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36 CRAZYFISTS
Juillet 2006
  
JOURNALISTE :
-the lord
  
INTERVIEW AVEC :
Brock Lindow et Steve Holt
Chanteur et Guitariste
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Taillé pour la scène et nettement plus heavy que ses prédécesseurs, Rest Inside The Flames (cliquez ici pour lire la chronique) devrait permettre à 36 Crazyfists de voir sa côté de popularité grimper malgré ses sonorités très « américaines ». Brock Lindow, chanteur, et Steve Holt, guitariste, étaient de passage à Paris pour nous présenter leur nouvelle offrande et c’est avec deux musiciens sincères et émerveillés comme au premier jour que s’est déroulée cette interview empruntant des chemins spirituels…

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-the lord : Est-ce qu’il vous arrive de regretter d’avoir appelé votre groupe 36 Crazyfists ? Beaucoup de gens trouvent certes ce nom original mais un peu bête une fois que l’on a compris la référence…

Brock Lindow (chant) : (rires) Je comprends ton point de vue puisque je le partageais au début. Depuis, je trouve qu’il symbolise bien le groupe. Il y a tout de même une partie du nom que nous n’aimons pas vraiment : le terme « Crazy ». Ca nous a joué quelques tours et quelques remarques un peu déplacées… De toute évidence, le nom du groupe n’est pas le plus cool au monde mais comme nous existons depuis treize ans je n’y attache plus trop d’importance ; il est devenu porteur d’une certaine identité. Un peu comme Korn, je trouve. C’est quand même très con comme nom, Korn, mais le groupe est tellement cool.

Steve Holt (guitare) : Oui je suis d’accord en ce qui concerne Korn. Tu sais quand on donne un nom à son groupe, on ne prévoit pas forcément les conséquences. On nous pose beaucoup de questions dessus donc j’imagine que ce n’est pas si mauvais que cela (rires).

-the lord : Aviez-vous d’autres options pour le nom ?

Brock Lindow : Pas vraiment. Steve a trouvé le nom et il adorait le kung-fu. Un beau jour il est arrivé en répétition et nous a balancé un « Hey, appelons le groupe 36 Crazyfists ! » Nous ne savions même pas que c’était un film de Jackie Chan. En fait, nous ne savions même pas qui était Jackie Chan (rires). Nous avons regardé le film et nous avons trouvé ça marrant. Depuis ça ne nous a pas quitté.

-the lord : Vous êtes signés chez Roadrunner. La plupart des groupes appartenant à ce label parlent d’un esprit de famille et de solidarité. Est-ce que vous trouvez que cela a effectivement servi 36 Crazyfists dans la popularité que vous connaissez actuellement ?

Brock Lindow : Quand nous avons été signés, en dehors de quelques kids nous connaissant par le biais du net, nous n’avions absolument aucun fan en dehors de l’Alaska. Une fois arrivés chez Roadrunner, les choses ont clairement changé en particulier en Angleterre et en Europe. Les fans de ces pays savent que quand un groupe arrive dans un label de ce type, ça signifie quelque chose. Nous avons indéniablement gagné des fans simplement grâce à la signature au label. J’ai grandi en adorant des groupes de Roadrunner, ou Roadracer, et lorsqu’ils nous ont fait une proposition j’étais complètement sur le cul. Je connaissais même des noms de gars qui travaillaient chez Roadrunner tellement j’avais l’habitude de lire les livrets de mes CDs ou compilations préférés. Me retrouver dans la même écurie que des groupes que j’adorais comme Obituary, Sepultura, Annihilator, Machine Head était pour le moins incroyable. Machine Head est vraiment un de mes groupes préférés de tous les temps, surtout parmi la vague speed thrash.

-the lord : 36 Crazyfists symbolise quelque peu le « nouveau » Roadrunner avec tous les groupes de « quelque chose »-core. Que penses-tu de l’évolution du label ?

Brock Lindow : Je suis déjà content que nous ayons un label et qu’ils aient pris le risque de signer un groupe comme le nôtre. Nous sommes un des premiers groupes un peu moins metal qu’ils aient pris et c’est plutôt cool. Maintenant je trouve que nous sommes toujours un des seuls groupes de Roadrunner qui jouent ce que nous jouons car en dehors de Nickelback leur catalogue est assez metal. Il y a aussi The Dresden Dolls dont tout le monde parle mais que je n’ai pas encore pu écouter.

-the lord : Quelle évolution est-ce que vous percevez entre A Snow Capped Romance et votre nouvel album ?

Brock Lindow : (longue réflexion) Quand on fait partie d’un groupe c’est difficile à dire car on manque de recul par rapport à sa propre musique. Je pense que l’évolution majeure réside dans notre capacité à mieux structurer nos chansons. Je me rappelle qu’aux débuts, nous incluions des passages qui n’apportaient pas grand-chose à la chanson et qui en plus n’avaient rien à y faire. Maintenant, nous sommes plus confiants dans notre style et nous cernons mieux ce que nous savons faire. Sans que nous l’ayons vraiment cherché, l’album est un peu plus heavy que par le passé.

Steve Holt : Nous voulions à tout prix écrire de bonnes chansons qui fonctionnent sur scène.

Brock Lindow : Exact. Les gens nous disent tout le temps que nous sommes vachement plus heavy sur scène que sur disque et finalement ça me fait plaisir car je hais le studio –contrairement à Steve- et je pense que nous sommes avant tout un super groupe à voir en concert. Toujours est-il que nous voulions que les gens sentent que nous pouvons sonner de manière très heavy sur disque.

-the lord : Tu penses que les précédents albums ne l’étaient pas assez ?

Brock Lindow : Non, en tant que disques ils étaient très bons mais quand nous en jouions des extraits en concert, je criais toujours davantage. Ce coup-ci, il fallait que le son en studio soit identique à celui que nous allons avoir en live.

Steve Holt : Les albums sont évidemment importants car ils s’inscrivent dans le temps mais la scène est primordiale car c’est l’endroit où nous nous éclatons le plus. Mieux vaut donc avoir des chansons qui fonctionnent bien dans ce cadre.

Brock Lindow : Souvent on se demande si tel ou tel morceau sera bon sur scène. Avec ce nouvel album je sais que nous pouvons compter sur six ou sept chansons qui seront excellentes. Bien sûr, comme nous n’avons jamais joué ces titres, je peux me tromper complètement (rires) mais je n’ai jamais été aussi confiant.

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-the lord : Quelle est la signification des cœurs que l’on peut voir sur vos pochettes d’album ?

Brock Lindow : Il n’y a pas spécialement de signification en dehors de l’identification du groupe par un aspect visuel. Nous aimons ce cœur et je sais que de nombreux fans s’en sont fait tatouer.

Steve Holt : Pour moi, sur A Snow Capped Romance, le cœur symbolisait l’espoir car il y a de la vie à l’intérieur du cœur glacé.

-the lord : Du coup avec la pochette de Rest Inside The Flames, vous faites un diptyque feu/glace…

Steve Holt : (rires) Plutôt cool, non ? En plus ce n’était pas prémédité ! Nous voulions simplement le retour du cœur et l’illustrateur a trouvé cela.

Brock Lindow : J’aime beaucoup cette pochette car elle résume bien la teneur de l’album : se sentir en sécurité dans un environnement chaotique. Le cœur est en feu mais dans une rue très calme. En effet, le monde actuel n’est pas simple mais il faut néanmoins savoir rester positif et ne pas trop s’en faire.

-the lord : Brock, tu n’as jamais caché tes croyances religieuses. Quel rôle jouent-elles dans ta musique ?

Brock Lindow : Je n’essaie pas de convertir quinconque. Ma spiritualité est très privée mais néanmoins capitale. Je ne fais pas partie d’un groupe religieux car je ne veux pas ordonner aux gens la manière dont ils doivent vivre leur vie. Je suis en revanche toujours partant pour en parler avec n’importe qui. Je fais simplement attention que notre groupe ne soit pas affilié à un autre courant que celui auquel il appartient de par la musique : nous ne sommes pas un groupe de rock chrétien. En fait, nous ne sommes même pas chrétiens. Croire en Dieu m’aide dans la vie, en tout cas.

-the lord : Aux Etats-Unis, le mouvement de rock chrétien est assez populaire…

Brock Lindow : Oui, ça aide énormément en ce moment d’être un groupe de rock chrétien (rires). Au départ il y avait surtout P.O.D. mais de plus en plus de groupes très heavy ont fait leur apparition comme Demon Hunter, Under Oath ou As I Lay Dying. Je trouve que ce genre de groupes est vraiment excellent pour les gamins qui apprécient la musique violente mais dont les parents ne veulent pas qu’ils achètent du Slipknot. Evidemment le rock/metal chrétien est un peu cliché mais quelle scène ne l’est pas de toute manière ? Le metalcore est totalement cliché également.

-the lord : C’est amusant de voir que la scène de rock chrétien arrive enfin à proposer des trucs violents car pendant des années ce qui était proposé était un peu trop gentillet…

Brock Lindow : C’est vrai. Et en plus ce qui est intéressant est que leurs textes sont ouverts à l’interprétation. S’ils se définissent explicitement comme un groupe chrétien, il est sans doute plus difficile de les interpréter à sa sauce mais généralement leurs paroles sont assez vagues pour y voir d’autres choses que des éléments religieux ou positifs. Je suis heureux que toute cette scène existe car le metal est souvent considéré comme une musique sombre et mauvaise. Ils rééquilibrent cela en injectant une bonne dose d’éléments positifs.

-the lord : Y a-t-il parfois des allusions religieuses dans les textes de 36 Crazyfists ?

Brock Lindow : Non. Mes textes sont toujours liés aux événements que je vis ou que le groupe vit. Les gens qui les lisent y puisent vraiment ce qu’ils veulent. Je ne fais jamais passer de messages globaux pour que les masses l’écoutent (rires). Je préfère en fait que les gens ne sachent pas exactement de quoi parlent les chansons. Quand j’écoutais Metallica, je ne savais pas trop ce que James Hetfield voulait dire ; et pourtant elles véhiculaient un message capital à mes yeux.

-the lord : Comment expliquez-vous, en dehors du fait que ce sont principalement des groupes américains, que la scène metalcore est infiniment moins populaire en Europe qu’aux Etats-Unis ?

Brock Lindow : C’est clair que le metalcore est partout chez nous. Pourtant je trouve que dernièrement c’est le screamo qui prend de plus en plus d’importance. L’Europe préfère le heavy traditionnel. Ce dernier est nettement moins populaire aux Etats-Unis qu’en Europe. Je pense aussi que le hardcore évolue naturellement vers le metal avec des groupes comme Hatebreed qui étaient extrêmement hardcore à une époque mais qui jouent du metal maintenant…

Steve Holt : De plus, aux Etats-Unis le marché est envahi par les clones : dès qu’un style devient commercial, une floppée de groupe voit le jour immédiatement. Je n’ai pas l’impression que ça se passe comme ça en Europe.

-the lord : La différence est peut-être que chez nous les copieurs n’arrivent pas à percer ! Enfin, pour quel groupe est-ce que vous aimeriez ouvrir pour vous faire connaître en France ?

Brock Lindow : Un chouette groupe français peut-être ? Je me dis toujours que le plus cool serait sans doute de partir en tournée avec Metallica vu que c’était un de mes groupes préférés quand j’étais ado.

Steve Holt : J’aimerais bien tourner avec Deftones. En commençant nous voulions absolument jouer avec eux et comme ça n’est toujours pas arrivé…

Brock Lindow : Cet été, nous allons jouer quelques festivals en Angleterre et en Allemagne avec Deftones et Metallica, donc c’est plutôt bon pour nous !

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