C’est amusant de voir que la scène de rock
chrétien arrive enfin à proposer des trucs violents car pendant
des années ce qui était proposé était un peu trop gentillet…
Brock Lindow :
C’est vrai. Et en plus ce qui est intéressant est que leurs
textes sont ouverts à l’interprétation. S’ils se définissent
explicitement comme un groupe chrétien, il est sans doute plus
difficile de les interpréter à sa sauce mais généralement
leurs paroles sont assez vagues pour y voir d’autres choses que
des éléments religieux ou positifs. Je suis heureux que toute
cette scène existe car le metal est souvent considéré comme une
musique sombre et mauvaise. Ils rééquilibrent cela en injectant
une bonne dose d’éléments positifs.
-the
lord : Y a-t-il parfois des allusions religieuses
dans les textes de 36 Crazyfists ?
Brock Lindow
:
Non. Mes textes sont toujours liés aux événements que je vis ou
que le groupe vit. Les gens qui les lisent y puisent vraiment ce
qu’ils veulent. Je ne fais jamais passer de messages globaux
pour que les masses l’écoutent (rires). Je préfère en fait
que les gens ne sachent pas exactement de quoi parlent les
chansons. Quand j’écoutais Metallica, je ne savais pas trop ce
que James Hetfield voulait dire ; et pourtant elles véhiculaient
un message capital à mes yeux.
-the
lord : Comment expliquez-vous, en dehors du fait que
ce sont principalement des groupes américains, que la scène
metalcore est infiniment moins populaire en Europe qu’aux
Etats-Unis ?
Brock Lindow
:
C’est clair que le metalcore est partout chez nous. Pourtant je
trouve que dernièrement c’est le screamo qui prend de plus en
plus d’importance. L’Europe préfère le heavy traditionnel.
Ce dernier est nettement moins populaire aux Etats-Unis qu’en
Europe. Je pense aussi que le hardcore évolue naturellement vers
le metal avec des groupes comme Hatebreed qui étaient extrêmement
hardcore à une époque mais qui jouent du metal maintenant…
Steve Holt
:
De plus, aux Etats-Unis le marché est envahi par les clones :
dès qu’un style devient commercial, une floppée de groupe voit
le jour immédiatement. Je n’ai pas l’impression que ça se
passe comme ça en Europe.
-the
lord : La différence est peut-être que chez nous
les copieurs n’arrivent pas à percer ! Enfin, pour quel
groupe est-ce que vous aimeriez ouvrir pour vous faire connaître
en France ?
Brock Lindow
: Un chouette groupe français peut-être ? Je me dis
toujours que le plus cool serait sans doute de partir en tournée
avec Metallica vu que c’était un de mes groupes préférés
quand j’étais ado.
Steve Holt :
J’aimerais bien tourner avec Deftones. En commençant nous
voulions absolument jouer avec eux et comme ça n’est toujours
pas arrivé…
Brock Lindow
:
Cet été, nous allons jouer quelques festivals en Angleterre et
en Allemagne avec Deftones et Metallica, donc c’est plutôt bon
pour nous !
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